Super Crapule : France 5 explique Hadopi aux plus jeunes (MàJ)

Bande de consommateurs 497
Marc Rees
Mise à jour 22/06 « Plein de monde nous a signalé les erreurs factuelles présentes dans le film. Du coup, nous allons le supprimer de notre base et travailler sur une nouvelle production. »  France 5 va finalement retirer cette vidéo (ce n'est pas encore fait) du fait de la polémique née sur son contenu, apprend-on chez Ecrans.fr. Espérons que les propos affichés du PDF seront inclus dans la future production remplaçant ce clip crapuleux...  

Première diffusion 21/06
« Ce court film d’animation nous présente les principales mesures de « riposte graduée » mises en œuvre par la HADOPI pour lutter contre le téléchargement illégal de musiques et de films sur Internet ». Les amateurs de téléchargement avaient déjà été accusés de tous les noms, de voleurs, voire d’assassin, désormais, les voilà taxés de « Super Crapule ». En témoigne cette vidéo publiée sur curiosphere.tv, dans la catégorie « l’éducation en images », site de France 5 pour «l’éducation en images».


Dans cette vidéo destinée aux plus jeunes, on voit un petit personnage masqué, boutonneux dire « payer les artistes aujourd’hui c’est dépassé ». Et celui-ci d’expliquer comment leur vider vider poches « déjà cache-toi bien derrière ton ordinateur » ensuite, « je me gave comme un ouf !!! (…) je ne prends même plus le temps d’en profiter !».

Au bout de quelques instants, on voit un petit personnage bleu, monsieur « Hadopi » stopper net ces faits crapuleux pour lui expliquer le B.A.BA « Comment (les artistes) gagnent leur croûte ? » Et notre bonhomme de lui expliquer qu’avec HADOPI, il risque de recevoir un mail, une lettre recommandée avant d’une coupure jusqu’à un an, une amende de 300 000 euros et 2 ans d’emprisonnement. L’entreprise qui a organisé cette communication se plante : ce n’est pas 2 mais 3 ans comme l’atteste les articles L. 335-1 et suivant du CPI)

"Ce n'est pas une production maison" (Eric Walter, HADOPI)

Cette vidéo n’a pas été signée de la HADOPI selon Éric Walter qui la découvre aujourd’hui. Selon les dispositions légales du site, "Curiosphere.tv est alimenté en permanence par de nouveaux contenus interactifs, issus de programmes diffusés par France 5 ou mis au point par des partenaires publics et privés".

Toutefois, les jeunes doivent s’attendre à recevoir une pluie de messages éducatifs de ce type. Il faut se souvenir que la loi et l’appel d’offres lancé par la Haute autorité prévoient une éducation des plus jeunes pousses afin de les inciter à comprendre que « pirater » c’est mal, acheter, c’est bien.

L’appel d’offres explique ainsi que « l'HADOPI aura à mettre en place de concert avec les services spécialisés du Ministère de l'Éducation nationale et du ministère de la Culture et de la Communication, un programme de sensibilisation des élèves aux dangers pour la création que comporte l'appropriation illicite d'œuvres protégées par les droits d'auteurs et les droits voisins. Ce programme mettra parallèlement en évidence l'existence d'une offre légale dont la richesse va croissant ». Une bonne parole qui sera portée aussi bien dans le cadre des enseignements artistiques que lors de la préparation du B2i.

Dans un PDF affiché à côté de cette vidéo, on trouve d'ailleurs plusieurs des objections émises contre ce texte (présentées avec de grosses pincettes, contrairement au style affirmatif de la vidéo). Des objectifs que les enseignants pourront ainsi librement reprendre à leur compte pour relativiser cette vidéo à sens unique.

Les éléments du débat

La loi HADOPI a suscité de nombreux débats passionnés et de nombreuses
objections ont été soulevées. La plupart d’entre elles ne portent pas contre le principe d’une répression des atteintes au droit d’auteur, mais portent sur la méthode, accusée principalement de porter atteinte aux libertés individuelles et de ne pas suffisamment tenir compte des réalités techniques.
Les principales objections :

- L’adresse IP serait insuffisante comme preuve et il n’existerait pas de logiciel permettant une sécurisation absolue d’un réseau Internet. « Par un constat d’huissiers et un rapport d’expert, l’UFC-Que Choisir a fait la preuve qu’il est à la portée de tous de pirater la connexion Internet sans fil de n’importe qui, et ainsi d’usurper une adresse IP pour télécharger » (Communiqué de presse de l’UFC-Que Choisir du 10 mars 2009.)

- La loi HADOPI reviendrait à concéder à des sociétés privées le droit de demander la communication de données personnelles (les données de connexion) et de les collecter à grande échelle, tout cela sans contrôle judiciaire.

- La présomption d’innocence serait bafouée puisqu’il reviendrait à l’abonné de faire la preuve de sa bonne foi.

- En prévoyant des sanctions contre les personnes ayant négligé de sécuriser leur réseau Internet, la loi HADOPI irait contre l’un des principes de base du droit français, le principe de personnalité de la peine pénale selon lequel on ne peut être condamné au pénal pour le fait d’autrui.

- L’accès à Internet ne devrait pas être considéré comme une simple commodité mais comme un droit fondamental.

- La loi HADOPI constituerait les prémisses d’une tentative de contrôle d'Internet, et par là-même une menace pour la liberté d'expression.

- La corrélation entre le téléchargement illégal et la baisse des ventes de disques et de films ne serait pas prouvée à ce jour. La loi HADOPI ne viserait qu’à soutenir un modèle économique dépassé. Surtout, le secteur culturel ne connaitrait nullement de crise économique : le chiffre d’affaires global (en incluant les concerts) de la musique serait en augmentation et la fréquentation des salles de cinéma aurait battu des records en 2008 et en 2009.

- Rien ne prouverait que les internautes dissuadés iraient pour autant acheter les musiques et les films qu’ils téléchargeaient auparavant illégalement (« Cette loi n’augmentera pas leur pouvoir d’achat », déclare l’organisation La Quadrature du Net).

- Le coût de la mise en oeuvre de la politique de répression prévue par la loi HADOPI serait exorbitant pour le contribuable.

- Rien ne démontrerait que la loi HADOPI parviendrait à faire baisser le nombre de téléchargements illégaux (il ne s’agirait que d’un « pari »).