Hadopi : entre 20 et 25 000 mails envoyés, non 100 000

De la peur du gendarme 60
Marc Rees
Le brouhaha autour du nombre de mails envoyés a déjà sa réponse côté Hadopi : celle-ci ne veut pas communiquer là-dessus. Les derniers éléments de langage de la cellule communication de la Rue du Textel sont simples :
  • Si on donne un chiffre important, on va apparaître comme des Big Brothers
  • Si on donne un chiffre trop faible, on sera taxé d’organe inutile
Ajoutons pour notre part que l’absence de communication permet de propager la peur du gendarme dans les foyers, du moins ceux qui ignorent encore le direct download (téléchargement direct) ou le streaming.

Comme le souligne Numérama, beaucoup de confrères se sont plantés sur cette volumétrie évoquant le chiffre de 100 000 emails envoyés. Ce chiffre ne concerne en fait que les identifications d’IP demandées par l’Hadopi aux FAI. Non les emails effectivement envoyés. Ce n'est pas du tout la même chose.

Relire les chiffres fournis par l'Hadopi

Pour apprécier ce nombre de mails envoyés, il suffit tout simplement de relire les chiffres qu’a justement donnés l’Hadopi, lorsqu’elle n’avait pas modifié sa stratégie de communication.

Le 15 octobre 2010 Mireille Imbert-Quaretta, présidente de la Commission de protection des droits affirme qu’ « au premier octobre, près de 800 avertissements ont été envoyés via les fournisseurs d’accès ». Ce chiffre a été donné aux sénateurs venus visiter la Haute autoritéIl a été affiché sur la page Facebook du Sénat, sous cette image.

hadopi sénat

Des chiffres et des lettres

800 emails depuis le 1er octobre, comme révélé dans nos colonnes. Le 22 octobre, nous apprenons de source sûre que la HADOPI « vise » 1000 à 2000 emails par jour d’ici la fin de l’année. Un objectif futur, et donc un volume qui n’est pas atteint en cette fin octobre.

Le 15 décembre, la Tribune confirme le chiffre et évoque elle aussi 2000 emails par jour qui seraient envoyés aux possibles contrevenants, pour tous les FAI confondus. Enfin, le 18 décembre, Éric Walter est bien obligé de sortir du bois pour admettre au Monde et à la louche, qu’ « un jour, on envoie 4000 mails, un autre 500 », soit un chiffre moyen de 2250 emails/jour pour cette fin d’année. Les données de PC INpact et de la Tribune étaient donc confirmées.

Pas à 100 000 mails relayés, plutôt 20 ou 25 000

« Nous ne sommes pas à 100 000 emails relayés ! » nous affirme aujourd'hui un FAI. Et renseignement pris à partir des données des intermédiaires, la volumétrie tourne davantage autour des 20 ou 25 000 emails envoyés jusqu’à présent, soit bien loin des 100 000 demandes.

Cette productivité qui aurait généré l’arrêt des machines dans toute chaîne de production s’explique par divers facteurs. Il y a d’abord des erreurs (voir cet exemple, la Hadopi ignorant les adresses attachées à des serveurs d’hébergement, des services en ligne comme ceux fournis par OVH, Dedibox, Orange ou SFR).

Il y a aussi, non des erreurs, mais des doublons. Des demandes d’identification qui concernent plusieurs IP communes au même abonné, tous n'étant pas sous IP fixe. Enfin, il y a un minimum de travail manuel par les mains de la commission des droits pour trier les réponses des FAI avant de presser le bouton d'envoi.

Une montée en charge

Néanmoins, confirment nos sources, l’Hadopi tente actuellement de muscler son système d’information. D’un opérateur : « si nous étions à quelques dizaines d’emails par jour, début décembre, il y a maintenant une montée en charge ».

Cette montée en charge correspond d’ailleurs à ce qu’on peut lire dans la loi de programmation des finances publiques pour les années 2011 à 2014, tout juste parue au JO n° 0301 du 29 décembre 2010.

On apprend là que les « crédits de la mission Médias, livre et industries culturelles» progressent en 2011 puis diminueront à compter de 2012 ». Ceci finance en 2011 « les besoins relatifs à la montée en puissance de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet (Hadopi). »  L’Hadopi organisera le 12 janvier une conférence de presse.