USA : le jailbreaking devient légal dans certaines conditions

Tous les smartphones sont concernés 208
Vincent Hermann
Depuis que le premier iPhone est sorti, un certain nombre d’utilisateurs s’adonne à un sport bien particulier : le jailbreaking. Cette technique consiste à casser les protections du smartphone d’Apple pour pouvoir ensuite installer des applications qui, normalement, ne devraient pas pouvoir figurer sur l’App Store officiel pour différentes raisons, la plus importante étant qu’elles ne respectent les conditions de la boutique (fonctions interdites, etc.). Et voilà qu’aux États-Unis un vent nouveau se lève, car le jailbreaking vient d’être autorisé sous certaines formes.

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Il faut savoir que depuis l’avènement du DMCA (Digital Millennium Copyright Act) en 1998, il est strictement interdit, entre autres, de contourner une mesure de protection numérique. Or, il y a 19 mois, l’EFF (Electronic Frontier Foundation) avait demandé aux régulateurs concernés que le jailbreaking devienne une exception au DMCA, sous certaines conditions, afin que des utilisations et des cas particuliers ne soient pas bloqués par les barrières mises en place par Apple.

Bien évidemment, Apple avait protesté contre une telle proposition, car elle menaçait ses intérêts. Officiellement, la firme de Cupertino avait invoqué les énormes problèmes de sécurité que cela provoquerait. Elle indiquait même que les réseaux de téléphonie mobile pourraient subir de larges attaques, car le jailbreaking ouvre la voie à des modifications non voulues, les utilisateurs ne maîtrisant pas forcément les tenants et aboutissants de la procédure, ce qui est somme toute vrai. Mais la firme avait essentiellement à cœur de protéger son business bâti sur le concept de jardin protégé par des barrières, avec des règles particulièrement strictes comme l’interdiction formelle de copier une fonctionnalité déjà présente dans le téléphone de base.

Tous les trois ans, la Bibliothèque du Congrés et le Bureau des brevets proposent une liste d’exceptions au DMCA. C’est donc là qu’intervient la proposition de l’EFF. Et si Apple avait précisé que le DMCA protégeait le gestionnaire de démarrage de l’iPhone, le Bureau l’a entendu finalement d’une autre oreille : « Bien qu’un propriétaire de copyright puisse essayer de restreindre les applications qui peuvent fonctionner sur un système d’exploitation donné, la loi sur les copyrights n’est pas le véhicule de l’imposition de telles restrictions. »

L’exception au DMCA qui a été ainsi formulée n’est pas spécifique à Apple, puisque le jailbreaking n’est pas un sport réservé à l’iPhone. Il concerne donc l’ensemble des smartphones, et il est d’ailleurs bien précisé qu’aucune autorisation n’est à demander au constructeur concerné. Devient donc possible le jailbreaking (déplombage) d’un appareil dans le but d’installer une application légalement acquise, ceci dans un objectif d’interopérabilité, ce même terme servant aussi pour une autre raison, à savoir le changement de réseau mobile (si le téléphone était bloqué sur un seul).

Cette exception plus que conséquente au DMCA est désormais en vigueur, ce qui ouvre une porte immense pour les bidouilleurs de tous poils. Mais il ne faut pas confondre : déplomber un iPhone par exemple pour exploiter les applications de la boutique tierce Cydia est autorisé, mais se servir de cette technique pour obtenir gratuitement des applications payantes de l’App Store reste complètement illégal.

Apple n’a bien sûr pas réagi positivement à cette annonce et la firme se contente d’exprimer des regrets douloureux : « L'objectif d'Apple a toujours été de s'assurer que nos clients aient une excellente expérience avec leurs téléphones et nous savons que le jailbreak peut sérieusement la dégrader. Comme nous l'avons déjà dit, une large majorité de nos clients ne jailbreak pas leur téléphone, car cela peut leur faire perdre leur garantie et provoquer des dysfonctionnements et une instabilité de l'iPhone. »

Il sera intéressant de voir maintenant comment la firme va modifier sa conduite. Le jailbreaking de l’iPhone entraîne en effet la perte de sa garantie. Il ne faut pas oublier en outre que chaque version d’iOS apporte le plus souvent une nouvelle barrière au déplombage. Si Apple laisse effectivement « tomber », non seulement il n’est pas dit que la pratique explosera en termes d’utilisateurs, mais la société pourrait également gagner du temps en ne s’occupant plus de ce problème.

À noter enfin que d’autres exceptions ont été ajoutées au DMCA :
  • Le contournement des protections des DVD par les enseignants, les étudiants en cinéma ou encore des réalisateurs de documentaires à des fins éducatives, des critiques ou commentaires.
  • Le contournement du recours à des dongles pour accéder à un logiciel qui en réclame, si le dongle en question ne fonctionne plus et/ou ne peut pas être remplacé
  • La permission de casser les protections des livres électroniques pour pouvoir les utiliser sur ou un des appareils disposant de la lecture vocale
  • La permission de casser les protections des jeux vidéo pour la recherche des failles de sécurité