L'affaire Bettencourt, un nouveau vivier pour les déclarations anti-net

Nadine se moque 266
Marc Rees
L’affaire Bettencourt, qui englue Éric Woerth, Nicolas Sarkozy et même tout le groupe UMP, est une nouvelle occasion pour jeter le discrédit sur « Internet ». La technique a la saveur du réchauffé : plutôt que faire face aux responsabilités, on stigmatise l’outil (Internet, via Mediapart), en se drapant derrière l’effroi, tout en espérant diviser l’opinion vers d’autres questionnements loin du sujet principal. Du bruit parasite.

bruit son silence

Pointant nos confrères de Mediapart, Nadine Morano, fidèle au poste, dénonce ainsi les « méthodes fascistes de sites internet », une « espèce de collusion médiatico-politico-trotskyste qui essaie de jeter l'honneur d'Éric Woerth » (le Post). Pour l’ex-motard Christan Estrosi, Mediapart est « ce fameux site qui me rappelle une certaine presse des années 30 » (Le Point). Hervé Morin (Nouveau centre) a fustigé la « compétition effrénée entre la presse médiatique classique et internet » dans laquelle « plus rien n'est contrôlé » (Public Senat). Autre signalement à l’honneur : celui du président des Jeunes Populaires, Benjamin Lancar qui sur son compte Twitter expose : « Du temps de Staline, il y avait les montages photo, en 2010, en France, il y a Mediapart, mené par... un trotskiste. CQFD. ». 

La petite phrase est délicieuse puisqu’elle s’emboîte merveilleusement bien avec celle lâchée par François Barroin à l’Assemblée nationale mardi dernier : « comment pouvez-vous jeter l’anathème sur les uns et sur les autres, sans preuves, en additionnant les « twits », les blogs des gens qui règlent des comptes, des opposants politiques qui ne partagent même pas vos valeurs ? » (compte rendu)

Un long inventaire de déclarations anti-net

Nous avions dressé un inventaire des déclarations anti-net lors de l’affaire Hortefeux (le dérapage du ministre de l’Intérieur sur les Auvergnats). Là, les propos incontestables avaient été filmés, diffusés en ligne. Malgré tout, cela n’a pas empêché les Lefebvre, Guaino et autre Chatel d’attaquer frontalement ce fichu média qui échappe aux zones d’influence classiques. Le ministre de l’Intérieur et des Cultes a par la suite été condamné (il a fait appel), mais à aucun moment les uns ou les autres ne sont revenus sur leurs dénonciations. L’affaire Bettencourt montre au contraire combien cette peur du Net, feinte ou réelle, est toujours d’actualité.

Une nouvelle fois...

Pour finir, sur TF1, droit dans ses sabots, l’irremplaçable Jean-Pierre Pernaut a eu des propos tout aussi fleuris : l’affaire Bettencourt ? Des « rumeurs (…) une nouvelle fois lancées par un site Internet. » MediaPart n’a même pas été cité, remarque ASI. Et notez-le « une nouvelle fois. » Précisions : ce n'est pas Internet qui une fois, puis une nouvelle fois a inventé un hémicycle plein à craquer lors de débats parlementaires de première importance.