Le Conseil de l’Europe préconise filtrage, labels et jardins

stéréotypes, vous avez dit stéréotypes ? 304
L’Assemblée parlementaire du Conseil de l'Europe (APCE) vient de publier une recommandation pour dire, en résumé, 1) qu’Internet c’est bien mais 2) que ce secteur doit être filtré, labellisé et cloisonné pour protéger les mineurs.

L’organe délibérant du Conseil de l’Europe demande ainsi à ce dernier « de poursuivre ses travaux relatifs aux enfants dans la société de l'information, notamment en ce qui concerne le développement de leur culture médiatique et leur protection contre les contenus préjudiciables ».

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Des effets néfastes sur les jeunes

Pourquoi ? Simple. « Certains contenus de l’internet peuvent avoir des effets néfastes sur les enfants et les adolescents. Ainsi, les contenus représentant des femmes et des jeunes filles comme des objets ou limitant leur représentation à des stéréotypes de genre avilissants peuvent les conduire dans certains cas à pratiquer une violence sexiste dans le monde virtuel et dans le monde réel, y compris la (cyber)intimidation, le harcèlement et le viol, voire à commettre des massacres dans des établissements scolaires ».

L’inventaire ne s’arrête pas là et dans un pur style Lefebriste, l’Assemblée explique encore que « la disponibilité de matériels de pornographie infantile est à cet égard particulièrement préoccupante et exige que les Etats, mais aussi les fournisseurs d'accès à l’internet et les industries des télécommunications, prennent des mesures supplémentaires ».

Données personnelles trop facilement croquées...

Dans la marmite, on ajoute quelques pincées de web 2.0 avec ces « mineurs dont le nombre croît rapidement [qui] livrent des pans entiers de leur vie privée sur internet, tandis que de nombreuses sociétés utilisent ces données à caractère personnel pour proposer des informations ou des profils personnels ». On a même vu des ministres s’en prendre au sort des auvergnats en des termes peu flatteurs, mais l’Assemblée du Conseil n’a pas été jusqu’à cet extrême.

Face à ce territoire de désolation, que faire ? « Pour relever les défis inhérents à l'internet à la maison, les parents ont besoin de l'appui des institutions sociales en faveur des familles et des écoles. A l'Etat, il incombe de sensibiliser, de fournir des éléments d’orientation, y compris contre les stéréotypes liés au genre et d'établir des normes minimales ».

Des normes, des normes, des normes

Et là, tout s’emballe : « ces normes minimales devraient inclure les restrictions d'accès aux contenus violents, à la pornographie, à la publicité pour le tabac et les boissons alcoolisées, et aux jeux d’argent. Ces restrictions d'accès pourraient être mises en œuvre au moyen de filtres installés par les parents, les enseignants, les bibliothécaires ou d’autres, sur les dispositifs d'accès, de même que par les fournisseurs de contenus ou de services pour les mineurs ».

Des jardins cloturés pour les mineurs

Pare-feux et dispositifs personnels ne seraient ici pas suffisants. L'Assemblée estime ainsi « qu’il sera utile, concernant les mineurs en particulier, de développer des réseaux d'ordinateurs sécurisés en accès restreint, autrement dit réservés à un groupe d'utilisateurs identifié – souvent appelés intranets, « walled gardens » (jardins clôturés) ou « gated communities » (communautés protégées) –, qui exigent généralement de se conformer à un code de conduite, relèvent d'un ensemble clair de dispositions juridiques et de la juridiction d'un pays donné et filtrent les contenus préjudiciables pour les mineurs ». Bientôt des e-jardins pour les mineurs de 0 à 18 ans ?

Labellisation à la source et filtrage à l'arrivée

...Soulagement : « Toutefois, les systèmes de sécurité techniques ne pourront jamais remplacer une éducation appropriée largement accessible ». ...Mais de courte durée. Dans sa recommandation, l’Assemblée du Conseil « appelle les parlements des États membres et observateurs à évaluer les possibilités technologiques d'augmenter la sécurité des mineurs qui utilisent les services de médias en ligne et sur internet, y compris les télécommunications audiovisuelles mobiles, en particulier les systèmes de filtrage et les technologies de restriction d'accès » ; elle demande des campagnes de sensibilisations, des appuis à la commercialisation des réseaux « en accès restreint », des « logiciels gratuits pour permettre aux parents de filtrer les contenus qu'ils estiment potentiellement préjudiciables pour leurs enfants », la mise en place d’un système de labellisation des contenus établis à la source de l’information, donc chez l’éditeur, afin de « faire en sorte que l'accès aux contenus pour adultes soit effectivement restreint au moyen de systèmes de contrôle de l'âge installés par les fournisseurs de tels contenus », etc., etc.

Des jeux trop violents : WoW

Au passage, l’Assemblée n’a pas oublié de s’en prendre aux jeux en ligne. Elle a chargé son Comité directeur « d'analyser les risques psychologiques potentiels que courent les enfants et les adolescents qui font une utilisation excessive d’internet et des médias en ligne, en particulier les réseaux sociaux suggérant une réalité virtuelle comme Second Life, les sites présentant des stéréotypes de genre avilissants, ou encore les jeux et réseaux violents comme World of Warcraft, et de proposer des actions appropriées à mener par le Conseil de l'Europe et les États membres »

Elle demande en outre qu’on commence à travailler au renforcement de la responsabilité juridique des fournisseurs de services internet eu égard à ces contenus « que ceux-ci proviennent ou non de tiers ou des utilisateurs ». Une responsabilité pour autrui, rien de moins.

Enfin, parmi la longue liste des mesures préconisées, l’Assemblée appelle encore les États membres à créer une institution nationale « pour permettre la coopération entre les industries de l’internet et des médias, les organisations de la société civile et leur gouvernement concernant l’élaboration et l’application de la régulation des services de médias en ligne et sur internet »...