Rejet de la loi Hadopi : interview du député Lionel Tardy

Un député, une dépitée 169
Lionel Tardy, député de Haute-Savoie et seul UMP à avoir voté contre le texte lors de sa première lecture, a bien voulu répondre à nos questions après le rejet par l’Assemblée hier, du projet de loi Création et Internet.

lionel tardy

Lionel Tardy, que retenez-vous du vote d’hier ?

Ce qu’il faut retenir, c’est que même sans Dionis du séjour ou Dupont Aignant [NDLR : qui ont voté contre], le texte ne passait pas. Sur la forme, les députés d’opposition ont joué avec les députés de la Commission des finances, dont Didier Migaud. Des députés UMP, il y en avait en réserve, mais la grosse erreur de l’UMP, quand le président a demandé l’explication de vote, est que l’orateur du groupe aurait dû accepter et meubler pendant 10 minutes ou demander une suspension de séance avant l’annonce du vote pour rameuter les troupes. Un bon coup de la gauche d’un côté, une mauvaise gestion de la séance par la droite, de l’autre. C’est le groupe qui gérera, mais à mon avis, des oreilles vont siffler ! C’est un coup classique que tout parti fait lorsqu’il est dans l’opposition.

Pour le fond, pourquoi il y avait si peu de députés UMP ?

Le fait qu’il n’y ait pas eu de vote solennel, que la Commission mixte ait changé des propositions adoptées à l’Assemblée, que des députés étaient plus favorables à l’amende qu’à la suspension, tout cela a contribué à cette faible mobilisation. En plus, le soir même, c’était les vacances parlementaires.

Et à l’avenir comment pressentez-vous les choses ?

Les questions qui se posaient jusqu’à présent vont être encore plus présentes. Il va y avoir réexamen au Sénat, à l’Assemblée et celle-ci aura le dernier mot. Nous n’échapperons pas au vote solennel, point d’orgue de la procédure. Tout le monde va rameuter les troupes pour voter et surtout, les députés vont avoir des comptes à rendre auprès de leurs concitoyens qui les interpelleront pour demander ce qu’ils ont voté sur ce texte là. On ne pourra pas se défiler, donc soit les députés vont s’abstenir, estimant que techniquement le texte ne tient pas la route, ou alors électoralement, ils vont estimer que cela secoue trop en circonscription, et que cela ne fait pas gagner des voix. Face aux consignes de groupe, les parlementaires vont donc réfléchir, nous sommes dans un contexte où il y aura une pression. Si derrière en plus, sur Internet, la liste des députés qui auront voté pour le projet de loi circule, les gens iront dans la permanence du député pour lui demander ce qu’il en est lorsqu’ils auront des problèmes avec cette loi !

Désormais, tous ceux qui ne voulaient pas s’impliquer sur le texte vont devoir prendre position, notamment sur un futur vote solennel, et au-delà les électeurs vont donc demander des comptes. Le gouvernement pourra difficilement s’abstenir d’un vote solennel, mais j’espère au moins que le Nouveau Centre le demandera. Ça change toutes les données dans le rapport de force, car tous les votes seront scrutés, analysés. Les députés vont devoir se creuser les méninges, c’est une donnée fondamentale d’autant plus qu’on aura un vote solennel sur un sujet très chaud, car il y a eu un premier rejet.

Merci Lionel Tardy.