Le chiffre des entrées cinéma explose, sans loi Hadopi

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L’été, une saison creuse, le cinéma en crise ? Pas du tout : selon les derniers chiffres du CNC, le Centre national de la cinématographie (CNC), le mois de juillet a connu une progression de 56,1% par rapport à l'an passé. 20,74 millions d'entrées au compteur pour ce seul mois, et 118 millions d’entrées depuis le début de l’année soit 2,6% de plus qu’en 2008.

cinéma CNC

Selon Laurent Creton, directeur de l'Institut de recherche sur le cinéma et l'audiovisuel, dont les propos ont été rapportés par RFI, la cause tient à la chronologie des médias entre les continents : « les films américains sortaient autrefois en Europe avec un décalage de plusieurs mois, c'est-à-dire plutôt pour les fêtes de Noël, alors que maintenant, la stratégie est de sortir le film à une même date à l’échelle internationale, date qui correspond à celle de la sortie aux États-Unis, c'est-à-dire plutôt l’été. Et ce qui est intéressant de constater, c’est que le public suit. » Autres facteurs explicatifs, la crise a incité les spectateurs à rester chez eux, pour profiter du coup de films « frais » sur le marché. Un double effet bénéfique.

L’année 2009 devrait être un bon cru pour les films millionnaires en entrées. Le record récent remonte à 2004 avec 52 films millionnaires, contre 48 pour 2008. Le chiffre caracole à 33 en ce milieu d’année, soit près d’un par semaine. Il devrait poursuivre son ascension avec des millionnaires assurés comme Twilight, peut-être Avatar de James Cameron, etc.

Une carotte sans bâton

Cet épisode est aussi la preuve chaleureuse que la gestion du marché du cinéma peut se faire sans le bâton du projet de loi Hadopi mais en jouant sur plusieurs carottes. On se souvient d’ailleurs qu’en plein débat estival sur Hadopi, un accord en ce sens avait été signé sous l’égide du CNC.

Bientôt les effets bénéfiques de l'accord du CNC ?

Il réorchestre la chronologie des médias selon supports : avec cet accord, rendu obligatoire par décret mi-juillet, les films vont être en principe accessibles plus rapidement après leur sortie en salle (4 mois au lieu de 7 mois et demi en vidéo à la demande, -10 mois au lieu de 12 pour la télévision payante, 22 mois au lieu de 24 voire 36 pour la télévision gratuite, etc.)

Toutefois, l’accord avait été boudé par de grands noms comme Free, Numéricable ou Bouygues ou encore le Syndicat de l’Edition Vidéo. Ces acteurs ont dès le début critiqué les conditions emmurant la VOD. L’accord prévoit certes une ouverture de la fenêtre VOD à 4 mois après l’exploitation en salles mais aussi une dérogation à 3 mois. Cette dérogation vise toutefois les seuls films réalisant moins de 200 entrées après quatre semaines d’exploitation.

Cependant, là est le « piège » : seul 0,6 % des films répondent à ce critère. Autre chose, le texte enferme la promotion des films en VOD ou sur Blu Ray ou DVD dans des délais stricts trop tôt : elle ne peut débuter plus d'une semaine avant le délai d'ouverture de la fenêtre d'exploitation correspondante et doit s'achever quatre semaines avant l'ouverture de la fenêtre d'exploitation des films en télévision payante... Enfin, l’accord taille la part belle à la TV autorisant la diffusion exclusive des films sur ce canal. Pendant ce temps, comme nous le disions, l’internaute ou le spectateur n’a plus qu’à attendre, ou pirater.