Après Hadopi, "une forte hausse du trafic sortant et payant"

P2P fait de la résistance 93
Marc Rees
On le sait, le gouvernement rechigne à rembourser les frais Hadopi. supportés par les FAI. Les motifs avancés sont multiples : l’une des principales excuses tient au fait que les FAI feraient de sérieuses économies de bande passante grâce à la chute du P2P. L’un des principaux FAI français nous a fournit cependant une analyse plus contrastée : « pour l'instant, c'est plutôt l'inverse avec le P2P qui cède la place au direct download, ce qui a pour conséquence "d'externaliser" une grosse partie du trafic qui jusqu'à présent restait on-net (ie internalisé, car ainsi sont faites les lois de la physique et les algorithmes des logiciels P2P, la machine sur le même DSLAM / NRA / zone géographique / FAI) ».

Ce FAI admet certes qu’il s’agit « d’une tendance de fond partout dans le monde, mais le fait est que le barnum autour d'Hadopi n'a fait qu'accentuer la tendance. Résultat, une forte hausse du trafic sortant et payant ».

Ce sont typiquement ces effets économiques qui étaient anticipés par les architectes des accords de l’Élysée. Toute la théorie d’Olivier Bomsel, l’un des membres de la mission Olivennes, fut de dire que les FAI vont subir des coûts dans le cadre de la suspension. Ces coûts aujourd’hui, sont directs (gestion des suspensions, identifications des IP, relais des emails) mais aussi indirects (bande passante). Pour Bomsel, les coûts que subiront les FAI sont stratégiques puisqu’ils domestiqueront les FAI et les inciteront à réclamer du filtrage : « les FAI qui vont subir des coups pour suspendre leurs consommateurs, vont vouloir mettre en place des solutions de filtrage, qui tendanciellement, vont permettre d’abaisser les coûts d’application de la propriété… »

Cette déclaration date de 2009. Un an plus tard, le directeur de la SCPP, Marc Guez nous a expliqué dans une interview qu’il cherchait la collaboration des FAI pour tester des mesures de filtrage volontaire. L’astuce des ayants droit, via l’aval de l’Hadopi, sera maintenant d’implanter un mécanisme de filtrage par DPI sous l’habit du moyen de sécurisation labellisé. C’est comme si c’était fait…