Viviane Reding : le piratage sur le Net devient sexy

La fameuse commissaire européenne Viviane Reding, connue pour ses avis tranchés sur les tarifs de la téléphonie mobile en Europe, a glissé quelques mots la semaine dernière sur le téléchargement illégal, et les armes utilisées par les ayants droit et les gouvernements pour contrecarrer ces délits.

Viviane Reding commissaire européenneInvitée jeudi dernier à Bruxelles pour le "Ludwig Erhard Lecture" 2009 (Ludwig Erhard : homme politique allemand ayant participé au redémarrage économique de l'Allemagne après-guerre), Viviane Reding était conviée pour la simple et bonne raison que le thème de ce rendez-vous était le retour économique de l'Europe, mais au niveau numérique. Les hautes technologies, d'Internet aux réseaux haut débit mobiles, étaient donc concernées. D'où la présence du commissaire européen.

Rappelant rapidement que l'Europe avait la chance de disposer d'un taux de pénétration du téléphone mobile de 119 %, de 60 % d'Internautes dont 80 % à haut débit, de quoi voir l'avenir numérique en rose, Viviane Reding a surtout eu la dent dure au sujet du téléchargement, des moyens mis en oeuvre pour lutter contre ce phénomène, et surtout, à propos du choix et de la qualité des contenus en ligne.

Un problème générationnel ?

« Alors que de nombreux ayants droit insistent sur le fait que chaque téléchargement non autorisé sur Internet est une violation des droits de propriété intellectuelle et est donc illégal, voire criminel, d'autres soulignent que l'accès à l'internet est un élément essentiel des droits fondamentaux » note ainsi la commissaire européenne. Un rappel rapide d'un débat particulièrement bouillant dans le monde, en Europe, et en France (Hadopi).

« Permettez-moi d'être clair sur ce point : Les deux parties ont raison. Le drame est que, après de longues et souvent vaines batailles, les deux camps sont restés sur leurs positions, sans aucun signe d'ouverture vers l'autre côté. »

Viviane Reding ne s'arrête cependant pas là : « Pendant ce temps, la piraterie sur Internet semble devenir de plus en plus "sexy", en particulier pour les bébés numériques, la jeune génération utilisant intensivement Internet, entre 16 et 24 ans. Cette génération devrait devenir le fondement de notre économie numérique, de la future innovation et de nouvelles opportunités de croissance. Toutefois, les statistiques d’Eurostat montrent que 60 % d’entre eux ont téléchargé des contenus audiovisuels sur Internet dans les derniers mois sans payer. Et 28 % déclarent qu’il ne sont pas prêts à payer pour le faire » s'alarme ainsi la commissaire européenne.

Télécharger illégalement : un vote de défiance ?

Reding pointe alors du doigt ceux qui sont à son avis les fautifs d'une telle situation : « Ces chiffres révèlent de sérieuses carences dans le système actuel. Il est nécessaire de pénaliser ceux qui enfreignent la loi. Mais y a-t-il assez d’offres légales sur le marché, et sont-elles assez attractives et d'utilisation aisée ? (NDLR : en somme, peut-on tout trouver, facilement, et sans DRM) Le système légal actuel de protection de la propriété intellectuelle répond-il vraiment aux attentes des générations Internet ? (NDLR : une question particulièrement importante) Avons-nous envisagé toutes les alternatives à la répression ? Avons-nous envisagé le point de vue d’un adolescent de 16 ans ? Ou nous sommes-nous contentés de voir la perspective de professeurs de droit ayant grandi à l'ère de Gutenberg ? De mon point de vue, l’essor du piratage sur Internet est un vote de défiance (ndrl : manque de confiance) aux modèles économiques et aux solutions légales actuels. Cela devrait être un signal d’alarme pour les législateurs. » assome ainsi Viviane Reding.

Pour la commissaire européenne, la situation actuelle est grave, et si rien ne change, les conséquences pourraient bien être catastrophiques : « Si nous ne réalisons pas, très rapidement, un accès plus facile et plus convivial pour les consommateurs aux contenus numériques, nous pourrions perdre une génération entière de partisans de la création artistique et de l'utilisation légale des services numériques. Économiquement, socialement, et culturellement, ce serait une tragédie. »

Enfin, outre attaquer, Viviane Reding propose notamment de faciliter l'octroi de licences de droits de propriété intellectuelle pour les services en ligne pour les 27 pays de l'UE. Un sujet important, notamment lorsque de grandes sociétés (Apple, Amazon, etc.) tente de lancer une plateforme européenne, on remarque que cette dernière a inévitablement un retard important sur son homologue américain.

La commissaire européenne émet aussi l'idée de créer des règles européennes afin d'encourager la numérisation de livres, partant du constat que « plus de 90 % des livres dans les bibliothèques nationales d'Europe ne sont plus disponibles dans le commerce, car ils sont épuisés ou sont des œuvres orphelines (ce qui signifie que personne ne peut être désigné pour donner la permission d'utiliser le travail numérique) ».

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