Streaming : entre les artistes et le Snep, des calculs vénaux

Le SNEP n’a pas trop apprécié les calculs faits par l’Adami, le lendemain du vote de la loi Hadopi. En cause, le syndicat des producteurs dénonce non pas les chiffres, mais la méthode qu’il juge peu « constructive » et qui ne rend « nullement compte de la réalité des revenus des artistes ». Bref, un tableau inachevé. Mais on peut aussi critiquer les critiques dans un jeu sans fin... 

pascal negre thomas dutronc jean françois copé

Rappel d’abord : dans un premier communiqué, l’ADAMI, société de gestion collective, affirmait que la loi Hadopi n’était que « l’illusion d’une réponse définitive à la crise que connaît la création, car il a malheureusement fait l’impasse sur l’essentiel : le juste partage de la valeur, ou, pour le dire en un mot, l’argent ». Et l’Adami d’expliquer qu’un gros problème oublié par le texte, est celui de la part du gâteau : « Aujourd’hui, selon les relevés de rémunération des sites de streaming et sachant qu’un artiste touche habituellement 8% sur les ventes de ses enregistrements, la diffusion légale d’une chanson rapporte 0,001 euro (ou 0,1 centime) à son interprète. Soit 100 euros si, couronnée de succès, elle est diffusée 100.000 fois ! En l’état internet ne rémunère pas la création, il lui fait à peine l’aumône ! » Bref, même armé de l’Hadopi, pas sûr que l’artiste voit sa situation dorée à l’or fin.

La même calculette, mais pas la même comparaison

Le SNEP, syndicat des producteurs (dont les grosses majors) n’est pas d’accord avec cette dénonciation des « « faibles » rémunérations des artistes au titre du streaming ». Selon Universal & Co, « si la rémunération des artistes constitue un enjeu fondamental pour la filière musicale à l’heure d’Internet, l’analyse qui consiste à prendre pour référence le montant des droits générés par auditeur ne nous apparaît pas pertinente. En effet, prise isolément, la rémunération des artistes au titre de la radiodiffusion est encore plus faible que pour le streaming alors que les artistes perçoivent la même part que les producteurs au titre de la radiodiffusion de leurs interprétations (50 %). En 2007, les artistes ont perçu 50 % des sommes encaissées par la SPRE au titre de la radiodiffusion, soit 13.62 millions d’euros ».

Selon la calculette du Snep, à la radio, « la rémunération des artistes s’élève à 0,00005 euro par diffusion et par auditeur, soit 20 fois moins que ce qui est généré, selon l’ADAMI, en matière de streaming pour un artiste ». Bref, tout va bien et il ne faut surtout pas s’arrêter à la rémunération par auditeur, car « compte tenu de l’importance du nombre de ces auditeurs, les revenus globaux annuels des ayants droit peuvent être significatifs ».

Conclusion d’Universal, Sony, BMG… : « Si Le SNEP est tout autant que l’Adami préoccupé par les revenus susceptibles d’être générés par les nouveaux services en ligne, il conteste le fait d'isoler certaines données économiques qui, sorties d'un contexte général, ne rendent nullement compte de la réalité des revenus des artistes et n'apportent pas d'information constructive. Il est plus opportun d’assurer tous ensemble la lutte contre l’utilisation illégale de la musique en ligne et le succès des offres légales. On verra alors les revenus progresser ». Voilà qui tombe bien, dès le 13 mai, date du vote du projet de loi HADOPI, la SACEM rappelait l’exigence d’un bilan de la loi HADOPI, une fois celle-ci en œuvre, afin de mesurer ses effets sur l’offre légale. A croire que les doutes commencent à surgir : et si l’abonné averti n’allait pas courir sur iTunes dès le premier email d’avertissement ?

La radio, 50/50, le streaming 92/8

Renseignement pris auprès d’un professionnel travaillant dans le milieu des artistes, la vision du SNEP est pour le moins critiquable.

Comparer le streaming sur internet et la radio est un faux débat. La licence légale qui existe sur la radio, si on la ramène au passage par auditeur, est assez faible. Ce n’est pas contesté. Mais la différence est que les sites de radios, d’une part, il y en a beaucoup et d’autre part, la clef de partage est de 50/50. La masse permet donc d’apporter de l’argent frais aux artistes. Sur internet, les clefs du contrat ne sont pas identiques, loin de là, puisqu’on est à 92/8, partage habituel qu’on retrouve dans les contrats : 92% pour le producteur, les miettes du gros hors taxe pour l’artiste. D’où les prétentions de l’Adami de demander des clefs de l’ordre de 50/50 sur Internet. Une perspective qui fait frémir les producteurs. « Si un passage sur Deezer c’est 0,001 d’euro, avec un passage à 50/50, ça serait un peu plus. Et puis voilà ! »

Le masque de l'abattement technologique dans un monde tout numérique

En résumé : la clef de partage sur Internet, c’est 92/8, sur les licences légales radiophoniques, donc fixées par la loi, c’est du 50/50. Autre problème : internet est un domaine où les frais de mises en circulation sont presque nuls. Mieux encore, les marges des distributeurs et des grossistes n’existent pas, ou du moins, elles sont avalées par les producteurs. « Internet c’est idéalement l’endroit où on peut reconsidérer les clefs de partage afin à ce que ces marges économisées soient répercutées à l’artiste » nous souligne ce professionnel des contrats. Mais il y a pire : aujourd’hui, on a cette clef de 8% pour l’artiste, mais on applique avant « l’abattement technologique » pour tenir compte des frais. Cet abattement fait croire qu’il revient plus cher au producteur de mettre de la musique en vente en ligne que de faire un support physique. « C’est totalement faux. C’était vrai pour le back catalogue qu’il a fallu numériser, aujourd’hui on sait très bien que les fichiers qui sortent au cul du magnétophone c’est des fichiers numériques. Cela tombe sous le sens. Cet abattement technologique, on en voit encore sur des contrats de 2008 chez Universal. C’est inique et inapproprié », estime ce professionnel.

Le SNEP place le débat sur la licence légale pour tenter des comparaisons. Mais les licences légales sur les radios sont un organe de promotion. Quand un disque sort, avant même le pressage, les stations de radios sont interrogées et font la pluie et le beau temps. La radio rapporte peu, on l’admet, mais il y a beaucoup de passage et surtout il y a une licence légale avec une récolte très contrôlée et une répartition juste, chapeautée par une gestion collective. « Les quelques centimes, on les touche !». Pour le streaming, les additions sont au contraire très faibles du fait des clefs de répartition définies dans des contrats individualisés où l’artiste n’a finalement que peu de place pour la négociation… Mais ces considérations ne sont peut-être que du vent puisque Hadopi va tout régler dans ce meilleur des mondes…

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