Propagande Hadopi : le plan comm' du ministère de la Culture

Knacky pour tout le monde ! 256
La guerre d’Hadopi se gagnera d’abord et peut-être seulement sur la communication : la haute autorité vient de diffuser un appel d’offres avec pour objet les « conseils et réalisations des actions de communication et de sensibilisation de la Haute Autorité pour la diffusion des œuvres et la protection des droits sur internet ». La date de remise des plis est prévue au 25/01/2010 et le marché sera passé pour un an. Analyse.

rue de texel hadopi locaux
Les locaux de l'Hadopi (riante photo d'un lecteur de PC INpact)

Des petites recettes secrètes 

L’heureux élu sera donc chargé d’accompagner tout le plan médiatique de l’usine Hadopi. Il faudra ainsi expliquer aux médias et sensibiliser les citoyens sur tout ce qui n’aurait pas été très exactement compris avant le vote du texte. C’est le ministère qui lance ce marché de service, qui sera financé sur ses fonds propres, ceux de la Hadopi étant déjà occupés au paiement du loyer annuel de 480 000 euros hors taxe et hors charge (le coup gratuit des lecteurs de PC INpact pour économiser sur la création du logo Hadopi).

Comment cela se déroulera en pratique ? Le prestataire devra d’abord proposer au début du marché un calendrier du déroulement de la campagne de lancement de l'Hadopi. Il sera évidemment soumis à une clause de stricte confidentialité. « Les informations visuelles ou orales et documents de quelque nature que ce soit relatifs a la structure, l’organisation, les affaires, les politiques internes diverses, les fournisseurs ou les clients, les projets et le personnel de chacune des parties, dont l’un des contractants aurait eu connaissance à l'occasion de l'exécution du présent marche, ont un caractère confidentiel, voire secret. »

Les plus jeunes et les enseignants

Puisqu’il faut prendre le mal à sa racine la plus fraîche et innocente, « le prestataire (…) devra prendre en compte plus particulièrement la sensibilisation des jeunes ». C’est un chapitre complet de l’appel d’offres. « L'HADOPI aura à mettre en place de concert avec les services spécialisés du Ministère de l'Éducation nationale et du ministère de la Culture et de la Communication, un programme de sensibilisation des élèves aux dangers pour la création que comporte l'appropriation illicite d'œuvres protégées par les droits d'auteurs et les droits voisins. Ce programme mettra parallèlement en évidence l'existence d'une offre légale dont la richesse va croissant ». L’affirmation sur la croissance de l’offre était à ce point évidente que le ministère a cru devoir la souligner.

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« Comme il est essentiel de faire ressortir le lien entre création artistique et téléchargement, cette information aura lieu d'ordinaire dans le cadre de l'enseignement artistique. Les collégiens préparant le B2i, Brevet Informatique et Internet, recevront également, de la part d'enseignants préalablement sensibilisés, une information sur les dangers du téléchargement et de la mise à disposition illicites d'œuvres culturelles pour la création et sur l'existence de l'offre légale. »

Pour ces élèves et leurs profs, la Hadopi demande ainsi au prestataire un plan de sensibilisation comprenant : « l'élaboration de la stratégie, la conception des messages, la définition des contenus, un calendrier de réalisation et de mise en œuvre ». Vendre de la lessive ou de l’Hadopi, c’est finalement un peu la même chose.

Ne présenter que les côtés positifs

Plus globalement, toute la stratégie du plan comm’ « devra intégrer les évènements suivants qui interviendront en cours d'exécution :
  • Autorisation donnée par la Commission Nationale Informatique et Libertés (CNIL) permettant la mise en oeuvre du processus de réponse graduée ;
  • Envoi des premières recommandations ;
  • Publication des premiers indicateurs de l'Observatoire de l'HADOPI ;
  • Publication du premier rapport annuel ;
  • Sécurisation de l'accès internet ;
  • Mise place d'une communication de crise. »
Il serait d’un goût des plus mauvais que de rappeler la claque qu’avait pris le texte devant la CNIL, contrairement à ce qu’affirme le document, la gifle devant le Conseil d’Etat, l’Arcep, le Parlement européen une fois, deux fois, l’ISOC, l’ASIC, l’AFA et Free (et là, et là encore), des experts en sécurité, l’Assemblée nationale tout ça à cause d’une majorité défaillante, ou encore devant le Conseil constitutionnel qui a vu dans le texte HADOPI 1 des violations à la déclaration des droits de l'homme, pas moins.

Et on peut parier dès à présent que les « premiers indicateurs de l'Observatoire de l'HADOPI » seront bons. Ou ne seront pas.

Prévenir la désinformation (des opposants à Hadopi)

Petite précision pleine de sympathie « à partir des arguments avancés lors de l'examen devant le Parlement de la loi « Création et Internet », la communication devra être conçue de manière à apporter par anticipation une réponse aux campagnes de désinformation qui pourraient être lancées ».

Difficile à ne pas penser à ces histoires d’hôpital et de charité : le prestataire devra donc se débrouiller pour détricoter les kilomètres de compte rendu pour trouver les arguments de bonne foi défendus par Christine Albanel, Franck Riester ou Frédéric Mitterrand. Sauf que… jamais des explications convaincantes n’auront été apportées sur le sort des logiciels libres, sur les outils de sécurisation qui pourront n’être ni gratuits ni interopérables, sur les liens entre téléchargement « hors marché » et forte consommation de musique, sur le nombre de plus en plus important d’artistes contre ce texte (voir encore récemment Mathieu Kassovitz), sur le quasi silence du texte sur le volet de l’offre légal, sur la fragilité de l’adresse IP, sur la situation des hotsposts publics dont l’avenir en l’état est menacé, sur la réalité du piratage alors que tous les chiffres qui ont alimenté le débat ont été fournis par l'industrie, laquelle va profiter du texte, sur le caractère incestueux de cette loi où les bénéficiaires vont finalement fournir les preuves presque irréfragables à un juge unique, via des polices privées et spécialisées, etc.

Les premiers jours d’Hadopi

Autant le dire : les premiers jours qui suivront la naissance d’Hadopi vont être médiatiquement assourdissants. 

« Dans le cadre de la partie forfaitaire du marché, le prestataire conseillera et mettra en oeuvre la campagne de communication définie par l'HADOPI. Il est demandé au prestataire de pouvoir coordonner et réaliser pour la campagne de lancement, les prestations suivantes :

Le prestataire proposera un plan de communication comprenant :

  Élaboration de la stratégie générale de communication
  Réalisation et mise en œuvre d'un plan de communication
  Réalisation et suivi de la campagne de sensibilisation auprès des jeunes
  Identification des publics concernés
  Mise en place d'un plan média
  Élaboration, réalisation et diffusion d'outils de communication
  Définition des contenus & conception et rédaction des messages
  Réalisation et mise en œuvre du calendrier pour la campagne
  Coordination générale des relations presse et des recherches de partenaires

Des campagnes multi-supports à la radio et la TV devront être organisées, en plus d’affiches, pubs dans les journaux, etc. « Le titulaire devra négocier la diffusion sur les radios ou télévisions publiques comme privées dans le cadre de sa recherche de partenariats médias ». Joli retour d’ascenseur sur fonds publics puisque plusieurs chaînes TV étaient mentionnées comme « partenaires » du site de propagande Jaimelesartistes.fr du moins lorsque ce domaine était alors sous l’étendard de la rue de Valois.

partenaires jaimelesartistes
TF1, Canal, M6...

La propagande pro Hadopi auprès des autres ministères

Que les services de la DCSSI, d’autres ministères ou secrétariats d’Etat comme celui de NKM se tiennent prêts : le bénéficiaire du marché « aura pour objectif, en étroite collaboration avec l'HADOPI, de rechercher et de mettre en œuvre les actions de partenariat sur le plan national. Il s’agit de sensibiliser l’ensemble des partenaires institutionnels de l'HADOPI (autres ministères, associations, grandes institutions...), et d’élargir et d’adapter ce réseau de partenaires, pour notamment organiser des animations spécifiques en harmonie avec le(s) thème(s) de campagne de l'HADOPI ». Les charmes du texte ne suffisent donc pas au ralliement naturel d’une armée de fans.

La presse, des stars et des cocktails

Vis-à-vis des journalistes, un « plan d’action stratégique » sera proposé afin de « développer la visibilité de l’HADOPI sur les différents médias (nationaux, régionaux et internationaux) ». C'est qu'il faudra « prévoir une montée en puissance de la médiatisation de l'HADOPI ». Et pour cause.

Définir un plan média national et régional. « L’agence retenue devra proposer des actions concrètes visant à renouveler et diversifier l’intérêt de tous types de presse ». Mais attention à ne pas pousser trop loin : « cette campagne de presse n’inclut aucun achat d’espace ». Mais l'interdit-elle ?

D'autres obligations reposent « sur la recherche de parrains (porte-parole) susceptibles de sensibiliser le grand public au téléchargement légal et qui pourraient être sollicités lors de la campagne de communication (conférence de presse, spots radio ou télé, interviews…) ».

Des partenariats : « Il conviendra d’obtenir des partenariats médias (presse écrite et audiovisuelle, éventuellement internet) » et d’en assurer le suivi... On devra encore «  susciter des interviews par les médias pour des représentants de l'HADOPI ou d'autres personnalités désignées. »

« Rechercher de parrains » chez les stars pour vendre Hadopi, susciter des interviews chez les journalistes (mais sans achat d’espace), rechercher des partenaires dans les médias ou d’autres structures (entreprises, fondations d’entreprises, fédérations… qui soutiennent HADOPI)... L’Hadopi sera une autorité indépendante surtout structurellement. Précisions de rigueur : « Pour l'organisation de conférence de presse, l'HADOPI assurera en direct la consultation des traiteurs et la prise en charge financière du cocktail ».

Les abonnés ne seront donc pas les seuls à trinquer.