La Quadrature du Net pourrait jeter l'éponge (MàJ)

Quand un carré n'a plus un rond 209
Marc Rees
Mise à jour :

Pierre Chappaz, entrepreneur français connu sur la toile pour avoir fondé de nombreux sites (Kelkoo, Wikio, etc.) vient d'annoncer sur son blog qu'il majorera de 10 % tous les dons pour la Quadrature du Net. Si vous versez 100 euros, il rajoutera donc de sa poche 10 euros.

60 000 euros ont déjà été récoltés. Il en faut 70 000 pour assurer l'année. Mais Pierre Chappaz veut aller plus loin. « La Quadrature du Net mérite encore mieux. L'association a besoin de notre soutien durable, pas seulement pour cette année, mais aussi pour l'an prochain (l'exercice de l'association va d'Octobre à Septembre). »

Chappaz promet de rajouter 10 % aux dons jusqu'à ce qu'ils atteignent 200 000 euros. Soit un don 20 000 euros sur le long terme pour le fondateur de Wikio.



Article du 22 janvier 2010.

Benjamin Bayart, président de French Data Network et auteur de plusieurs conférences remarquées, vient de poster un billet relatif à l’avenir de la Quadrature du net. L’objet est sec et alarmiste, puisque la Quadrature du Net pourrait bien jeter l’éponge. 

quadrature du net philippe aigrain pascal negre
Jérémie Zimmermann face à Pascal Nègre sur le plateau de LCI

Un collectif face à une démocratie qui régresse

Ce collectif citoyen qui fut constitué en mars 2007 joue pourtant un rôle premier dans le dispositif d’alerte contre les textes liberticides. A l’époque, on parlait déjà de la mission Olivennes, du projet d’extension des pouvoirs du CSA à Internet, du plan de lutte contre la cybercriminalité, du projet de décret étendant la rétention des données de connexion. Aujourd’hui les risques sont nettement plus critiques : ACTA, LOPPSI, l’avenir de la neutralité du net, le filtrage vu comme la panacée facile dans la réponse pénale aux infractions, des données de moins en moins personnelles, les décrets d’application d’HADOPI…

« Ces projets dessinent une démocratie qui régresse, un internet ORTF, une société Big Brother. En aucun cas un modèle pour l'Europe. » Les propos datent de 2007 et sont signés d'un des cofondateurs de la Quadrature, Christophe Espern. Ils sont d'une étonnante actualité. « Ces projets veulent encadrer internet et les techniques informationnelles pour qu’elles cessent de déranger les lobbies de la rareté » remarquait pour sa part Philippe Aigrain, autre membre des premiers jours de la Quadrature.

Un travail immense pour 2010

Le travail reste immense pour 2010 et les années à venir, mais le nerf de la guerre manque.  La Quadrature, ce ne sont pas seulement cinq gus dans un garage, mais une équipe de salariés, aidée par des bénévoles. Dans le passé, plusieurs appels aux dons ont été lancés par Jérémie Zimermann pour soutenir le collectif, mais ce n’est pas assez. « Il n'a jamais été secret que le financement de La Quadrature venait, en très grande partie, de l'Open Society Institute. Cependant, si l'OSI est le seul organisme à penser que les luttes pour un Internet neutre et libre valent le déplacement, et si personne n'est prêt à mouiller la chemise (et à sortir le portefeuille), alors il faut peut-être arrêter » remarque Benjamin Bayart.

Des fonds insuffisants

Et pour cause, celui-ci assure la présidence du Fonds de Défense de la Neutralité du Net, l'association qui pilote le volet financier de La Quadrature. « Du coup, forcément, je vois bien la tête que font les comptes, et, beaucoup plus grave, ce que rapportent les campagnes de dons, puisque c'est moi qui comptabilise le résultat. Et pour le moment, ma conclusion est sans appel: sur un rythme comme celui-là, c'est simple, il faut arrêter. Finir ce qu'on peut des luttes en cours sur le budget déjà en caisse (pas négligeable, mais on n'atteindra pas l'été), et passer à autre chose. »

Le temps presse. « Une lecture simpliste, mais efficace, est de se dire que s'il n'y a personne pour financer une action, alors qu'il se trouve toujours du monde pour acheter des abonnements Data-GSM sans adresse IP par exemple, c'est que l'action en question ne doit pas avoir lieu, n'étant pas soutenue. » 

Pour ceux qui veulent participer, il suffit de se rendre sur la page de soutien et de choisir une formule à hauteur des moyens et des convictions.