Filtrage, blocage et signalétique -18 ans : Morano veut civiliser le net

BSOD 220
C’est ce matin que la Commission Famille, Éducation aux médias va rendre son rapport intitulé « Construire une politique structurée d’éducation aux médias pour tous ». Cette commission avait été installée en mars 2009 par Nadine Morano, Secrétaire d’État chargée de la Famille. PC INpact en publie la synthèse. On notera le retour musclé des questions de filtrage et de blocage, avec une prise en main des vidéos en ligne par le CSA, à coup de signalétiques similaires à la TV... 

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Nous en publions en exclusivité la synthèse qui sera présentée et remise à la presse à 11H30. On le verra, 15 propositions sont faites pour cerner les usages des jeunes et assurer la protection de l’enfance contre les contenus choquants..., deux chevaux de bataille de Nadine Morano. Ces propositions lui sont d’ailleurs destinées tout en frappant à la porte d’autres ministères (éducation, etc.).

Ces 15 propositions sont regroupées en 4 axes, que voici. Les propositions 13 et 14 méritent la plus grande attention... 

AXE I : Structurer et renforcer l’offre en éducation aux médias

Proposition n°1 : Création d’une Fondation Famille, éducation aux médias

Énième commission qui rassemblera des partenaires publics et privés autour de ces thèmes.

Proposition n°2 : Création d’un portail consacré à l’éducation aux médias, rassemblant les ressources utilisées sur tous les supports

Son objectif : offrir aux parents, enseignants, associatifs, aux enfants, et aux professionnels des médias, des ressources et des outils à télécharger et visant à assurer l’éducation aux médias. 

Proposition n°3 : Lancement de la Journée Famille et médias, à la suite de la Semaine de la presse et des médias dans l’école

Mieux faire connaître aux jeunes, mais aussi aux adultes, les médias, leurs possibilités, leur fabrication, leur fonctionnement, mais aussi leurs risques... 

Proposition n°4 : Créer un réseau européen d’éducation aux médias

Sorte d’alliance européenne pour l’éducation aux médias.

AXE II : Mieux sensibiliser les familles en dehors de l’école

Proposition n°5 : Développer des actions de formation en direction du monde de la famille, des professionnels de l’enfance et des parents

Poursuivre le travail de formation des professionnels de la famille (CAF, REAAP, Points infofamille, médiathèques, UDAF…). Le chapitre comprend encore une formation des assistantes maternelles enrichie d’un module d’éducation aux médias. Des villes pilotes pourraient aussi choisir d’expérimenter des activités ludo-éducatives autour de l’éducation aux médias dans leurs centres de loisirs, avec des animateurs formés spécifiquement. Enfin, des formations à l’éducation aux médias pourraient être proposées à tous les parents. La formation serait gratuite pour les parents

Proposition n°6 : Accroître l’offre du service public de l’audiovisuel sur tous les supports

Bientôt le retour d’Arrêt sur Image ? La commission préconise un magazine autour de l’éducation aux média et une émission d’information et de décryptage à destination des enfants .

Proposition n°7 : Encourager au développement de contenus d’éducation aux médias sur tous les supports privés

Les médias privés devraient également jouer un rôle important en matière d’éducation aux médias, avec le concours scientifique de la Fondation.... Il y aurait un engagement annuel d’actions sur ce thème sous le contrôle du CSA. « Ce dispositif pourrait être élargi aux sites internet présentant largement des contenus audiovisuels, avec le concours du Forum des droits sur l’internet ».

Proposition n°8 : Progresser vers une signalétique uniforme pour les contenus audiovisuels

La proposition veut généraliser la signalétique des programmes TV sur tous les contenus. Cette amélioration de l’utilisation de la signalétique en télévision passe par : « le maintien du pictogramme « déconseillé aux moins de 10 ans » tout ou long des programmes ; l’apparition systématique de la signalétique dans les pages de programme TV de la presse, ainsi que sur les sites internet ; cette signalétique devrait être rendue impérative en vidéo à la demande et télévision de rattrapage, sujet sur lequel travaille le CSA. Les programmes signalisés en télévision devraient être fournis avec le pictogramme correspondant à l’ensemble des hébergeurs, tels les sites de partage de vidéos. On retrouverait cette signalétique sur les podcasts.
 

AXE III : Adapter sans cesse l’éducation aux médias au sein de l’école aux nouveaux modes de consommation des médias et des services information et de communication associés


Proposition n°9 : Faire de l’éducation aux médias un cursus obligatoire dans le cadre de l’Éducation nationale

La commission préconise que Le B2I (brevet informatique et internet) fasse l’objet d’une « évaluation obligatoire à différents nivaux et être totalement repensé, en phase avec les usages des élèves: au-delà des aspects « techniques », il devra surtout former aux bons usages et aux règles de civilité du monde numérique ». L’internet civilisé si cher à Nicolas Sarkozy est là...

La commission demande aussi la généralisation des « tableaux numériques » dans les classes ou concernant les droits d’accès des établissements scolaires aux contenus audiovisuels.

Proposition n°10 : Davantage ouvrir l’école aux parents en matière d’éducation aux médias

Proposition n°11 : Valoriser la recherche en éducation aux médias et la formation de spécialistes

Proposition n°12 : Encourager les jeunes à être créateurs de médias

Il convient d’aider les lycées à ouvrir des « studios médias » intégrant télévision, radio, journal et site web, afin de renforcer la compréhension des médias par les élèves en leur donnant la possibilité de vivre leur fabrique de l’intérieur. La commission préconise à ce titre la création d’une « carte de presse lycéenne » ...

AXE IV : Accompagner le renforcement de la protection de l’enfance et de la jeunesse sur internet

Proposition n°13 : Renforcer l’information des utilisateurs d’internet, parents comme enfants

C’est l’un des passages les plus développés de la synthèse.

Avec certaines pincettes, la commission affirme : « Il semble nécessaire d’obtenir des engagements clairs des opérateurs, des hébergeurs, des éditeurs de site sur l’augmentation de leur niveau de modération (sur le modèle de la Charte des sites communautaires signée au niveau européen) et sur l’information publique et accessible qu’ils sont prêts à mettre en place sur leur site ».

La commission demande une avalanche de textes et vidéos de formation pédagogique, voire ludiques (jeux ludo-éducatifs) pour toucher tous les publics. Ces messages de civilité devraient être exposés sur les sites, envoyés aux abonnés lors de la souscription d’un contrat, mais également envoyés par les hébergeurs de boîtes mail. « Ils doivent accompagner tout logiciel de contrôle parental, ils pourraient être présents lors de l’ouverture d’un blog ou d’un compte sur un hébergeur de vidéos. Un renvoi clair au portail de la Fondation serait présent ». Rien de moins.

La commission demande aux FAI de « participer, soit au travers de leur hotline, soit du financement de la ligne Net écoute famille, à l’accompagnement des parents pour l’installation de leur logiciel de contrôle parental et la découverte de ses fonctionnalités ». Mais ce n’est pas tout : « L’effort d’information pourrait aussi concerner le signalement des contenus choquants ou incitant à des comportements à risque. Ces pages pourraient être accompagnées d’une vidéo de démonstration pour que leur usage soit facilité ». La commission ne dit pas comment seront détectées ces pages.

Quant aux jeux en ligne, « un renvoi au site PédaGoJeux pourrait être mis en place, ainsi qu’une information sur les risques entraînés par une pratique intensive ».

Et pour finir, « l’ensemble de ces messages de prévention, sous forme d’une Charte de bon usage, pourrait également être fourni lors de l’achat de tout équipement (télévision ou ordinateur), et lors de la vente, de la souscription de l’abonnement ou de l’installation ».

Proposition n°14 : Développer les outils techniques de protection de l’enfance sur internet

Avant dernière proposition : Les techniques dites de « fingerprinting » (empreintes numériques) « pourraient être utilisés pour reconnaître des programmes signalisés, notamment très violents ou pornographiques, et éviter qu’ils soient remis en ligne ». C’est une forme de filtrage préventif destiné à civiliser l’internet...

« Le « tatouage numérique » (« watermarking ») permettrait d’inscrire dans les vidéos des informations se rapportant à la signalétique jeunesse, permettant ainsi la continuité de la signalétique sur tous les supports ». Pour cette mesure, le CSA serait évidemment tout puissant : « dans le cadre de ses nouvelles compétences de régulation, des services audiovisuels à la demande, [le CSA] réfléchit à l’utilisation de ces technologies. Les sites de partage de vidéos pourraient également utiliser ces outils. Les logiciels de contrôle parental pourraient inclure la reconnaissance des données des vidéos et ainsi éviter leur visionnage par les enfants ». Youtube ou Dailymotion serait-il un peu trop facile d’accès pour cette commission ?

Le texte va plus loin puisqu’il évoque blocage de contenu : « Le développement de ces techniques, ainsi que les outils développés par les hébergeurs de contenus sur internet, qu’il s’agisse d’outils de blocage, de filtrage des contenus pornographiques, très violents ou illicites, des logiciels de reconnaissance d’âge, de croisement de données,,… pourrait être soutenus par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et l’Agence pour l’innovation industrielle (A2I)."

Proposition n°15 : Faire de l’éducation aux médias la Grande cause nationale 2010