Microsoft accuse Google d'abus de position dominante en Europe

Douce ironie 98
Vincent Hermann
Justice loi dameChoc des Titans en Europe : Microsoft a déposé plainte contre Google  pour abus de position dominante dans le domaine de la publicité, de la recherche et plus globalement de l’indexation de contenu. Rien de moins.

Ironie ou revanche ?

La firme s’est donc adressée à la même Commission Européenne qui l’a tellement « ennuyée » sur ce terrain concurrentiel, avec notamment une amende record de 899 millions d’euros en 2008 (faisant déjà suite à une autre de 497 millions en 2004), et l’imposition d’un écran de sélection des navigateurs dans Windows, de la version XP à 7.

Mais dans la dernière enquête qui scrutait justement les actions de Microsoft dans le domaine des navigateurs, on trouvait d’autres acteurs que le seul Opera et, parmi eux, Google. Déposer une plainte sur le sol européen est donc un moyen aussi bien de renverser la vapeur tout en se servant des mêmes armes que ses « ennemis » que de rendre la monnaie de sa pièce à Google. Car les domaines visés sont nombreux et se focalisent pour beaucoup sur le nouveau paradigme de la mobilité.

Ce que fait Microsoft, et pourquoi

Dans son blog, Brad Smith, directeur juridique et vice-président de Microsoft, explique l’action de la société, et les raisons qui l’ont poussée dans cette voie. Il indique que Google est une entreprise très innovante et que cela a permis de booster la compétition dans plusieurs domaines. Mais d’après Smith, la mission « d’organiser l’information du monde » se retrouve prise dans un étau de plusieurs comportements qui empêchent les concurrents de créer une alternative compétitive.

Et de citer la propre Commission européenne et sa reconnaissance que le marché de la recherche est dévoré à 95 % par Google. Or, le fait de parvenir à une telle part de marché n’est pas condamnable. Ce qui l’est, bien sûr, c’est l’abus de cette position dominante, et c’est exactement ce que reproche Microsoft à Google. Brad Smith ajoute d’ailleurs que le choix de l’Europe s’explique aussi par une situation pire sur le vieux continent que ce qu’on trouve outre-Atlantique.

Google concentre ses forces vives sur des marchés à très fort potentiel, les mêmes qui deviennent prépondérants : la chute progressive de l’utilisation des ordinateurs classiques et l’orientation vers la mobilité, à travers les smartphones, les tablettes, etc. La présence sur le web, la capacité à indexer des contenus, la recherche sont donc autant d’éléments clés dans lesquels Google excelle, mais que la firme chercherait à protéger par tous les moyens, quitte à bloquer sciemment les concurrents.

L'exemple caractéristique de YouTube

Microsoft donne ainsi un exemple : les vidéos sur YouTube. Ces dernières contiennent des métadonnées, mais Microsoft ne peut pas y accéder depuis Windows Phone 7. Depuis Android, aucun problème, et un accord entre Google et Apple garantit à iOS la capacité d’accéder à ces données. Dans le cas de Windows Phone 7, Microsoft doit donc se contenter de peu :

« Malheureusement, Google a refusé aux nouveaux Windows Phones de Microsoft l’autorisation d’utiliser les métadonnées de YouTube de la même manière que pour Android et l’iPhone. De fait, l’application YouTube de Microsoft est essentiellement un navigateur affichant la version mobile de YouTube, sans les fonctionnalités riches offertes par les concurrents. Microsoft est prêt à publier une application YouTube de grande qualité. Nous avons juste besoin de la permission d’accéder à YouTube de la même manière que d’autres le font déjà, une permission que Google a refusée de nous donner. »

YouTube est également cité comme un exemple type de la manière dont Google peut bloquer l’indexation des métadonnées, pour que les autres moteurs de recherche ne puissent pas repérer le contenu. Mais Microsoft cite d’autres éléments problématiques :
  • Google cherche à s’approprier un accès aussi exclusif que possible au contenu des éditeurs de presse, notamment les livres orphelins, nommés ainsi car aucun prétendant au copyright de l’œuvre n’a pu être trouvé
  • Google bloque certaines données relatives à la publicité, des données dont Microsoft estime qu’elles appartiennent aux annonceurs puisqu’elles sont consécutives à leurs décisions dans ce secteur. Google interdit par contrat d’utiliser ces données de manière interopérable.
  • La domination des boîtes de recherches par Google sur les sites web. Les termes d’exclusivité ont par exemple empêché l'installation des services Windows Live dans certaines entreprises car ils étaient monétisés par des boîtes de recherche Bing.
  • Google empêcherait par tous les moyens d’éventuels prétendants du secteur publicitaire d’atteinte un rôle significatif dans le placement
Maintenant que la plainte est déposée et que Microsoft indique avoir fourni tout le matériel nécessaire (issu d’experts) pour la compréhension des problématiques, il reste à attendre la réaction de la Commission européenne… et celle de Google. Car il est évident que la firme ne compte se laisser faire, et qu’elle risque de contre-attaquer via sa propre plainte.