La BD "Ulysse Seen" n'est plus censurée par Apple (MàJ)

Leopold Bloom dans toute sa virilité 509
Mise à jour : Aujourd'hui est Bloomsday, la journée internationale de célébration du roman "Ulysse" de James Joyce. Pour l'occasion, Apple a décidé d'autoriser la version originale de la bande dessinée "Ulysse Seen", incluant donc la représentation graphique d'un sexe masculin.

Selon le Guardian, Apple a contacté la maison d'édition de la bd et leur a expliqué « qu'ils ont fait une erreur en créant une politique trop rigide pour permettre un développement artistique ». Elle ajoute « qu'il semble que [Apple] traitera les contenus mature ou incluant de la nudité "au cas par cas" désormais ».

La bd est maintenant disponible gratuitement sur iTunes, sans censure.

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Article du 9 juin 2010.

L'Irlandais James Joyce est considéré comme l'un des écrivains majeurs du 20ème siècle, mais ses œuvres sont denses et parfois difficiles à lire. Aussi, pour permettre à la majorité d'avoir accès à ces livres, des adaptations en bandes dessinées sont réalisées.

En particulier une adaptation numérique des 1 000 pages d'Ulysse a été commencée par Rob Berry et Josh Levitas. L'avantage d'une version en ligne (ou d'une Application) est de comporter des commentaires sur les références dont l'auteur fait mention, ou des traductions dans d'autres langues que l'anglais. Le problème est que le livre contient des scènes de nudité, et même une scène où le personnage principal, Leopold Bloom, se masturbe sur une plage pendant un feu d'artifice.

Ulysse

Cela aurait conduit l'application originale de la bande dessinée à avoir été interdite de l'Apple Store, puisque tout contenu jugé pornographique est non grata sur les terres de Cupertino. Les auteurs ont donc décidé de publier une version retravaillée de la bande dessinée, n'affichant aucune nudité quitte à trahir l'œuvre originale de Joyce et leur propre travail. Berry l'explique ainsi : « Bien que le premier chapitre du livre, celui actuellement sur iTunes, ne contienne aucun langage corsé, notre BD contient bien de la nudité frontale. Nous pensions que nous pourrions couvrir ça avec des feuilles de vigne ou en les pixellisant, mais même ça est interdit par la politique d'Apple. Donc nous étions obligés d'abandonner le projet ou de changer nos pages. »

Ulysse

La version serait donc maintenant lisible par les enfants et les âmes puritaines américaines... Mais tout n'est pas résolu pour autant, la polémique reposant sur l'histoire de l'ouvrage de James Joyce et la définition de la pornographie appliquée par Apple.

Ulysse a en effet été interdit aux États-Unis à sa publication à cause de ces mêmes passages, et même condamné en 1921 pour obscénité. En 1932, quand l'éditeur Random House a tenté d'importer l'édition française sur le territoire américain, les livres ont été saisis à la douane. L'importateur est alors allé au tribunal, et le juge John M. Woolsey décida que le livre n'étant pas pornographique, il ne pouvait être considéré comme obscène : les scènes un peu osées sont indispensables pour décrire la psyché torturée des personnages. Cette décision, confirmée en appel, a permis de garantir la liberté d'expression des écrivains américains et ouvert la voie à certains des plus grands auteurs du 20ème siècle.

La censure d'un livre chargé d'une telle histoire, même adapté en bande dessinée, ne pouvait donc pas passer inaperçue. On le voit, Apple applique à son écosystème fermé une politique de censure totale sans aucune modération, traitant l'art et la littérature au même titre que des magazines pornographiques. Même s'ils n'ont pas agit dans cette affaire, leurs conditions extrêmement strictes ont conduit à une auto-censure, ce qui par certains côtés est pire : pour que leur application soit acceptée les développeurs tendent en effet à se limiter encore plus qu'ils ne sont obligés.

Car l'excès de zèle de l'entreprise créatrice de l'iPod l'a même conduit à censurer les caricatures politiques d'un lauréat du prix Pulitzer. La tempête médiatique qui a suivi l'a alors conduit à accepter l'application, mais pas à changer ses méthodes de sélection. Il est peut-être temps qu'Apple commence une réflexion sur la définition de la pornographie et de la liberté d'expression. Après tout, son influence sur les médias n'est déjà pas anodine, et ne fait que grandir avec chaque nouvel appareil vendu au public. Avec le pouvoir, arrive la responsabilité.