Édito : la vie des journalistes, première partie

t'as pigé ? 346
Nil Sanyas
Comment fonctionnent les médias ? Bizarrement, ce monde est assez méconnu. En effet, si les journalistes n’en parlent pas eux-mêmes, qui le fera ? Et les journalistes qui s’intéressent à leurs confrères et en font un papier sont bien rares. Profitons de cet édito pour aborder le sujet, car le fonctionnement même d’un journal (qu’il soit papier ou sur le web) a des conséquences directes sur la qualité de son contenu, et son lectorat.

Deux types de contrats majoritaires existent : la pige, et le temps plein.

Salaires journalistes quotidiens parisiens Le pigiste travaille plus ou moins pour le média qui le rémunère. La quantité de papiers (actualités, tests, etc.) demandés par le média varie selon les besoins du média en question, mais aussi selon ses finances. Et cela va sans dire que les qualités du pigiste sont bien sûr un élément à prendre en compte. En cas de coup dur, ce sont donc logiquement les pigistes qui trinquent en premier, à l’instar des intérimaires.

Vient ensuite un point important : la rémunération au feuillet. Cette rémunération est très variable selon les médias. Certains sont ainsi payés au lance-pierre. Vous pouvez aisément deviner quel média paie mal ses pigistes : l’article donne une sensation d’être fait à la va-vite et est loin d’apporter une valeur ajoutée ? Ne cherchez pas, ce n’est pas forcément parce que le rédacteur est mauvais (même si c’est possible…), mais c’est certainement parce qu’il est mal payé, et que par conséquent, il ne va pas passer trois heures à chercher des informations, tout ça pour des clopinettes. Ou alors, cela signifie que le rédacteur en chef a validé un torchon payé une fortune. C'est aussi possible...

Un feuillet fait 1500 signes (25 lignes de 60 signes). Sa rémunération est très variable. Et les médias sont généralement très discrets sur le sujet... Selon nos informations, cela peut ainsi aller d’une poignée d’euros pour les plus radins à plusieurs dizaines d’euros (une soixantaine, voire plus).

Si l’on en croit le syndicat national des journalistes CGT, qui pointe du doigt le sort des journalistes pauvres (les pigistes sous-payés et/ou aux faibles demandes de papiers), pour des « articles de caractère original et exclusif payés à des journalistes professionnels, » le feuillet est payé 50,50 euros pour les hebdomadaires SPPMO (syndicat professionnel de la presse magazine et d'opinion), contre 62,22 euros dans les quotidiens parisiens. Ces valeurs ne sont bien sûr qu’indicatives, et il faut aussi prendre en compte le 13ème mois et les congés payés.

En effet, le pigiste est un salarié, avec toutes les charges que cela implique, et donc aussi les congés payés et le 13ème mois. La seule différence avec un employé à temps plein sera son niveau de travail, et donc sa rémunération. Un pigiste qui travaille beaucoup peut donc très bien gagner sa vie, même mieux qu’un employé à temps plein. À l’inverse, comme précisé dans le paragraphe ci-dessus, les jeunes journalistes galèrent très souvent… Sans l’appui de leur famille, la plupart ne pourrait même pas vivre de leur travail pour tout dire.

Comme vous devez le savoir, PC INpact n’est pas du tout dans cette situation. Tous les rédacteurs sont des employés à temps plein, le salaire est donc fixe (hors heures supplémentaires). Les avantages sont évidemment nombreux : nous pouvons ainsi passer du temps sur un papier, éplucher des documents de plusieurs dizaines voire centaines de pages, et tenter d'en tirer le meilleur, tout ceci sans vérifier toutes les cinq minutes le nombre de signes rédigés… Nous ne sommes pas payés au feuillet mais à l’heure (enfin au mois), nous abordons par conséquent notre travail différemment. Si nous devons passer du temps au téléphone, nous le prenons. Un pigiste peut le faire, mais certainement pas dans tous les médias.

Voilà pourquoi certains de nos papiers font plusieurs milliers voire dizaines de milliers de signes. Mais voilà aussi pourquoi certains de nos papiers sont courts, alors qu’ils nous ont pourtant demandé un temps conséquent. Il peut arriver que l’on passe des coups de fil ou que l’on contacte une personne par email, pour un simple détail. Un détail qui n’apporte qu’une poignée de signes, mais dont la plus-value est capitale pour le lecteur.

Je reviendrai dans un autre édito sur le fonctionnement même de PC INpact, la façon dont sont rédigés les articles, quels types de sources nous avons, etc. Mais ce n’est pas le sujet ici.

Facebook, arrête-toi si tu peux

Dans le précédent édito, j’ai mis en avant les propos du président de Facebook, qui m’avaient quelque peu irrités. Au point d’appeler au boycott du plus grand réseau social au monde. Hasard total, l’UFC-Que Choisir a eu une logique similaire à la mienne. L’association, via Dédé ça-va-couper (anti-Hadopi) a ainsi quitté Facebook hier.

« Les blogs, le succès de Twitter et Facebook le prouvent : maintenant, tout le monde se fiche éperdument de sa vie privée ! Puisqu’on vous le dit… Le problème c’est qu’on a la nette impression que Facebook impose une nouvelle norme, plutôt qu’il ne l’accompagne. Or, la firme avait tout intérêt à une telle réforme : en rendant publiques davantage d’informations, elle multiplie de façon exponentielle le nombre de pages lues, donc le montant des recettes publicitaires ! » explique Alain Bazot sur son blog.

« Comme moi, comme beaucoup d’entre vous, Dédé a sa pudeur, et entend garder pour lui et ses amis ses informations personnelles. Dans la mesure où Facebook ne lui offre plus cette possibilité, il s’en va ! Et tant pis si certains trouvent ça ringard… »

Je pourrai bien suivre Dédé pour ma part. C’est en réflexion.