LOPPSI 2 : plus d'obligation de résultat dans le blocage des sites

La fin justifiait l'obligation de moyen 95
Marc Rees
Selon nos sources auprès des participants du groupe de travail sur la LOPPSI 2 l’obligation de résultat qui pesait sur les épaules des FAI dans le blocage des sites pédophiles est bien révolue. Ou plutôt largement recadrée : il a été décidé que cette obligation de résultat ne concernerait que la prise en compte de la demande, non le blocage effectif, dans la mesure où celui-ci est tout sauf effectif. C’est une pression en moins pour les FAI à qui l’on demandait de décrocher la Lune.

Filtrage blocage BGP

L’attention se concentre sur le blocage par BGP

Sur les modalités du blocage, l’option BGP est celle qui est poussée par la pluspart des opérateurs.

Avec le blocage par BGP, l'Office central de lutte contre la criminalité liée aux technologies de l'information et de la communication (OCLCTIC) deviendrait une forme d’opérateur IP à part entière : une liste d’adresses IP à bloquer, des routeurs qui annoncent les routes à fermer.

Comme vu précédemment, aucune solution de blocage des sites n’est parfaite (voir tableau). Mais le blocage par BGP a certains charmes : quand l’OCCLTIC voit donc un site à bannir, c’est l'office qui revendiquera la paternité du routage. Sur cette adresse-là, les requêtes seront alors shuntées et renvoyées vers le site officiel de l’OCCLTIC. Autre avantage : le blocage est rapide et peu coûteux à mettre en place.

tableau filtrage blocage contournement effets

Une bombe atomique

Mais le charme absolu du blocage BGP est  dans ses inconvénients, à savoir son son approche « bombe atomique », où finesse et dentelle sont  des mots plein d'exotisme. Un blocage BGP d’un site hébergé chez Google, peut générer le blocage de tout le moteur. Cela responsabilise donc celui qui est à l’origine de la mesure et consolide la neutralité des FAI qui n’ont pas à bidouiller, triturer leurs infrastructures. Cet effet atomique, on l’avait vu avec le filtrage de YouTube au Pakistan qui s’est répandu et a fait planter le site d’hébergement un peu partout sur la planète.

Ces effets de bord responsabilisants permettent aussi de contenir les adeptes de ce genre de blocage. L’industrie de la Culture nous l’avait dit sans rougir : elle est très sensible aux progrès réalisés en matière de blocage de sites pédopornographiques pour s’en servir et protéger ses intérêts. (SNEP : "Moi, la question de la pédophile un, ne m’étonne pas et deux, m’intéresse forcément parce qu’il va bien falloir que Free nous explique que, si c’est possible pour la pédophilie, c’est peut être possible pour des contenus illégaux de musique même si je ne mets pas les deux choses en rapport !")

Signalé par Theinternets.fr, Christian Aghroum, commissaire divisionnaire, chef de l’OCLCTIC a redonné sa vision du blocage sauce LOPPSI dans une interview (p.14) au bulletin de l'ILEC: « L’Office est promoteur de quelques suggestions. La première porte sur le blocage des sites pédopornographiques, car bon nombre de pays, non coopératifs, refusent de les fermer (Russie, pays d’Asie). Une bulle de protection, sorte de contrôle parental national, va permettre à l’internaute de naviguer librement sans être assailli par des images plus que douteuses ». L’objectif sera donc d’installer une forme de voilage pour protéger les internautes « assaillis » d’images pédophiles au fil de leur surf. S'il y en a.