UltraViolet : un DRM universel massivement soutenu

La description du projet : #liste interminable de mots qui font buzz# 148
DRM UltraVioletUn consortium massif de presque 60 entreprises majeures provenant des industries du divertissement (RIAA, Fox, Paramount...) et technologique (Alcatel, Adobe, HP, IBM, Intel, Microsoft...) ont annoncé lancer une nouvelle norme de DRM, nommé UltraViolet, qui unirait producteurs de contenus, vendeurs et fabricants d'appareils de lecture autour d'une même protection.

Ce DRM devrait donc être interopérable, répondant à l'une des principales critiques adressées aux systèmes de verrous numériques. De quoi relancer la machine à DRM, qui semblait pourtant sur le déclin ces dernières années ?

Un DRM pour tous, tous pour un DRM

Le consortium, baptisé Digital Entertainment Content Ecosystem (DECE), est à l'origine de ce projet évidemment propriétaire. Selon leur description, les consommateurs devront d'abord créer un compte gratuit, et pourraient ensuite « avoir la liberté d'accéder [à leurs contenus] d'où qu'ils soient, avec la certitude de savoir comment ça va marcher et d'obtenir le plus grand choix de contenus, magasins et appareils » selon les mots de Mitch Singer, président du DECE et directeur de la technologie de Sony Pictures Entertainment. Les modalités précises du système seront annoncées en fin d'année.

Mais des détails sont déjà disponibles. Basé sur le "nuage informatique", UltraViolet devrait permettre aux consommateurs enregistrés (fichés ?) d'accéder et de gérer par internet leurs contenus sur une interface unique, quelque soit l'entreprise à qui ils les ont achetés. Le système n'est pas clairement expliqué, mais il semble que tous les contenus achetés sont ajoutés à une bibliothèque en ligne, et peuvent ensuite être visionnés à partir de cette bibliothèque sur n'importe quel appareil compatible. En gros, le système de Steam ou du Kindle, qui a prouvé son succès.

De plus, plusieurs appareils pourraient utiliser le même compte UltraViolet, la DECE donnant l'exemple d'une famille de cinq personnes utilisant le même compte, sur quatre appareils différents. Ils devraient alors tous pouvoir accéder aux contenus achetés avec ce compte, même s'ils sont éloignés de la maison (exemple : un enfant à l'université). Aucune précision sur les limites au partage de compte n'ont encore été données, mais elles ne sauraient manquer.

Décrit comme ça, il sera simple de présenter UltraViolet comme une avancée intéressante pour les consommateurs légaux, bien trop souvent confrontés à l'enfer des DRM. Surtout s'il donne accès à une version numérique visible en streaming de tous les contenus achetés (ce qui n'est pas dit par le consortium). Mais tout n'est pas si idyllique.

Un seul partenaire vous manque et tout est dépeuplé


Car en s'éloignant de l'optimisme du communiqué, il faut admettre que l'interopérabilité ne sera pas universelle puisque malgré les grands noms du consortium, les plus essentiels sont absents : Apple, le plus gros vendeur de musique numérique et de baladeurs MP3 au monde, Amazon, le plus grand libraire d'eBooks, et Disney, une des majors hollywoodiennes parmi les plus importantes pour les films et les séries télévisées, ont pour l'instant passé leur tour.

UltraViolet sera licencié par la DECE à ses membres, et restera donc loin d'un format ouvert utilisable par tous. Adieu donc UltraViolet sur Linux, et probablement pareil pour les iPod, iPad et autres iPhone tant qu'Apple ne rejoint pas les rangs, l'entreprise gardant le contrôle sur les applications autorisées à s'y installer.

Mais il n'y a pas que ces manques, et le déficit d'informations sur les usages qui seront surveillés, Linuxfr affirme que le principe même d'un DRM interopérable est utopique, car un DRM est « une solution qui techniquement ne peut pas marcher (d'où le besoin de passer des lois type DADVSI) » (voir la page de l'April). Mais face aux grands noms qui s'alignent derrière le projet, ne doutons pas qu'il fera encore beaucoup parler de lui.