Hadopi : la mission Riguidel, le brevet sur le DPI et Vivendi

Un petit panorama avant les conclusions Riguidel 74
Marc Rees
Dans quelques jours ou semaines, le Pr Michel Riguidel, un chercheur en télécom, rendra ses conclusions sur les spécifications fonctionnelles des moyens de sécurisations. Derrière ce terme à rallonge, se cachent des caractéristiques que devront présenter les futurs verrous logiciels pour être labellisés par la Hadopi.

En mai 2010, juste après la conférence de presse annonçant la mission confiée à Michel Riguidel, PC INpact détaillait l’historique et les ramifications croisées entre ce personnage, le ministère de la Culture et son brevet sur le Deep Packet Inspection. À quelques encablures de la remise des conclusions de la mission Riguidel, nous vous proposons ce petit panorama

En juin 2009, le « Wipio » enregistre le dépôt d’un brevet sur la sécurisation des flux et l’inspection. Le document veut coupler tatouage des flux et des contenus avec l’inspection pour apporter sa contribution à la lutte contre le téléchargement illicite.

Le brevet Riguidel-Ladouari-Laurier

Ce brevet est cosigné Philippe Laurier, un chercheur, Michel Riguidel, ancien prof de Télécom ParisTech, et Laurent Ladouari. Ce dernier avait été conseiller NTIC de Christine Albanel lors des premières esquisses du projet de loi Hadopi, soit dès les accords Olivennes.

Qui demande ce brevet ? C’est le « groupe des écoles des télécommunications », présidé par un certain Pascal Faure. Celui-ci n’est pas inconnu non plus. Il fut justement membre de la mission Olivennes d’où germa la loi Hadopi. Pascal Faure a intégré le 14 septembre 2009 Orange où Christine Albanel l’a rejoint en février 2010 comme directrice exécutive en charge de la Communication, du Mécénat et de la Stratégie dans les Contenus.

brevet hadopi

Qu’est-ce que le « groupe des écoles des télécommunications » ? Ce groupe a été rebaptisé « Institut Télécom » le 12 septembre 2009.

Un brevet demandé par le numéro 1 de Vivendi, nommé par Sarkozy

Depuis le 23 septembre 2009, il est présidé par Jean-Bernard Lévy, qui n’est rien d’autre que l’actuel président du directoire de Vivendi. Soit le propriétaire du numéro 1 de l'édition et la distribution musicales, Universal Music Group. Qui a procédé à cette nomination ? Nicolas Sarkzoy, par décret.

décret sarkozy levy universal hadopi

L’institut Télécom, présidé par le numéro 1 de Vivendi regroupe quatre écoles : Télécom ParisTech, Télécom Bretagne, Télécom SudParis et Télécom École de Management.

La chaire Riguidel soutenue par Vivendi


Justement à ParisTech, Michel Riguidel, qui y est maintenant Professeur émérite, dispose depuis 2009 d’une chaire sur l’économie industrielle des médias (Mines et Telecom ParisTech). Cette chaire est « soutenue par Vivendi » ainsi que d’autres partenaires industriels qui accompagnent donc ces travaux.

Sur cette page, on découvre  plus de détails. Sur la section « Chaire Économie des Médias et des Marques avec Mines ParisTech, Télécom ParisTech et Vivendi », on apprend que l’un des axes de recherche porte sur « les réseaux du futur [où] les systèmes techniques devront proposer des solutions innovantes aux détenteurs de droits et aux distributeurs, et s'adapter aux exigences de sécurité, et de respect de la propriété intellectuelle »

En avril 2010 : Michel Riguidel se voit donc confier une mission sur les moyens de sécurisation et le filtrage par l’HADOPI (fin avril 2010)..

Une chaire présidée par un ancien membre de la mission Olivennes

A ce jour, c’est un autre professeur d'économie à Mines ParisTech, qui assure la direction de cette chaire : Olivier Bomsel. Qui lui aussi fut membre de la mission Olivennes. Qui lui aussi estime par exemple que les FAI adopteront naturellement le filtrage dès lors qu’ils auront à supporter des coûts importants pour le déploiement d’Hadopi.

Fidèles au poste, en 2010, la Chaire est toujours « soutenue par Vivendi et le Groupe Lagardère. »

En septembre 2010, dans une interview, Marc Guez, président de la SCPP confirme nos informations : les producteurs réunis au sein de la SCPP (dont Universal) ont fait faire des tests de filtrage en Allemagne avec une entreprise nommée Vedicis. Toute la stratégie future sera désormais de présenter ce dispositif de filtrage comme un moyen de sécurisation labélisé par l’Hadopi. En clair : installez ce filtre, laissez nous surveiller et vous serez sécurisés.

Le 11 octobre 2010
, Pascal Nègre (Universal Music) confie sur Twitter qu'Hadopi « a été votée » notamment à la demande du secteur musical.