Bono : si c'est possible en Chine, ça l'est contre le piratage

Does Size Matter? 220
Marc Rees
Bono, du groupe U2, publie depuis un an une tribune dans le New York Times. Dans celle diffusée le 2 janvier, l’auteur de Sunday Bloody Sunday s’attaque au sujet du piratage : « la seule chose qui protège le cinéma et l’industrie de la TV du sort qui a frappé la musique et de la presse, c’est la taille des fichiers. Les immuables lois de la bande passante nous indiquent que dans quelques années, il nous sera possible de télécharger une saison entière de 24 en 24 secondes. Du contenu que nombreux espèrent avoir gratuitement. » Pour l’acolyte de The Edge, les victimes sont et seront les créateurs et spécialement les plus jeunes auteurs de musiques qui ne peuvent vivre de la vente de tickets ou de t-shirt contrairement aux plus gros.

U2 Boy

Selon le chanteur, ce sont finalement les providers qui sont les grands gagnants de cet univers là, avec « des bénéfices qui sont le miroir parfait des pertes dont souffre le business de la musique. » Viennent ensuite ses revendications : « nous sommes comme un bureau de poste, nous disent ces FAI, comment savoir ce qu’il y a dans ces enveloppes de papier brun ? Mais nous savons de notre côté, que ce soit par les nobles efforts entrepris par les Etats-Unis pour stopper la pédopornographie, sans évoquer l’ignoble pratique de la Chine de supprimer les contenus en ligne des dissidents, qu’il est parfaitement possible de surveiller le contenu ». Et le chanteur de se dire que peut être que les magnats du cinéma et de la TV sauront réussir là où le monde de la musique a échoué.

Instrumentalisation

Blocage des sites pédophiles ou de dissidents et lutte contre le contenu, mêmes armes, mêmes technologies.

Les arguments ne sont pas originaux. En France, le Snep, par la voix d’Hervé Rony annonçait la volonté d’Universal et des autres majors d’expérimenter le filtrage « les FAI savent qu’il y a des possibilités de faire quelque chose. Expérimentons ces mesures de filtrages, sinon on se renverra sans cesse à la figure des arguments pour et contre, où certains hurlent à la Chine ou à la Corée du Nord, quand d’autres ne savent de quoi ils parlent, car c’est très technique. Essayons d’expérimenter comme nous le soutenons depuis quatre ans ! »

Le recours des solutions utilisées en matière de pédophilie sont décomplexées : plus tôt, le représentant du SNEP nous avouait « Moi, la question de la pédophilie un, ne m’étonne pas et deux, m’intéresse forcément parce qu’il va bien falloir que Free nous explique que, si c’est possible pour la pédophilie, c’est peut être possible pour des contenus illégaux de musique même si je ne mets pas les deux choses en rapport ! », en précisant, « Il n’est pas nécessaire d’aller chercher le juge tout le temps ». Le directeur général de la SPPF, Jérome Roger (producteurs indépendants français) nous expliquait également : « les problématiques de l’industrie musicale ne sont pas éloignées de ces autres préoccupations [la pédophilie] qui peuvent paraitre évidemment beaucoup plus graves et urgentes à traiter. Bien évidemment, les solutions de filtrage qui pourraient être déployées à cette occasion devraient faire l’objet d’une réflexion à l’égard des contenus, dans le cadre de la propriété intellectuelle ».

(Photo : pochette de Boy. "Aux États-Unis, en 1981, cette photo a été remplacée par une simple image du groupe car elle incitait (selon certains) à la pédophilie" rappelle Wikipedia)