Microsoft Kin : environ 10 000 unités vendues... et après ?

Un sérieux souci d'organisation 85
Vincent Hermann
Microsoft avait lancé, voilà deux mois, deux téléphones sous l’appellation Kin. Ces modèles étaient hérités du rachat de la société Danger en 2008 et donc de la récupération de la plateforme Sidekick. Mais de profonds changements dans la planification ont complètement chamboulé les prévisions, et les téléphones sont arrivés avec 18 mois de retard. Aujourd’hui, des rumeurs affirment que Microsoft n’a vendu que 500 téléphones. En fait, c’est un peu plus que ça.

kin windows mobile

500 téléphones vendus ? Plutôt 10 000, mais bon...

John Gruber, à qui l’on doit quelques informations bien senties sur les futurs produits Apple, indique avoir parlé avec une de ses sources, qui lui a affirmé que seuls 503 téléphones Kin avaient été vendus. Il indique bien entendu qu’il est impossible de confirmer ce chiffre. Mais une autre kin windows phonesource, qui ne cache pas sa méthode, vient infirmer ce chiffre.

Il s’agit de PocketNow.com, qui a tout simplement surveillé le nombre de connexions actives à l’application Facebook qui est fourni avec le Kin. Au moment où le site écrivait ses lignes, 8810 connexions étaient bien présentes. Il faut aussi prévoir le cas de ceux qui ont bien ce téléphone mais qui n’ont pas de compte Facebook. Certes, l’achat d’un Kin devrait normalement être motivé par l’utilisation intensive des réseaux sociaux, puisque c’était bien le but de ce projet.

Quoi qu’il en soit, si l’on compte environ 10 000 téléphones vendus, on est loin des 503 avancés par l’autre source. 10 000 téléphones ne représentent toutefois pas un succès, loin de là. Et dans l’absolu, était-ce forcément une bonne chose pour Microsoft que ce projet aboutisse à de grosses ventes ? Ce n’est pas si évident.

Un revirement dans le projet qui a coûté cher

Un peu comme Vista, le projet Pink (qui a donné lieu au Kin) a subi un revirement énorme pendant son développement. Il a été décidé que l’ensemble devait s’appuyer sur une solution Windows CE, ce qui a provoqué un retard de 18 mois. Or, un tel retard dans un domaine aussi compétitif ne pouvait que provoquer un problème d’alignement entre le produit final et sa concurrence. Difficile de se mesurer à l’iPhone 4, aux téléphones Android et à tous les derniers modèles avec un produit de ce type et aux fonctionnalités somme toute limitées. Microsoft a quand même choisi de le commercialiser, et c’est bien là que réside le cœur des complications à venir pour la firme.

windows mobile 7 winmo7 phone seriesIl était évident que ce projet ne pouvait aboutir qu’à un problème, qu’il soit un succès ou non. Pourquoi ? À cause de Windows Phone 7. Nous ne sommes qu’à quelques mois de l’arrivée de cette version majeure du système mobile de Microsoft, et la firme a choisi de lancer quand même une « pollution » visuelle. Explications.

La situation de Redmond dans le domaine des smartphones n’est pas forcément reluisante face à des concurrents déchainés. À travers différentes annonces, la société a généré un buzz autour de Windows Phone 7, qui tranche radicalement sur bien des points par rapport à ses prédécesseurs, notamment l’interface et les fondations techniques. Tandis que la voie se dégageait lentement devant le nouveau système et qu’une attente était générée, la firme a lancé un pavé dans la marre avec le Kin.

Un sérieux souci de gestion de projet de marketing

Ce n’est pas Windows Phone 7, ça n’en a ni la forme, ni l’interface, ni les fonctionnalités ni les fondations. Et pourtant, la firme lance quand même son produit en grandes pompes ou presque. L’attention est détournée, la ligne claire est brisée, et le public se demande ce que tout ceci vient faire dans cette histoire. Car Windows Phone 7 est lui aussi clairement préparé pour les réseaux sociaux, et seuls quelques mois d’intervalle séparent finalement deux produits qui partagent un grand nombre d’objectifs... mais avec des façons de faire très différentes. Ce serait comme lancer un Service Pack 3 pour Vista avec de nouvelles fonctionnalités et des changements d’interface, quelques mois avant Windows 8. Les regards ne sont plus tournés vers le nouveau gros produit qui arrive.

Non seulement la commercialisation n’était pas une bonne idée, mais Microsoft a finalement été entrainé dans le pire des scénarios : un retrait des ventes deux mois à peine après son arrivée sur le marché. De fait, la succession aussi rapprochée de l’arrivée et du départ est très mauvaise pour l’image de la société. On en déduit une très mauvaise gestion de l’ensemble du projet, et une volonté de commercialiser coûte que coûte un produit qu’au moins une partie de l’équipe savait forcément condamné.

La décision de tout arrêter et d’intégrer l’équipe de développement du Kin dans celle de Windows Phone 7 aurait dû être prise il y a bien longtemps. Cela aurait évité un cafouillage qui a finalement dû coûter des millions de dollars et des soirées de lancement... pour presque rien. Désormais, tout est presque rentré dans l’ordre, et il faut espérer que Microsoft restera focalisée sur l’objectif qu’est Windows Phone 7, car la concurrence est trop importante pour s’éparpiller.