Spidart, interview de AIOIA : « pas besoin d'intermédiaire »

AIOIA Alex Vicq Après notre entretien avec Jean-Philippe Fayet des Dory4, nous avons interviewé Alex Vicq, toujours dans notre optique de mieux comprendre le marché des labels participatifs, suite aux problèmes importants chez Spidart.

Alex Vicq, membre du groupe Aioia (le MySpace), a une position très intéressante. Il s'est en effet inscrit sur Spidart il y a deux ans, pour finalement en partir (notamment pour un manque de mise en avant), après avoir pourtant atteint la première place. Il a quelques temps plus tard (début 2008) rejoint Sellaband, le pionnier du genre, pour être produit quelques mois après. L'album produit via Sellaband, nommé Gaa, est ainsi disponible sur le site.

Alex Vicq, de part votre passé avec Spidart, quelle est votre position actuelle ?


Je ne veux pas être à charge contre Nicolas (NDRL : Nicolas Claramond, le PDG de Spidart), parce que je pense qu'il en prend en ce moment plein la gueule, et c'est un jeune qui a été idéaliste sur le sujet... Mais je sais que c'est très très dur d'être dans la ligne de mire de tout le monde.

Vous êtes restés quelques mois sur Spidart, avant de partir pour Sellaband, dont le fonctionnement est très différent de Spidart non ?


On est allés sur Sellaband, en toute connaissance de cause, en pensant qu'on serait libre derrière. On te laisse te démerder, mais tu signes un contrat en bonne et due forme, avec un label qui ne fait rien, t'es pieds et poings liés, et après une fois que t'as fait ton album, tu peux plus rien en foutre.

Tu disposes de ton budget, les comptes sont clairs, c'est transparent, de ce point de vue là y'a pas de problèmes. Mais bon, t'as produit ton album pour un prix largement supérieur à ce que se serait si tu te démerdais tout seul hein. Ça coûte quoi ? 15 000 euros de faire un album, en étant un peu malin.

Comment ça se passe sur Sellaband concrètement niveau contrat ?


T'as un contrat de prod, un contrat d'édition, avec une filiale de Sellaband, mais qui ne fait rien. Qui te donne un tout petit budget de promo, et puis qui fait rien derrière. 2500 euros de promos quoi, la misère.

Il n'y a pas d'accompagnement en fait, contrairement à Spidart.

Ah non, y'a pas d'accompagnement derrière. Les fans ont déjà payé en amont, ils vont pas repayer en aval. Et puis le site lui-même n'en fait peut-être pas suffisamment pour se faire connaître sur le Net... En tout cas, le résultat, c'est que rien de tangible n'est fait derrière, alors que t'as signé un contrat qui te lie financièrement à eux. Il faut savoir que si tu veux vendre des disques par toi-même, tu dois le racheter. Et à un prix qui est bien très fort pour pouvoir en faire un commerce sympathique. Le seul soutien, c'est que t'es sur Amazon, iTunes, etc.

En fait, Sellaband permet de faire l'album, mais ensuite, c'est plus compliqué...


Oui, et c'est même problématique. Les believers (les équivalents des fan-producteurs de Spidart) sont très enthousiastes, et une fois que l'album est fait, ils s'aperçoivent qu'il ne se passe rien... et on ne peut rien faire ! Moi j'avais prévu plein de choses après à faire. À partir du moment où j'ai vu le contrat de Sellaband, j'ai su qu'on ne pouvait rien faire. Et on a été obligé de signer le contrat, sinon on ne sortait pas l'album.

Ce que je veux dire par là, c'est que tu pars sur un élan, et que cet élan... il tombe à l'eau. Et tous les artistes sur Sellaband ont connu ça. Une sorte de dépression après le truc.

Le problème est là, Sellaband, Spidart, etc. sont des boîtes très jeunes, qui ne sont pas menées par des gens totalement compétents. Si le concept est intéressant à la base, peut-être qu'il est loin encore d'être mature...


Oui, je vois bien ce que tu veux dire. On en parlait justement avec Jean-Philippe (de Dory4), parce que sur sa page j'ai lancé une sorte de défi à tous les fan-producteurs, à savoir : on n'a pas besoin d'intermédiaire. À savoir une formule associative, plus proche de ce qu'est le Net, sans aller jusqu'à l'open-source. Aller vers quelque chose de plus associatif, c'est-à-dire sans but lucratif, pour ceux en tout cas qui managent l'opération, avec un commissaire au compte pour être garant du bon usage de l'argent et en même temps une transparence des comptes pour tous ceux qui ont mis quelque chose. C'est surtout une question de transparence. Après, on peut être associé aussi avec des studios et labels associatifs, des sites internet du même milieu. Baisser tous les coûts de production, arriver à quelque chose de vachement jouable. Y'a beaucoup de choses à développer en fait, c'est ce que je voulais dire.

L'idée (NDRL : Spidart, etc.) n'est pas morte, l'idée est géniale. Mais on attendait que derrière, ils fassent le boulot d'une major. Mais ils n'ont pas les moyens de le faire.

C'est pour ça qu'ils ont lié des partenariats (EMI Publishing, etc.), parce qu'ils ne pouvaient pas le faire eux-mêmes...  

Étant donné qu'on est dans le partenariat commercial avec des gros méchants, ils sont plutôt agacés, et tout ce qu'ils vont essayer de faire, c'est de dynamiter le truc. Ça ne les intéresse pas, ils préfèrent faire de la Star Ac'... C'est pas le même état d'esprit du tout. L'état d'esprit d'une major et des fan-producteurs n'est pas le même du tout.

On peut donc faire autre chose, tout en gardant le même concept ? 

Ah oui je pense, j'en suis convaincu. Il y a des gens qui vont être de plus en plus dans la philosophie d'Internet, à savoir des choses en libre disposition ou presque. Comme le site où l'on clique sur les pubs pour que les artistes touchent un peu d'argent avant de télécharger. Cette idée, elle va faire des petits, des petits à succès, ça peut fonctionner. Tout ce qui peut exister sur le Net et qui peut aller dans le même sens, tout ça est très intéressant, ça peut donner quelque chose...

Et d'ailleurs, en parlant d'Internet en "général" et de la musique, la loi Hadopi est-elle la solution ?


Ils ont fait cette loi Hadopi, parce que dans un premier temps il y a cette tentative de faire passer la licence globale, qui a été bloquée par des très grands de la musique, parce que la situation actuelle les arrange, mais il faut quand même savoir que dans la répartition, la SACEM c'est une pourriture. T'as les grands nantis qui touchent du pognon, et les petits artistes ils ont rien. Ils font pas leur boulot correctement. La SACEM, ça sert strictement à rien, c'est un truc à enterrer complètement aussi. Nous malheureusement, on a déjà produit deux disques déclarés SACEM. Le prochain il n'y sera pas...

Merci Alex Vicq pour vos propos tout sauf langue de bois
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