UE : le piratage causera la perte d'1,2 million d'emplois en 2015

Et c'est TERA 235
Nil Sanyas
Quel est l’impact du téléchargement illégal sur l’emploi dans les secteurs de la musique, du cinéma, de la télévision (séries) et des logiciels ? TERA Consultants, dans une étude qui fera polémique, a tenté de répondre à cette question.

Musique piratage emplois europe 2008 TERA

Ainsi, en 2008, les 27 pays de l’Union Européenne auraient “perdu” 9,9 milliards d’euros à cause du piratage, entrainant la perte de 186 400 emplois dans les secteurs de la création. Le Royaume-Uni représenterait à lui seul 20 % de ces emplois (39 000). Quant à la France, 31 400 emplois seraient concernés.

611 000 emplois "perdus" en 2015 uniquement du fait de l'échange de fichiers ?

Mais TERA est allé plus loin en réalisant diverses prévisions jusqu’en 2015. Dans ce qu’il appelle le premier scénario, le plus optimiste à l’en croire, les dégâts du téléchargement illégal sur le marché de l’emploi du secteur de la création se chiffrerait à 611 300 salariés en 2015, soit 32 milliards de dollars de manque à gagner.

Musique piratage emplois europe 2015 TERA

Comment TERA est-il arrivé à de tels chiffres ? En se basant sur l’année 2008, arrondie à 10 milliards d’euros de manque à gagner, la société a établi « l’hypothèse que l'activité de la piraterie numérique augmentera en parallèle avec le trafic de partage de fichiers, offrant ainsi une estimation prudente des pertes ».

Or entre 2008 et 2015, les prévisions de croissance du partage de fichiers en Europe sont supérieures à 18 % par an. En suivant une courbe similaire, TERA atteint donc une multiplication par 3,2 du manque à gagner en valeur et en emploi.

Le graphique ci-dessous explique de plus précisément le mode de calcul utilisé, en se basant notamment sur les cinq grands pays (France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie et Espagne).

Musique piratage emplois europe calcul TERA

Aucune prise en compte d'Hadopi ?

Et l’étude en profite pour mettre la pression sur les États européens : « Du fait de l’absence de changements significatifs dans les politiques gouvernementales, et étant donné l'augmentation des pertes lors des prochaines années à cause du piratage, cela signifie que les emplois perdus dans l’année ne seront pas compensé, ce qui entraîne des pertes d'emplois supplémentaires dans le secteur. »

Musique piratage emplois europe 2015 TERA

Comme vous pouvez le voir, ce deuxième scénario est plus pessimiste encore. Ici, en 2015, plus d’1,2 million d’emplois seront menacés prévoit TERA. Et entre 2008 et 2015, le manque à gagner serait supérieur à 240 milliards d’euros (en cumulé). L’étude précise d’ailleurs à nouveau que ces prévisions sont calculées en prenant en compte un surplace des gouvernements en matière de lutte contre le téléchargement illégal.

Ce scénario pessimiste se base cette fois sur l'hypothèse que le téléchargement illégal ira de pair avec l’augmentation de la consommation de bande passante sur le Net en Europe. Des prévisions calculées par Cisco Systems. « Ce scénario inclut l'activité de streaming ainsi que le partage de fichiers, » améliorant selon TERA le niveau de l'impact du « piratage ».

France : le cinéma bien plus touché que la musique

Enfin, l’étude publie des données diverses concernant la France. On y apprend ainsi que le manqué à gagner du fait du “piratage” a été de 743 millions d’euros en 2008 dans les secteurs de la musique, du cinéma et de la télévision. Les logiciels n’ont donc pas été pris en compte.

Musique piratage emplois France TERA 

La grande majorité de ce “piratage” est liée à Internet. Le premier secteur touché est celui du cinéma, avec 412 millions d’euros de manque à gagner, loin devant la musique (192 millions) et les séries TV (140 millions).

Musique creations pertes France TERA 2004 2008 

Le tableau ci-dessus revient pour sa part sur la diminution de la consommation des Français pour certains produits. Les ventes de CD ont sans surprise fortement chuté entre 2004 et 2008 (-41 %), même si les ventes numériques ont explosé (+633 %).

Au total, c’est-à-dire dans les secteurs de la musique, du cinéma et de la télévision (VoD et Pay Per View), les Français ont dépensé près d’un milliard d’euros de moins en 2008 qu’en 2004. 

Tera déjà impliqué lors d'HADOPI

SIgnalons pour finir que Tera avait signé avec un autre cabinet de conseil (Equancy) sa fameuse étude sur l’Impact économique de la copie illégale des biens numérisés en France. Une étude remise à Albanel qui tombait merveilleusement bien : la CNIL reprochait au gouvernement d'avoir construit HADOPI sans étudier le lien de causalité entre piratage et  baisse des ventes. Problème : cette étude indépendante et autofinancée, s'était alors contentée d’utiliser les données diffusées par l'industrie du disque, officiellement faute de temps.