Flash : Adobe répond encore à Apple, la blogosphère s'agite

Depuis des semaines, la guerre de communication fait rage entre Apple et Adobe. Steve Jobs tente de faire passer la technologie Flash pour vieille, arthritique et impotente, et certaines sociétés, telles que Microsoft et Opera, ont rejoint plusieurs de ces arguments. Adobe, de son côté, se bat « pour le choix » et tente de faire valoir que la liberté technologique est aussi importante que le reste.

Une campagne de publicité signée Adobe

Ce message, Adobe tente de le faire passer à travers une nouvelle campagne de publicité qui attaque avec un message très clair, qui sonne comme un pied de nez :

adobe publicite

On a deux messages :
  • « Nous aimons Apple »
  • « Ce que nous n’aimons pas, c’est que quelqu’un vienne vous enlever votre liberté de choisir ce que vous créez, comment vous le créez et ce que vous vivez sur le web »
Cette publicité est attenante à une lettre ouverte qui répond à une autre lettre ouverte. Cette fois-ci, ce sont les deux fondateurs d’Adobe, Chuck Geschke et John Warnock, qui prennent la plume pour préciser leur opinion sur le sujet :

« Nous pensons que les utilisateurs devraient pouvoir accéder librement à leurs contenus favoris ainsi qu’à leurs applications, sans se soucier de l’ordinateur qu’ils utilisent, du navigateur qu’ils affectionnent ou de quel appareil mobile répond à leurs besoins. Aucune compagnie, et qu’importe sa taille ou sa créativité, ne devrait vous dicter ce que vous pouvez créer, comment vous le créez, ou ce que vous vivez sur le web.

Quand les marchés sont ouverts, n’importe qui ayant une bonne idée peut conduire l’innovation et trouver de nouveaux clients. La philosophie commerciale d’Adobe est bâtie sur cette idée que, dans un marché ouvert, les meilleurs produits finissent par gagner, et que le meilleur moyen de se battre est de créer la meilleure technologie et d’innover plus vite que ses concurrents.

Nous pensons qu’Apple, en choisissant la démarche opposée, a posé le pied sur un chemin qui pourrait fragiliser le prochain chapitre du Web, le chapitre dans lequel les produits mobiles sont plus nombreux que les ordinateurs, où n’importe qui peut devenir un éditeur et où le contenu peut être accédé depuis n’importe où et n’importe quand.

Finalement, nous pensons que la vraie question est celle-là : Qui contrôle le World Wide Web ? Et nous pensons que la réponse est celle-là : personne, et tout le monde, mais certainement pas une seule société.
»

Le point intéressant que soulève cette réponse est celui du ratio pouvoir/responsabilité. Cette problématique, que connaît maintenant par coeur Microsoft, est celle des grandes sociétés qui possèdent un produit ou une influence suffisamment importants pour impacter significativement le marché en cas de changement. Or, Apple est en train de gagner une position très forte et très influente dans le monde mobile, majoritairement via l’iPhone. Changer les conditions de développement pour favoriser ses propres outils en écartant au passage la concurrence peut être perçu comme un acte déloyal et anti-concurrentiel. De même, se débarrasser du Flash alors que celui-ci est omniprésent peut donner le même type de ressenti.

Un élan de mauvaise foi chez le PDG d'Apple

Parallèlement, un billet particulièrement assassin est apparu sur le blog d’Adam Banks. Ce dernier est un éditeur, écrivain et designer qui suit particulièrement les produits Apple. Il a d’ailleurs été pendant un temps le rédacteur en chef du magazine MacUser. Dans son billet, il répond à la lettre ouverte de Steve Jobs apparue il y a peu, et ne se prive pas de dévoiler le fond de sa pensée. Voici les points principaux qu’il aborde :
  • Les acheteurs des produits Adobe tels que les Creative Suites se dirigent principalement vers le Mac comme plateforme. Si Adobe devait abandonner les versions Mac OS X de ses produits, les utilisateurs ne se tourneraient pas vers des produits équivalents chez Apple. Pourquoi ? Parce qu’Apple n’en fait pas. Les utilisateurs se tourneraient vers Windows.
  • C’est bien Adobe qui a apporté son support aux débuts d’Apple, et non l’inverse. Banks ajoute même que Mac OS n’aurait pas pu effectuer de rendu des polices sans l’Adobe Type Manager les premières années.
  • Créer un navigateur qui respecte les standards ouverts du web n’est pas la même chose que créer des standards ouverts. Ceci pour recadrer Apple qui fait un peu trop le paon au goût de Banks sur le chapitre des standards ouverts justement.
  • Tous les produits mobiles dont le nom commence par « i », tels que l’iPad, n’ont pas accès à une foule de vidéos sur le Web. Dire le contraire serait simplement de la mauvaise foi.
  • Sur le chapitre du HTML 5, la prudence reste de mise car ce futur standard ne sera probablement pas proclamé comme recommandation officielle avant encore un bon moment. Adam banks pense même plus ou moins deux ans, ce qui lui fait dire qu’utiliser l’HTML 5 comme argument n’est rien d’autre que de la mauvaise foi et une arme purement commerciale.
  • Contrairement à ce que raconte Steve Jobs, Apple ne crée de standards ouverts pour le Web. L’exemple cité par Apple n’est autre que Webkit, qui est un moteur de rendu HTML, non une norme de création de sites web. Banks souligne que la firme de Cupertino fait plusieurs fois l'erreur de confondre création et utilisation des standards.
  • Les assertions sur la sécurité de Flash ne sont étayées d’aucun argument, d’aucun tableau, d’aucun chiffre et d’aucun lien.
  • Sur le chapitre de l’autonomie, Adobe s’étonne qu’Apple ne veuille pas de Flash à cause de l’absence de gestion du H.264, qui est une limitation appartenant au passé.
La lecture de la lettre ouverte est intéressante, et assez amusante puisque le format blog permet de se livrer plus facilement. Il se montre assez agressif envers Steve Jobs, visiblement de très mauvaise foi sur les raisons qui ont poussé Apple à se détourner de Flash. Le PDG d’Apple indiquait qu’il espérait que les raisons données permettraient aux utilisateurs de comprendre les raisons de ce rejet, ce à quoi Banks répond :

« Oh, vous vouliez que nous comprenions mieux cette décision ? Désolé, je pensais que vous vouliez l’enterrer dans la clause 3.3.1 de la révision des règles de développement que vous n’avez même pas annoncée publiquement. La prochaine fois que je veux faire comprendre à quelqu’un ce que je fais, je l’écrirai sur un post-it, le collerai sur mon cul et bloguerai sur ce sujet un mois plus tard. »

Faut-il attendre maintenant une réponse d’Apple ? Peut-être une nouvelle lettre ouverte ? On finira probablement par écrire un livre ouvert à force de parties de ping-pong.

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