PC INpact : interview du syndicat CFE-CGC/UNSA d'Orange

Entre licence et licencié... 143
CFE CGCLa semaine dernière, le syndicat CFE-CGC/UNSA de France Télécom (Orange) réaffirmait son scepticisme face à l'arrivée d'un quatrième opérateur mobile, à l'instar de Nicolas Sarkozy. PC INpact a souhaité en savoir plus sur la position du syndicat de l'opérateur historique. Nous avons ainsi interrogé Sébastien Crozier, le président de la CFE-CGC France Télécom.


PC INpact : Pouvez-vous préciser votre avis sur la question de la quatrième licence 3G ? Pensez-vous réellement qu'une société comme Free puisse se lancer sur ce marché sans espoir de retour sur investissement ensuite ?


Sébastien Crozier : Plusieurs rapports récents démontrent que la présence de 4 opérateurs mobiles ou plus, demandée par la Commission Européenne dans les grands pays d'Europe, n'est pas forcément viable économiquement. Le récent projet de fusion entre T-mobile et Orange en Angleterre illustre parfaitement le phénomène, et l'idéologie de « la main invisible du marché » montre clairement ses limites.

On notera aussi qu'il y a quelque temps France Télécom est sorti du marché hollandais en vendant Orange à T-mobile.

En se lançant dans la téléphonie mobile, Free fait sans doute le pari de pouvoir renouveler la réussite qu'elle a connue dans l'Internet. Rien n'est moins sûr. On peut aussi imaginer que Free – comme Bouygues – ne restera pas longtemps encore indépendant : ils peuvent agir pour le compte d'opérateurs comme Telefonica ou T-mobile.

Et les tarifs des trois grands opérateurs français, qu'en pensez-vous ? Ne jugez-vous pas qu'il y a de la marge pour offrir aux Français des offres bien plus concurrentielles ?


Contrairement aux idées reçues, les tarifs de la téléphonie mobile en France se situent tout à fait dans la moyenne européenne (NDLR : les dernières études montrent pourtant que la France est dans la partie haute, voir les liens suivants). À cet égard, plusieurs experts indépendants critiquent les méthodes de comparaison tarifaires mises en œuvre par l'OCDE et la Commission européenne, et estiment que celles de l'Ofcom (régulateur des télécommunications au Royaume-Uni), sont plus rigoureuses. Elles placent les tarifs français dans la moyenne des grands pays d'Europe.

Il faut noter en particulier que les comparaisons tarifaires de l'OCDE excluent de leur comparatifs tarifaires les numéros d'appel offerts dans le cadre des forfaits (par exemple les 3 numéros que vous appelez le plus souvent, et qui représentent 40 % de vos communications), ou encore les forfaits de SMS illimités, et les tarifs des cartes pré-payées... qui sont souvent les plus bas, notamment pour ceux qui appellent peu (NDLR : ces donneés ont effectivement été exclues de la part de l'OCDE, mais elles seront incluses lors de sa prochaine étude, qu'il faudra donc suivre de près).

La France est le pays d'Europe dont la densité de population est la plus faible, obligeant les opérateurs à dépenser plus en infrastructure pour couvrir la totalité du territoire… et surtout des populations. La marge pour baisser les prix n'est pas très importante. Le gouvernement lui-même ne l'estime pas à plus de 7 à 10 %. Alors qu'il reste encore des zones blanches à couvrir, ce qui est sans doute plus urgent.

La concurrence favorise aussi l'innovation. Mais l'innovation n‘est pas le monopole des opérateurs. L'iPhone a sans doute fait plus pour l'Internet mobile en 18 mois que les 3 opérateurs en 10 ans.

Concrètement, préférez-vous des tarifs élevés et une meilleure gestion des infrastructures et de l'emploi, ou des offres à bas prix, quitte à perdre quelques emplois ?

Il convient également de noter que la baisse des tarifs qui peut accompagner l'arrivée d'un nouvel entrant s'exerce essentiellement dans les zones à forte densité de population. Les zones rurales, plus coûteuses à équiper, ne font jamais partie des priorités de ces nouveaux acteurs, qui cherchent à rentabiliser rapidement leur implantation sur le marché. Le « bénéfice consommateur » d'une guerre des tarifs est donc loin d'être évident, et encore moins partagé par tous.

On ne peut continuer à opposer le consommateur et le salarié. Si l'on veut avoir des consommateurs en mesure de payer des services évolués, encore faut-il qu'ils en aient les moyens. Les pertes d'emplois constatées dans le secteur des télécoms se font au profit de la délocalisation. Il n'est pas acceptable de voir ce mouvement se poursuivre, surtout dans une période de destructions massives d'emplois telle que nous la vivons actuellement.

Dans votre dernier communiqué, vous faites effectivement allusion à l'emploi, et au fait qu'une loi devrait empêcher tous les opérateurs de délocaliser...

L'enjeu des 15 à 20 000 emplois que représentent les « hot lines » se chiffre à 1 milliard d'euros par an pour notre économie.

Désormais la plupart des centres d'appels sont sous-traités à l'étranger (et hors d'Europe) sous prétexte de réduction des coûts. Le français, largement parlé à l'extérieur des frontières européennes, est plus spécifiquement exposé. L'Allemagne par exemple, se trouve « naturellement » protégée de telles délocalisations.

Pour défendre l'emploi en France, la CFE-CGC/UNSA demande une législation interdisant les délocalisations aux opérateurs exploitant des licences en France. À tous les opérateurs, pas seulement aux nouveaux entrants.

La CFE-CGC/UNSA rappelle que si des obligations de localiser les emplois en France (ou en Europe) s'imposent à tous les détenteurs de licences, il n'y a pas de distorsion de concurrence.

C'est en ayant de l'emploi en France que nos concitoyens auront les moyens d'être des consommateurs des nouveaux produits et services de télécommunications qu'offrent les opérateurs.

Merci Sébastien Crozier
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