Hadopi sera dangereux pour le gouvernement, selon Orange (MàJ)

Hadopi, on dit merci 351
Mise à jour 20h35: les explications d'Orange

Mise à jour 18:07
: Orange a exigé  la suppression de la page en question.

Première diffusion 15:11 :
Sur un des blogs officiels d’Orange, celui consacré « à la Sécurité des Réseaux et des Systèmes d'Information » autant dire du sérieux, Philippe Maltere revient sur la Hadopi, toute chaude votée. « La loi étant votée, nous pouvons donc vous dire en exclusivité quel sera le plus grand danger de cette loi » tease-t-il dès l’entrée de son post. Quel est donc ce risque ? Le flicage des internautes ? L’assèchement culturel ? Le filtrage des contenus à grande échelle ? L’obligation de payer et encore payer pour la sécurisation de son accès ?

Non. C’est le chiffrement.

SSL et HTTPS à tous les étages

« D'un nombre important de protocoles utilisés, nous allons tomber à environ ... deux (ou presque), compte ce spécialiste, le http standard et sa version SSL. Le premier servant rapidement à passer au second pour que le contenu reste non connu de tous. Vous allez donc me dire le P2P va disparaître, et c'est le but de loi, donc la loi est bonne. Oui, vous avez raison, le P2P tel que nous le connaissons aujourd'hui va progressivement disparaître, mais pas l'échange de fichiers illégaux, la nuance est importante. Le fait de chiffrer ses communications va favoriser l'explosion (pour les puristes cela existe déjà) de nouvelles (ou anciennes) formes de communications. En ce qui concerne, par exemple l'échange de fichier, des logiciels d'échange travaillant sur SSL, des serveurs de fichiers centraux type rapidshare ou megaupload offrant une option HTTPS à leurs clients, des fournisseurs de news offrant une connexion SSL (pour la plupart c'est déjà fait) ». Voilà ce que va générer Hadopi et qu’ont plusieurs fois souligné les acteurs du web opposés au texte (et pourtant favorables à la création).

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Car ce spécialiste d’Orange le devine sans mal : « Le bon père de famille va prendre l'habitude de chiffrer toutes ces données même de messagerie grâce à des logiciels toujours plus puissants et de plus en plus faciles à utiliser, avec en plus une recherche d'anonymisation plus forte grâce à des réseaux de type TOR ou I2P encore plus faciles d'accès ». Moralité ? « Le danger, en fait sera pour ... le gouvernement lui même, et dans une moindre mesure pour les fournisseurs d'accès Internet, et les entreprises. Pourquoi cela ? Les communications très majoritairement chiffrées vont faire passer l'état d'Internet de difficilement contrôlable à totalement incontrôlable, apprécier la nuance ». Une nuance à la hache.

Les spécialistes contre le terrorisme ou la pédophilie ne servent plus à rien

L’intéressé évoque des choses moins triviales que le download de MP3 ou de film. « Tous les spécialistes de contre terrorisme cybernétique ou contre pédophilie cybernétique peuvent commencer à chercher un nouveau travail, ils ne servent plus à rien. Avant, comme nous l'avons vu seuls certains chiffraient leur communication, après que l'on ait écarté les entreprises, les sites bancaires et e-marchand, il ne restait pas «grand monde » à vérifier, maintenant que toutes les communications sont cryptées, comment séparer le bon grain de l'ivraie ? Impossible ». Merci Hadopi.

Pour explorer un peu d’autres continents et faire du droit comparé, ce spécialiste d’Orange explique que « chaque pays a en projet une loi similaire à Hadopi ». Une mesure qu’a scandée Albanel pour inciter les députés et sénateurs à voter, et les artistes à signer des kilomètres de pétition. Sauf que… « Les Etats-Unis en sont un exemple, mais à cet instant ce type de projet est écarté, ni par des associations de consommateurs en furie, ni par les artistes.... Non, non.... Par la NSA tout simplement, qui a tout de suite vu le danger de dérapage du tout chiffré (ils avaient déjà des problèmes avec Skype pour la même raison, alors généraliser le chiffrement pas question) pour les problèmes de sécurité intérieure non maitrisée. A méditer. L'impact sur les entreprises pourrait être un peu plus insidieux, en effet, ne pouvant plus rien contrôler les FAI devront tout laisser passer, adieu la qualité de service sur Internet maintenant balbutiante et bientôt lettre morte ».

Ce post date du 13 mai, soit le jour où la loi a été votée et adoptée à la vitesse d’un TGV par le Sénat. A titre posthume, on pourra relire le témoignage de ce FAI français qui nous expliquait, lui en juin 2008, les dangers du filtrage que génère ce type de loi. "Le filtrage est dans le même temps dangereux : dès lors qu’il y a une contrainte sur le réseau, les utilisateurs développent un moyen de la contourner. Ce qui peut faire peur, c’est lorsque les flux seront cryptés. On ne pourra alors plus rien ! Le hacker du dimanche aura là entre les mains une véritable bombe. Soit. Mais quand cette bombe tombera dans les mains d’une organisation beaucoup moins recommandable, on mettra les mains dans un engrenage très dangereux."