Un développeur : « Parfois, je suis OK pour qu'on vole mes jeux »

Les pirates ne seraient pas tous des mangeurs d'enfants 789
Le débat sur les chiffres du piratage a toujours été très animé, généralement pour les industries de la musique et des films. Mais les jeux vidéo sont aussi très piratés, auparavant sur les PC, et maintenant sur les smartphones.

Les taux de piratages sont très élevés, dans le jeu comme dans l'audiovisuel, mais le nombre réel de pirates et les taux de substitutions restent sujets à débat. Au delà des chiffres, qui peuvent donc toujours être interprétés de manière différente en fonction du but de la démonstration, il y a des arguments moraux à avancer.

Les arguments traditionnels sont ceux opposant les partisans du partage culturel universel aux défenseurs de la propriété intellectuelle comme moyen de financement de la création. Une autre piste est proposée par Jeff Vogel, le président et programmeur principal de Spiderweb Software, un éditeur de jeux de rôle heroic/fantasy pour Mac et PC.

Jeff Vogel
Jeff Vogel

Pirater est moralement injustifié, sauf...

Dans un long article sur son blog intitulé « Parfois, c'est OK de voler mes jeux », il explique que parfois, il retire quelque chose du piratage de ses jeux.

Pour commencer il précise que logiquement, si tout le monde piratait les jeux vidéo au lieu de les payer, il n'y aurait bientôt plus du tout de création, « à part un sombre royaume de petits jeux Flash remplis de publicités et de Farmville ». C'est du coup très dangereux pour lui de donner des munitions à ceux qui ne veulent pas payer leurs jeux, puisque c'est par ce biais qu'il nourrit sa famille.

Mais « le piratage n'est pas le diable absolu ». Le développeur explique qu'il reçoit régulièrement des mails de gamins en Russie, Asie du Sud-Est ou d'Inde qui lui expliquent jouer à ses jeux dans des webcafés, pour s'amuser ou améliorer leur anglais, et lui demandant des sérials gratuits. La différence de change est telle qu'il est impossible pour eux de se procurer les 25 à 28 dollars nécessaires pour acheter le jeu.

Et dans leurs cas, il n'a qu'une envie, c'est de leur répondre : « Mais pirate mon stupide jeu ! » En effet, il ne peut pas leur donner de clé gratuites, puisque c'est son moyen de subsistance. Mais il explique : « j'espère vraiment que ces gamins ont piraté mon jeu. Et je suis sûr que pour chaque mail de ce type, une horde d'autres dans des pays lointains l'ont piraté par leurs propres moyens ».

Bien sûr, parmi les pirates de ses jeux, certains avaient les moyens de le payer, et pour eux Jeff Vogel n'a qu'un seul mot : « jerks ». Car il ne vend en moyenne que 5 000 exemplaire de ses jeux, ce qui reste peu. Et le taux de piratage pour ses œuvres atteint probablement les 90 %. Mais de savoir que son travail a un tel rayonnement est déjà une satisfaction. Et s'il faut que ceux habitant dans le tiers monde, ou  que les gens au chômage à cause la récession, ou sans moyens financiers pour une autre raison, piratent ses jeux , alors tant pis.

Sa solution aux problèmes de l'industrie

Il lance donc un appel aux pirates : « si vous aimez les jeux pour PC mais les piratez en général, je veux que vous commenciez à en acheter un par an. Seulement un. S'il-vous-plait. »

Pourquoi un pirate le ferait ? Parce que c'est dans son propre intérêt ! Le nombre de bons jeux augmentera, et il pourra continuer à en profiter. Il faut donc que ce pirate encourage le jeu qui lui aura le plus plu.

Pour conclure, « avant de vous lancer dans une "flame-war" parce que le-piratage-est-toujours-bien ou toujours-mal, rappelez vous que j'essaie de rendre une visite au pays de la réalité », et que « c'est toujours mieux de payer pour ce que vous utilisez ».