Jacques Attali démolit (encore) le projet de loi Hadopi

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Dans une interview au journal Libération (édition du 18 août, p. 6), Jacques Attali a répondu à plusieurs questions de notre consœur Astrid Girardeau. Une nouvelle fois le personnage a torpillé dans les règles de l’art le projet de loi Hadopi. Une activité dont il est passé maître.

Déjà début 2008, dans son fameux rapport, commandé par le président de la République, Attali estimait que « même sous le contrôle d’une autorité indépendante ou d’un juge, [les mécanismes de contrôles des usages] introduiraient une surveillance de nature à porter atteinte au respect de la vie privée et aux libertés individuelles, tout à fait contraire aux exigences de la création et à la nature réelle de l’économie numérique. » Il recommandait plutôt l’instauration d’une ponction payée par les abonnés et basée, par exemple, sur la volumétrie des fichiers échangés et dont les fruits iraient dans les poches des créateurs. « Tout ce que vous proposerez, nous le ferons », avait promis Nicolas Sarkozy à Jacques Attali avant la remise de ce rapport, mais évidemment, ces préconisations ont été rapidement enterrées par l’Élysée, plus sensible aux chants du SNEP, de l’Alpa et d’Universal.

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Dans cette interview, Attali vante les charmes de la contribution créative qui permettra d’échanger des fichiers contre une taxe payée par l’abonné. Des doutes et des flous existent toujours sur ce projet, mais une certitude : il ne serait pas juste de cumuler les mâchoires d’Hadopi, avec cette contribution, « le beurre et l’argent du beurre », c’est hors de question. Attali regrette au passage la position des ayants droit, et notamment de la SACEM et en appelle à une rapide remise à plat du système des droits. À l’avenir, il croit dur comme fer à la licence globale : « Il n’est pas plus difficile de connaître le nombre de fois où un film a été téléchargé que de faire le tour des bals populaires pour savoir quelles musiques ont été jouées par les orchestres amateurs, comme le fait la Sacem depuis un siècle ». Ce chemin de croix exige cependant des négociations serrées entre les FAI et les sociétés d’auteurs. Serrées mais urgentes : « si les négociations se passent mal, dans dix ans, les sociétés d’auteurs n’existeront plus, tout sera réparti entre majors et FAI ».

Pour le chapitre Hadopi, autre conviction : « Ce sera encore une loi, plus ou moins avortée, qui ne servira à rien ». L’obstination obsessionnelle du gouvernement obéit malgré tout à une cohérence : « Celle de défendre quelques vedettes politiquement très visibles, mais qui ne représentent rien. Et qui, si on y réfléchit bien, sont surévaluées au regard de leur utilité artistique, pour ne pas parler de leur utilité sociale. Elles ne représentent pas la véritable créativité française. À gauche comme à droite, il y a l’idée que les artistes ont un pouvoir de nuisance considérable et qu’il vaut mieux les avoir avec soi que contre soi. Dans cette affaire, le pouvoir politique ne s’est pas rendu compte qu’il y avait des gens beaucoup plus courageux, qui avaient compris que l’intérêt de l’art n’était pas du côté des marchands de technologies dépassées. »