FTTH en France : point d'étape de l'ARCEP sur le développement

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fibre gpon optique orangeAlors que le Japon fibre à tout va et que l'Australie prépare un plan considérable pour fibrer massivement 90 % de sa population d'ici 2016, la France devrait, enfin, partir du bon pied dès cette année. Pour ce faire, l'ARCEP doit en premier lieu poser certaines règles concernant la fibre optique jusqu'à l'abonné (FTTH). Et vérifier qui de la multifibre (supportée par Free) ou de la monofibre (supportée par ses concurrents) offre la meilleure solution. Or ces derniers mois ont en partie permis à l'Autorité de faire le point sur ces deux procédés.

L'Autorité laisse le choix aux FAI

L'ARCEP explique en premier lieu leurs qualités et défauts :

Il existe en effet deux principales topologies de réseau utilisées pour les déploiements en fibre jusqu'aux abonnés : le point-à-point et le point-à-multipoint (PON : passive optical network). Ces deux topologies répondent à des logiques et des besoins différents.

Le point-à-point consiste à installer une fibre par foyer entre le logement et un noeud de répartition optique (NRO) desservant quelques milliers de foyers. Cela implique un investissement initial significatif mais offre en contrepartie une gestion simplifiée du réseau et des débits quasi illimités en théorie, donc des coûts d'exploitation modérés.

Le PON procède d'un partage des fibres entre foyers desservis. Le PON permet un investissement progressif, accompagnant la pénétration du très haut débit. En revanche, l'optimisation d'un tel réseau peut appeler l'installation de nombreux points de flexibilité dans le réseau, ce qui peut induire des coûts d'exploitation élevés.

L'Autorité rappelle rapidement qu'elle ne souhaite pas favoriser ou interdire l'une ou l'autre des technologies. En somme, « dans ce contexte, l'Autorité estime souhaitable de rechercher toutes les solutions permettant à chaque opérateur de choisir entre une option de raccordement au réseau de l'opérateur d'immeuble avec point de flexibilité ou de raccordement par soudure, à tout le moins lorsque cela est proportionné sur un plan technique et économique. »

Concrètement, l'ARCEP souhaite que l'opérateur d'un immeuble doit pouvoir permettre à un autre opérateur d'exploiter une nouvelle fibre pour chaque logement. Ce nouvel opérateur devrait aussi pouvoir installer un boîtier de flexibilité (notamment au point de mutualisation). Tout ceci devrait néanmoins concerner uniquement les zones dites "très denses".

Le cas des zones "peu denses" en question

Orange Fibre Optique France « Des travaux complémentaires seront nécessaires pour apprécier l'impact de la pose de fibres surnuméraires en dehors des zones très denses. Dans ces zones, le positionnement du point de mutualisation en amont dans le réseau pourrait en effet accroître les risques de saturation du génie civil si la taille des câbles devenait trop importante compte tenu des fibres surnuméraires installées. »

Concernant la concurrence, dès lors qu'un opérateur fibre un immeuble, l'ARCEP impose des obligations à cet opérateur vis-à-vis des concurrents. Un sujet sensible et particulièrement important. Selon l'Autorité, les opérateurs doivent encore être consultés sur les points suivants :

- l'opérateur d'immeuble réalise le raccordement entre la colonne montante et le logement et effectue les opérations de maintenance, si les opérateurs tiers lui en formulent la demande ;
- l'opérateur d'immeuble laisse la possibilité aux opérateurs tiers qui en font la demande de réaliser eux-mêmes certaines opérations, notamment ce raccordement et les opérations de maintenance correspondantes. Dans un tel cas, l'opérateur tiers est mandaté par l'opérateur d'immeuble.

Point important, l'ARCEP précise que les opérateurs des 20 000 immeubles déjà fibrés (soit tout de même 550 000 logements environ) « sont invités, conformément à la loi de modernisation de l'économie, à donner accès aux opérateurs tiers », soit à l'heure actuelle Orange, Free, SFR, Numericable ou Sequalum (dans les Hauts-de-Seine). On apprend d'ailleurs que ces derniers ont déployé près de 300 km de câbles optiques dans les fourreaux de France Télécom, sachant que l'opérateur historique a pour sa part déployé 3000 km de câbles...

L'influence des collectivités locales dans les zones à faible densité

Outre les opérateurs privés, les collectivités territoriales ont aussi leur importance, notamment dans les zones qui ne sont pas "très" denses, soit une partie non négligeable de l'Hexagone. Grâce à ces initiatives, l'ARCEP est de plus heureuse de disposer de retours d'expérience de zones peu peuplées.

Sachant que ces territoires nécessitent des coûts de déploiement élevés, l'ARCEP note d'ailleurs qu'il devient « très peu probable en dessous d'un certain niveau de densité que plusieurs opérateurs puissent rentabiliser le déploiement d'une multiplicité de réseaux au plus près des logements, même à long terme. Dans ce cas, il devient nécessaire de mutualiser le réseau fibre au-delà de la seule partie intérieure aux immeubles. En pratique, cela pourra se traduire par un point de mutualisation desservant tout un quartier, voire davantage dans les zones les moins denses. »

Ces zones doivent donc être gérées différemment des autres, tout en veillant à une concurrence seine. L'Autorité explique par ailleurs qu'elle compte engager une seconde phase de travaux sous son égide, afin de définir les règles qui s'appliqueront aux déploiements d'opérateurs ou de réseaux d'initiative publique en dehors des zones très denses.

Les modalités de déploiement de la fibre sur le territoire seront notamment étudiées dans le cadre d'un groupe spécifique (« Task Force Fibre ») associant l'ensemble des acteurs concernés, notamment sur les possibilités de coordination entre acteurs, de mise en commun de réseaux et de co-investissement précise l'ARCEP.

Cette dernière rajoute qu'une « convention type de mise à disposition de fourreaux de génie civil à un opérateur par une collectivité sera publiée très prochainement dans le cadre des travaux du Comité des réseaux d’initiative publique (CRIP) ».