Vidéo en poche : la solution Hadopi proof des cinémas Utopia

Et sans DRM 115
Marc Rees
« Vidéo en Poche ! Bientôt sur vos clés USB… (une initiative « Hadopi-proof » des cinémas Utopia) » Les fameuses salles de cinéma indépendantes, explorent ainsi de nouvelles voies pour apporter une réponse aux questions du copyright et de la rémunération de la création, contexte « de crispation autour du droit d’auteur qui tend à opposer les créateurs et leur public par la création de lois liberticides et inefficaces ».

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Une clef USB et 5 euros

L’idée, telle qu’expliquée notamment par Les Inrocks, est simple : l’amateur de film vient à la caisse d’un des membres réseau Vidéo en Poche avec une clé USB en poche (ou une carte mémoire). La suite ? « On copie dessus le film de votre choix au format ouvert Matroska (mkv, ndlr), sans DRM, contre la modique somme de 5€ (les 5€ comprennent 3€ pour l’ayant droit, 0,98€ de TVA et 1,02€ pour la salle). La résolution minimale de la vidéo est celle d’un DVD, et quand la source le permet la vidéo sera à une résolution HD (720p). »

Cap sur le libre

L’initiative
Vidéo en Poche repose aussi sur le développement d’un logiciel libre par la société Objectif Libre, financé par les salles Utopia. « Pour permettre d’agrandir ce réseau, il était nécessaire d’avoir un outil informatique à même de faciliter la gestion des ventes et de remonter de manière fiable les données de ces ventes sur une partie serveur à destination des ayants droit. Le développement libre permettra que personne, pas même nous, ne puisse s’accaparer cet outil, et donnera la liberté à d’autres de pouvoir l’adapter à d’autres langues voire à d’autres usages. » Les salles Utopia sont les premières à faire partie de ce réseau, mais déjà « les autres salles indépendantes de l’association ISF devraient bientôt le rejoindre ».

Les causes de ce choix économique sont variées : « Ce qui nous anime est de faire partager des œuvres qui n’ont souvent pas accès à d’autres écrans que les nôtres, ni même au piratage qui n’est somme toute qu’un « avatar » de la consommation de masse » annonce l’initiative.

Elle souligne par ailleurs que « le support matériel n’est plus adapté aux usages [et] les prix pratiqués dans la vente de DVD sont souvent dommageables à une diffusion plus large de films modestes, et qu’il serait temps pour le bien-être de la planète d’arrêter de graver par millions des galettes de plastique ».

Mieux, insiste-t-elle, « la culture n’a de sens que si elle s’inscrit dans une relation humaine, nous ne proposerons pas de borne automatique ni même de téléchargement sur Internet, d’autres s’en chargeront bien mieux que nous ».

Matroska et pas de DRM

L’usage du libre et l’absence de DRM permettent un usage sans contrainte du principe de l’exception pour copie privée. « Le format Matroska s’imposait car il répond à ces exigences, qu’il permet plusieurs sous-titres et pistes son, qu’il est déjà largement utilisé, qu’il existe de plus en plus d’appareils de salon capables de lire ce format, et qu’il est lisible pour le moins par VLC, un logiciel libre multiplateforme ».

Les premiers films disponibles sur ce format auront été « Non au Mac Drive », de Frédéric Chignac, à Utopia Bordeaux, en septembre 2009. Le film a été mis à disposition sous licence Creative Commons By-NC-ND. « Les Films du Paradoxe sont le premier distributeur vidéo à vouloir tenter avec nous ce nouveau mode de diffusion avec les films : Les brebis font de la résistance, Ma mondialisation, Paul dans sa vie, et Les LIP, l’imagination au pouvoir. Nous saluons ces défricheurs de talents pour leur esprit d’aventure, et les remercions pour la confiance qu’ils nous accordent ».

Le principe de Vidéo en Poche avait été présenté lors des Rencontres Mondiales du Logiciel Libre début juillet. La formule sera généralisée dans toutes les salles Utopia à partir de septembre.

« Si le principe vous plait, et si vous souhaitez que la salle de cinéma près de chez vous participe à cette initiative, n’hésitez pas à leur en parler ! Plus il y aura de salles, plus le réseau sera attractif pour les ayants droit.Si vous connaissez un éditeur vidéo où un cinéaste dont vous aimeriez voir les films diffusés de cette manière, n’hésitez pas à leur en parler ! Plus il y aura de titres disponibles, plus ce mode de diffusion sera intéressant » sollicitent les organisateurs.