Un rapport préconise le filtrage des sites de jeux dangereux

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Marc Rees
Le filtrage et le blocage des sites n’a pas fini d’être un sujet d’actualité, et une réponse pénale quasi automatique quand les moyens manquent. Après le filtrage des sites de téléchargement, le filtrage des jeux d’argent, des photos, le filtrage des réseaux de vente de cigarettes, voilà le filtrage (ou blocage) des sites de jeux dangereux.

Dans un rapport parlementaire du groupe UMP, les députés Patrice Verchere et Cécile Dumoulin ont émis plusieurs propositions « pour mieux lutter contre les « jeux » dangereux », comme le jeu du foulard dans les cours de récré…

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Dans le secteur des nouvelles technologies, ces parlementaires saluent plusieurs mesures prises comme « la pénalisation du « happy slapping » » (3 ans d’emprisonnement et 45 000 € d’amende) pratique qui a fait le bonheur des caméramans en herbe, et le malheur des victimes… On applaudit également le lancement par le Ministère de l’Intérieur d’une plateforme visant à lutter contre la criminalité sur Internet (Pharos, www.internet-signalement.gouv.fr).

Toutefois, ces mesures ne sont pas pleinement satisfaisantes : il y a des jeux qui d’une part, « n’impliquent pas toujours le recours à la violence, en particulier pour les « jeux » de non-oxygénation, ce qui ne permet pas de rentrer dans la qualification du « happy slapping » d’autre part, [il y a des jeux qui] ne relèvent pas à ce jour de la catégorie des contenus « illicites » sur Internet mais plutôt de contenus « potentiellement préjudiciables aux mineurs », ce qui rend plus difficile le signalement, l’investigation et les poursuites ». Le potentiel n’étant qu’une réalité éventuelle, il est alors bien difficile d’exiger leur retrait du web.

Du coup, les deux députés préconisent toute une série de contre-mesures :

Par exemple, la proposition n°16 vise à « Mieux agir sur Internet » contre les jeux dangereux et favoriser la capacité de signalement sur ces plateformes. La proposition 17 va plus loin puisqu’elle demande « une concertation tripartite - pouvoirs publics, hébergeurs Internet et associations - qui pourrait conduire à la signature d’une charte de bonnes pratiques par laquelle ils pourraient s’engager à retirer ou à neutraliser les contenus incitant à la pratique de « jeux » dangereux ». Neutraliser, c’est rendre inaccessible, neutraliser, c’est bloquer.

Plusieurs rapports (voir par exemple la LOPPSI 2, ou un rapport européen) ont cependant souligné combien ces mesures de blocage sont à la fois dangereuses pour la stabilité des réseaux et coûteuses en investissement – mais qu’est-ce face à la santé d’un enfant ? Sauf que ces mesures sont aussi totalement inefficaces et conduisent à des surblocages ou des sousblocages, voire rendent encore plus complexe le dépistage du fait de l’usage grandissant du chiffrement, qui va se rependre mécaniquement…

Pour œuvrer dès les plus tendres années, le rapport parlementaire demande à ce que soit « intégré dans la préparation et les épreuves du Brevet informatique et internet (B2i) (…) pour les élèves de primaire, de collège et de lycée un module « Internet et civisme » pour diffuser les « bons » usages d’internet », une expression qui rappelle le fameux « internet civilisé » de Nicolas Sarkozy ou Nadine Morano.

Enfin, la proposition n° 19 prévoit de faire adopter de nouvelles sanctions contre ceux qui diffusent « des contenus illicites sur Internet ou incitant à la pratique de « jeux » ou pratiques dangereux » (jeu du foulard, etc.)… Le document n’est qu’au stade du rapport, et son chemin parlementaire est encore bien long.