Sarkozy et Hadopi : Lionel Tardy maintient ses propos (MàJ)

Clash entre Tardy et MMM 181
Marc Rees
Mise à jour 19 novembre 2010 : Le député Lionel Tardy a réagi sur Twitter aux propos de Murielle Marland Militello qui l'a accusé de "propos tompeurs"  lorsqu'il dit que Nicolas Sarkozy "semble avoir changé de position et vouloir passer à autre chose que le simplement répressif". Le député insiste : "@reesmarc Je maintiens mes propos ... l'Elysée n'a pas démenti !!!"

lionel tardy Murielle Marland Militello

Première diffusion 19 novembre 2010 Y-aurait-il plusieurs Nicolas Sarkozy ? Si l’on en croit les propos compris par deux députés, cela ne fait pas de doute. Lionel Tardy et Murielle Marland Militello étaient mercredi à l’Élysée comme les autres députés de la majorité. Problème, sur le dossier Hadopi, l’un et l’autre n’ont pas du tout retenu la même chose.

nicolas sarkozy
Nicolas Sarkozy en janvier 2010

Ce mercredi à l’Élysée, le chef de l’État a prononcé un discours devant les députés de l’UMP. Lionel Tardy a expliqué au Nouvel Obs qu’à cette occasion, Sarkozy a « d'abord parlé du G20 et G8, avant d'enchaîner de lui-même sur le numérique. »

Une sorte de mea culpa

Selon le député, « il a dit qu'il faut revoir pas mal de choses dans l'économie numérique. Il a expliqué que ce n'est pas normal que des géants comme Google fassent des millions d'euros de bénéfice en France sans en payer les impôts, que ce n'est pas normal que l'Irlande récupère les taxes avec sa fiscalité avantageuse ».

Le dossier Hadopi a curieusement été passé sous silence, mais pas dans ce qu’à interprété Lionel Tardy : « Dans une sorte de mea culpa, il a dit que faire adopter la loi était nécessaire, mais qu'il faut maintenant revoir un certain nombre de choses. On ne peut pas extrapoler et dire qu'il revient sur Hadopi, mais il semble avoir changé de position et vouloir passer à autre chose que le simplement répressif » (lire également 20Minutes).

Des propos trompeurs, selon MMM

Muriel Marland-Militello, également sur place, n’a pas eu du tout la même écoute. Dans une missive qu'elle nous a envoyée, elle se dit « choquée par les propos trompeurs qu'a tenus Lionel Tardy sur les intentions du Président de la République Nicolas Sarkozy s'agissant de l'HADOPI. »

La fidèle députée « tient à rétablir la vérité sur les propos du Président de la République, qui en aucune façon n'a remis en cause de près ou de loin la pertinence de la loi HADOPI. Le Président de la République a manifesté son intérêt pour l'économie numérique en invitant les députés à réfléchir sur les innovations technologiques et les potentialités qu'elles ouvrent » ni plus ni moins, selon MMM.

Pas conforme à l'éthique

Afin d’éteindre l’incendie, MMM considère que les propos rapportés par Lionel Tardy, « ne font que confirmer l'opposition systématique de ce député aux principaux articles du projet gouvernemental voulu par le Président de la République et adopté par la majorité présidentielle. Quelles que soient les positions que l'on puisse avoir sur tel ou tel sujet, il n'est pas conforme à l'éthique d'un représentant de la Nation de transformer les propos de qui que ce soit. »

Pas de faute, pas de mea culpa

« Un ‘mea culpa’ n'est possible que s'il y a une faute, rectifie MMM. Et la mise en place de l'HADOPI voulue par le législateur est tout sauf une faute. En parlant du « tout répressif », Lionel Tardy montre qu'il n'a pas bien compris le fondement de la loi HADOPI : il oublie que cette loi est avant tout pédagogique et comporte d'importants volets relatifs à la chronologie des médias et à l'encouragement du développement de l'offre légale, première mission de l'HADOPI ».

La division persiste dans l’UMP entre les pro-Hadopi, et ceux qui voient dans ce texte une grosse erreur de parcours. Pour soigner toutes les sensibilités, en vue de la future campagne présidentielle, le chef de l’État aura tout intérêt à cultiver l’ambiguïté. Lors de son allocution devant le Parlement réuni à Versailles, Nicolas Sarkozy avait affirmé que sur Hadopi, « j’irai jusqu’au bout ». Au bout de quoi ? D’un puits sans fond ou d’un tunnel ?

L’expression de « mea culpa » comprise par Lionel Tardy, ignorée de MMM, n’est pas innocente et résonne comme un écho avec le virage pris par Jean-François Copé sur ce dossier justement.

Le mea culpa de Copé

Plusieurs mois après avoir demandé aux députés de voter le texte, sans se soucier de son contenu, il disait en juillet 2010 que finalement, « j’en percevais déjà les faiblesses. Maintenant, j'ai évolué sur cette question, mais il fallait protéger le droit d'auteur. De même, je suis conscient que les technologies sont plus rapides que les politiques. C'est une énorme remise en question quand on voit comment une information se diffuse depuis un site Internet, cela amène une réflexion sur la vérification de l'information par exemple ». Il reconnaîtra encore un « choix maladroit dans les textes et les propos» et fera même un « petit mea culpa. »

Les premières coupures en pleine présidentielle

Copé est maintenant porte-parole de l’UMP et autant dire qu’Hadopi sera un filon à exploiter avec des pincettes à l’horizon 2012. Une partie du PS a déjà promis d’abroger le texte en cas de victoire, quand une autre n’estime pas cette suppression urgente.

Autre question sensible : la date des premières suspensions effectives. Du fait de la durée des différents étages de la procédure, elles devraient intervenir en pleine période électorale. MMM a justement demandé avant-hier la suspension de l'étape 2 et 3 de la réponse graduée « tant que la mission d'encouragement du développement de l'offre légale de l'HADOPI n'aura pas suffisamment progressé ». Par ricochet, chaque mois de gagné, permettra aussi de repousser les premières coupures après les élections présidentielles...

Loin de ces querelles, l'Hadopi se prépare à labelliser des solutions de filtrage. Et à l’échelon européen, le commissaire Michel Barnier (UMP) et l’eurodéputée Marielle Gallo (UMP) poursuivent en coulisse leurs travaux pro-ACTA pour rendre plus nerveuses les mesures contre les échanges en ligne non autorisés.