Google accuse Bing de voler ses résultats de recherche

Et le prouve 138
Vincent Hermann
Dans le domaine des moteurs de recherche, Google règne en maître très peu contesté. Depuis quelques années, Microsoft grimpe doucement avec Bing, et de fortes améliorations sont à attendre de ce côté. Mais l’image du concurrent de Redmond risque d’en prendre un sérieux coup, Google accusant désormais Bing de voler les résultats de son propre moteur.

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C’est le site Search Engine Land qui révèle l’information. Microsoft utiliserait la barre de recherche Bing pour surveiller les actions de l’utilisateur et créer des liens logiques entre les requêtes et les résultats, y compris quand elles sont faites avec un autre moteur. La barre Bing est courante et est notamment installée par défaut avec le pack Windows Live Essentials 2011.

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La barre d'outils Bing dans Internet Explorer

Cela revient à voler des résultats de recherche pour Google. Amit Singhal, développeur à Mountain View en charge des algorithmes de ranking, indique : « J’ai passé ma carrière à viser un bon moteur de recherche. Je n’ai aucun problème à ce qu’un concurrent développe un algorithme innovant. Mais copier n’est pas de l’innovation chez moi. »

Google n’a pas lancé son accusation par hasard, et la firme est allée jusqu’à créer des pièges pour bien prouver que Microsoft utilisait ses résultats. Ses pots de miel fonctionnent avec un principe simple : lier un mot ne voulant rien dire à des pages spécifiques, un vrai pot de miel. Par exemple, Google pouvait « trafiquer » son moteur de recherche pour que l’expression « aaxixitadamo » renvoie vers une thèse traitant de la famine irlandaise au 19e siècle suite à l’apparition du mildiou. Aucune raison que les deux soient liés, mais quand Bing propose les mêmes résultats peu après alors qu’il n’en proposait pas avant, la situation devient relativement claire.

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Search Engine Land a également testé une autre méthode pour faire ressortir la copie des résultats : la correction automatique de Google. Ainsi, chercher sur Google le terme « torsoraphy » renvoie la page suivante :

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Google propose alors automatiquement la correction « tarsorraphy », qui est l’orthographe exacte anglaise. Le premier résultat proposé est d’ailleurs en accord avec ce que le moteur de recherche estime être concordant avec la demande. La même recherche sur Bing renvoie exactement le même premier résultat, mais sans la correction orthographique :

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La réaction de Microsoft n’a pas tardé : « Nous utilisons de multiples signaux et approches pour le ranking des résultats des recherches. Le but général est de déterminer de manière plus efficace l’intention derrière la recherche pour que nous puissions proposer le résultat le plus pertinent à une requête donnée. Les programmes opt-in tels que la barre d’outils nous aident pour les données du flux de clics, l’un des nombreux signaux d’entrée que nous et les autres moteurs de recherche utilisons pour nous aider à classer les sites. »

En fait, le doigt est posé sur tout un domaine de « l’aide » qu’un utilisateur peut apporter à une société, qu’il soit au courant ou non. Concernant le respect de la vie privée, les conditions d’utilisation d’Internet Explorer stipulent qu’une partie des données de navigation peut être analysée, même si la procédure est anonyme. En outre, quand un logiciel vous demande si vous souhaitez participer à son amélioration (un grand classique dans les produits Microsoft), c’est ce type d’information qui est utilisé. La question est maintenant : Chrome et la barre Google pour Internet Explorer et Firefox ne font-ils pas la même chose ?

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Pas selon Google, bien que, comme le précise Search Engine Land, la barre d’outils Google peut servir à mesurer la vitesse d’un site, ce qui est l’un des signaux pris en charge pour le classement des sites. La firme dément toutefois utiliser les adresses écrites dans la barre, en insistant sur le fait que seules les données issues du propre moteur de recherche sont récupérées.

L’illégalité de la démarche de Microsoft n’est pas certaine, et Google a probablement lancé son attaque pour entacher l’image de Bing. Une chose est certaine : Mountain View considère que cette méthode s’apparente à du vol.