PC INpact interviewe Spidart, le site des fans-producteurs (MàJ)

MàJ du 23/03/2009 : la seconde partie de l'interview est disponible ci-dessous (au milieu de l'article.

Article du 20/03/2009.
Spidart (prononcé Spy Darte), société lyonnaise créée fin octobre 2007 par Nicolas Claramond et Maxime Perben (tous deux de l'EM Lyon Business School), propose aux internautes de financer eux-mêmes leurs artistes préférés, moyennant retour sur investissement en cas de bonnes ventes. Un concept lancé un an plus tôt par Sellaband. Spidart propose 35 % des bénéfices aux artistes, 35 % aux producteurs et 30 % à lui-même.

Maxime Perben a accordé à PC INpact une très longue et sincère interview. Les sujets abordés sont variés et précis à la fois. La longueur de cet entretien est telle que nous avons dû le scinder en deux. Voici donc la première partie.

Spidart Team

PC INpact : Comment s'est créé Spidart ?

Maxime Perben : L'idée de Spidart est venue d'un projet de création d'entreprise à l'EM Lyon, Nicolas Claramond et moi avons cherché un projet passion – on est des enfants du Web et de la musique – on a cherché à savoir comment on pouvait aider les artistes.

Beaucoup de personnes nous disent que l'industrie de la musique est en restructuration, mais comme toute industrie en mutation, y'a des nouveaux modèles économiques qui vont rentrer, et on a commencé à dire que ce serait bien que les artistes puissent se faire financer sur Internet.

Après, on a découvert très rapidement qu'il y avait un acteur qui s'appelait Sellaband (NDLR : le pionnier du genre, lancé en 2006), qui a validé le concept, et après on a rapidement été incubé par l'EM Lyon, qui nous a permis de créer la structure et d'être accompagnés.

Maintenant, Spidart a un an et demi d'existence, on a 450 000 € investi sur le site, 600 artistes sélectionnés – tous ne seront pas financés, mais il y a un réel choix, avec différentes influences, différents styles – et plus de 11 000 fans producteurs.

Concernant les artistes, cela signifie que contrairement aux producteurs, vous les sélectionnez ?

Oui, il y a une sélection qui se fait, très large au début, et qui se resserre de plus en plus. Un fan-producteur peut s'inscrire à partir de 18 ans, n'importe qui peut s'inscrire pour investir sur un artiste de son choix, reprendre ses sous et les mettre sur un autre artiste tant qu'il n'est pas arrivé à 50 000 €, ou même demander le remboursement. Sur un artiste, on peut investir entre 10 et 3000 € maximum. Ces limites existent pour éviter qu'un artiste soit produit par deux personnes. Le but, c'est qu'un artiste fédère énormément de fans autour de son projet. Ça c'est la première étape.

Et pour la partie musique, il y a une sélection artistique qui est faite, un comité de sélection, tous les mois, qui se réunit, qu'étudie chaque demande, et prend le temps de répondre à chaque demande faite sur la plateforme. On étudie, on regarde le MySpace, on prend du temps, on fait une réponse à chaque personne qui s'est inscrite sur le site.

Mais vous n'avez pas de critères ? De genre notamment.

Aucun critère de genre. On cherche avant tout une composition artistique cohérente. Y'a un style qu'on ne prend pas, c'est la musique classique, parce que c'est un milieu très particulier et qu'on a pas la structure pour accompagner quelqu'un en classique, mais sinon on prend tous les styles de musique.

On recherche avant toute chose un projet qui soit cohérent, que la personne ait réellement envie de faire le métier, parce que derrière, c'est un boulot à plein temps. On recherche des personnes avec des enregistrements, quand même de bonne qualité, car il faut que les fans-producteurs puissent juger et investir sur des artistes qui ont un projet cohérent, avec de la musique de qualité.

Après, on est quand même vraiment assez large, comme vous pouvez le voir sur le site. Le premier artiste produit, c'était Naosol, produit par 694 fans-producteurs (NDLR : contre 249 pour MattRach), un artiste qui s'est fait connaître en faisant des reprises de Haddaway, de "What Is Love", et il avait déjà un demi-million de visites sur Dailymotion. C'est pas MattRach non plus (NDLR : près de 30 millions de visites sur YouTube), mais à l'époque, c'était quand même quelqu'un qui avait créé son petit buzz, il faisait des reprises en noir et blanc avec un de ses compères, et les gens ont suivi. Donc c'est vraiment un artiste issu du Web, qui lors de plusieurs interviews et des chats réalisés avec des fans-producteurs, a dit clairement que sans Spidart, il serait jamais allé voir une maison de disque. Donc c'est faire émerger les talents du Web, pébliscités par les gens, donc ce qu'on cherche, c'est un projet, juste un projet, et après le talent, le potentiel, c'est au public de choisir, c'est « You are the label » notre "baseline", et pour nous, c'est important que ce soit le public qui choisisse.

Spidart MattRach

Combien de temps a pris Naosol entre son inscription sur Spidart et le moment où il a réuni 50 000 € ?


Six à huit mois.

Il est arrivé dès le départ ?

Non, il est arrivé après.

Les débuts n'ont pas été difficiles pour Spidart ?

Comme toute start-up, au début, c'est pas simple. Nous, on a eu la chance dès le début d'être très proche de notre communauté, rencontrée lors de concerts. Nous sommes différents de nos concurrents, on a produit déjà six concerts l'année dernière, des concerts où on a pu faire découvrir des artistes.

On a fait notre premier concert au Transbordeur à Lyon, qui était le premier concert en France en transfert direct sur Internet. Cela a permis de souder la communauté, et de permettre aux gens de rencontrer les artistes en "live", et même des fois de les rencontrer. Naosol n'était pas encore produit, il a été produit juste après, c'était en mars de l'année dernière. Les concerts, c'est quelque chose qui nous tient à coeur, et les rencontres avec les fans-producteurs en réel... Par exemple, pour notre showcase de Naosol, qui a eu lieu le 2 mars, y'a des fans-producteurs qui ont fait le déplacement de Chalon-sur-Saône, qui ont pris un jour de congé, qui ont amené 4 personnes.

La réussite, c'est de voir le fan-producteur qui se rend compte que l'artiste est sur scène grâce à lui, et rien que de voir le bonheur et l'engouement qu'il y avait autour, des fans-producteurs qui étaient présents, la salle était blindée : on leur a donné le CD en avant-première, des goodies, etc., et ils étaient heureux. Y'a un fan-producteur qui est venu d'Orléans, il était là toute la nuit, il n'est même pas allé à l'hôtel, tellement il était surexcité d'avoir vu Naosol jouer, grâce à lui. Pour nous, c'est notre plus grande réussite, c'est de voir les fans-producteurs, réconcilier les gens avec la musique.

Que se passe-t-il après les 50 000 € atteints, notamment en ce qui concerne la distribution et la promotion ? Vous avez signé avec EMI c'est ça ?


Alors, nous, on a été le premier label à avoir signé avec EMI Publishing, donc c'est pas une major, on a pas signé avec la maison de disque (NDLR : EMI tout court), on a signé avec le Publishing, qui permet de gérer les droits SACEM de l'artiste, et de s'occuper des synchros télé et radio. Déjà, EMI Publishing nous suit ou pas, c'est un choix de leur part, ça s'est fait pour Naosol, ça ne se fera pas pour Xavier V Combs (NDLR : le deuxième artiste produit par Spidart). Ce qui se passe... je vais prendre un exemple : les Daft Punk, c'est quand même un groupe mythique français, c'est un groupe qui a énormément d'argent, ils n'ont pas besoin de passer par une major pour la production de leur album, ils font eux-mêmes leur album, ils le proposent, ils le distribuent eux-mêmes, mais, il faut quand même signer une licence chez EMI Publishing, pour que les droits soient bien gérés. Donc voilà, on a aucun lien avec une major.

La précision devait être faite.

C'est très important. Ensuite, on a un distributeur, pour le premier album de Naosol, et sûrement le deuxième, on est distribué par Discograph. C'est le distributeur de The Do, Cocoon, AaRON, donc c'est le meilleur distributeur indépendant. MyMajorCompany est avec Warner. Nous, c'est vraiment notre marque de fabrique d'être indé.

Ensuite, pour tout ce qui est promo, on travaille avec Music Media Consulting, qui s'occupe de la promotion d'artistes comme David Guetta, Wu-Tang Clan, Yael Naim (NDLR : mais aussi certains titres d'Air, Armand Van Helden, Daft Punk, Moby, etc.), et va s'occuper en fait de "pluguer" les titres sur la radio, c'est-à-dire de présenter les titres de l'artiste aux programmateurs de radio, pour qu'ils puissent diffuser et faire connaître au plus grand nombre le titre. Par exemple, c'est Music Media Consulting qui a mis Yael Naim sur NRJ, ce qui l'a fait connaître après. Donc la notoriété va se passer à ce niveau là.

Ça va se passer aussi au niveau du Web, les fans-producteurs sont les premières personnes à défendre le projet de leur artiste. Nous, on ne gagne pas de l'argent sur les internautes – il n'y a pas de pub sur notre site, et on a des frais de structure – on gagne de l'argent avec les internautes, c'est-à-dire que quand l'album va sortir, semestriellement parlant, il va y avoir un retour sur investissement, et on gagne 30 %, le producteur 35 % et l'artiste 35 %. C'est beaucoup plus équitable, l'artiste gagne 25 points de plus que ce qu'il aurait pu gagner (NDRL : sous-entendu, chez une major). Il n'y a plus aucun nouvel artiste en développement, les majors préfèrent mettre de l'argent sur un Johnny que développer des artistes qui ont du talent et faire émerger de nouvelles personnes. Pour la promo sur le Web, on compte beaucoup sur l'engouement des producteurs et de la communauté.

D'ailleurs, Spidart est-il viable financièrement à l'heure actuelle ?

Spidart est assez viable financièrement, aux vues des projets qui vont arriver, six projets (NDLR : les six albums déjà produits et donc à venir), deux artistes financés en un mois (NDLR : MattRach et Jessica Marquez), Jade qui a plus de 26 000 €... On gagnera en même temps que tout le monde. Au début, ce sont des Business Angels qui nous ont financés, on va lever de l'argent, et on est à la recherche de fonds d'investissement, ces derniers étant très intéressés, puisque le concept est validé et marche, donc il n'y a aucun souci pour trouver de l'argent.

Pensez-vous que Spidart est le futur pour les artistes, et pourrait même à terme tuer les majors ?

(Rire) On n'a pas cette prétention-là. Dans tout le chamboulement de l'industrie de la musique, on pense être une réponse, et non pas LA réponse. Y'a pas mal de sites qui sont nés, puis qui ont disparu. Pas mal de sites qui naissent et qui partent...

C'est normal...

Naosol Spidart En tout cas, le Net, a déjà fait émerger des talents, comme Kamini et les Artic Monkeys, qui ont été repris par des majors... Nous, ce qu'on pense clairement... c'est le public qui choisit, c'est "You are the label", et c'est le public qui fait ou ne fait pas un succès. Et si le public a pébliscité autant MattRach – MattRach a publié une vidéo ce matin (NDLR : il y a deux jours) de remerciement, qui va être publiée sur Spidart, on attend qu'il ait fini les visuels qu'il veut, et la teinte qu'il veut donner sur sa page, car on travaille avec lui et on ne fait pas des choses sans lui demander, ce que font les majors – je pense clairement que les artistes en développement, c'est-à-dire un artiste qui n'a pas été signé avant, qui a créé un buzz, et qui a une certaine notoriété, comme MattRach... Il a déjà créé son propre univers, il a déjà une aura, il a déjà quelque chose sur le Web, il a déjà une image.

Mais MattRach est une exception...

Oui, mais pour finir sur lui, il a fait une vidéo (NDLR : où il remercie, assez éméché, les internautes producteurs pour leur soutien), et nous on le laisse faire ce qu'il veut, comme il est, et c'est le public qui l'a pébliscité pour ça. Si on sortait un album, qui serait formaté sur autre chose ou quoi que ce soit, et c'est souvent ce que faisaient les majors, elles prenaient un artiste et lui disait « bah toi maintenant tu vas chanter du rap, parce que je te vois bien faire du rap, c'est la tendance du rap ». Ce que je veux dire, c'est que les artistes sont soutenus par le public, et ils restent ce qu'ils sont. Quand je vois la vidéo qu'a faite MattRach ce matin, ça aurait été censuré ailleurs. C'est génial ! C'est lui-même.

Après, les majors dégraissent pas mal en ce moment... Après, s'il y a un sujet qui me tient un petit peu à coeur en ce moment, c'est la loi Hadopi. Notre positionnement par rapport à ça, si on veut être un peu critique, c'est que l'industrie musicale est un peu personnifiée par Pascal Nègre, et ce personnage est un peu une caricature des majors, puisqu'il freine des quatre fers pour pas passer sur le numérique, alors qu'on y est déjà. Et il y a une personne, alors qu'en face, il y a des millions d'internautes... Le seul point où on se rejoint avec les majors, c'est qu'on sait qu'une oeuvre a un prix, et ça je pense qu'on est les mieux placés pour dire que les internautes ne sont pas des pirates, et que les internautes ont tout compris puisqu'ils paient même avant que la création soit faite. Donc qu'on dise que tous les internautes français sont des pirates, qu'on va couper les hotspots Wi-Fi, faut qu'ils arrêtent de télécharger, c'est pas en fliquant les gens qu'on va changer les choses. Je pense qu'il faut faire place aux nouveaux modèles, place aux choix du public, place aux nouveaux modèles de diffusion, et place à la musique.

D'ailleurs, Naosol et MattRach ont répété plusieurs fois qu'ils ne voulaient pas passer par des majors, et qu'un site comme Spidart était tout ce qu'ils recherchaient...

Par rapport à ça, MattRach, justement, il a souhaité ne pas aller sur MyMajorCompany, parce que pour lui, c'est un modèle de Major. Eux, ils se revendiquent clairement comme la Star Ac' du Web, ils ont un positionnement de Major, c'est MyMajorCompany, ils ont pris un modèle Major et ils l'ont mis sur le Net... ils ont de Net que le financement, clairement, ils fonctionnent comme une ancienne Major. Nous, c'est vraiment ouvert. Les artistes qui ont été pébliscités : Naosol, un artiste folk qui chante en anglais, c'est pas un artiste mainstream qui chante de la variété française, Xavier V Combs, c'est un artiste qui est bourré de talent, qui n'a pas même pas de cases musicales tellement elles sont différentes, Anesa, c'est un des groupes qui est depuis le début sur Spidart, Jalane, c'est une artiste, une ancienne de maison de disque...

Oui, elle est connue...

Elle a été connue, elle a eu un succès, elle s'est dit « non, non, moi, les majors, je les connais, je préfère avoir une équipe soudée, une équipe qui a envie de recréer, de faire de la musique pour la musique, et une équipe soudée derrière, qui veut vraiment faire le plus beau projet »...

On accompagne l'artiste, on donne tous les outils, on a le même réseau que les majors, on travaille avec des réals qui ont fait, rien que pour l'album de Naosol, le mastering est parti là où Ben Harper a fait le mastering de son album. Xavier V Combs, le réal (Sterve Forward), c'est celui qui a fait Ray Charles, Elton John, etc. Le batteur (Ian Thomas) est celui de Paul MacCartney, enfin bon... on travaille vraiment avec les mêmes acteurs, on leur apporte ça, on leur apporte aussi la possibilité de faire le projet qu'ils veulent, pébliscité par le public, et en plus le public aide à la conception de l'album ! Donc forcément c'est que l'album à l'arrivée va être acheté, c'est le public qui décide au début, et qui va acheter à la fin. On remet le consommateur au centre. Le consommateur devient un consommacteur, et pas juste un diktat d'une maison de disque, en disant demain, je veux que ce soit coloré, je vais mettre du Mika, je vais vous blinder de Mika, et vous allez tous écouter Mika.

Deuxième partie de l'interview

Cela a-t-il été facile de lier des relations avec les professionnels de la musique et vos partenaires actuels ?

Au début, il faut toujours faire ses preuves. Maintenant, on a une certaine image, certains artistes nous appellent pour travailler avec nous, car ils savent comment on bosse, ils savent qu'on est franc, on est demandé. Par rapport aux personnes qui travaillent déjà avec les majors, eh bien cela les intéresse de travailler avec des artistes qui émergent, et produire à nouveau de la musique, parce que y'a de plus en plus de CD qui arrivent en radio, en auto-prod, car il y a plein de moyens qui permettent eux-mêmes de faire des CD. Mais il y a de moins en moins de structures derrière accompagnantes. C'est un métier. Faire de la musique, c'est une machine derrière, y'a plein de gens qui travaillent dans plein de postes différents. Donc ils sont très heureux de trouver une structure réelle qui accomplit tout ça, et qui met en place les professionnels qu'il faut, et sont très contents, pour certains spécialistes, de retrouver des gens passionnés de musique, qui ont envie de faire de la musique, pour la musique.

Combien de temps prend un album pour sortir après les 50 000 € atteints ? Cela dépend certainement des artistes...

Voilà, tout dépend de l'artiste. Naosol était pébliscité par le public, il avait écrit deux chansons. Il n'avait jamais, jamais jamais jamais composé, il savait pas comment composer. On fait rencontrer à chaque fois plusieurs personnes, plusieurs réalisateurs pour l'album, mais on laisse le choix à l'artiste. Voilà, on lui dit « t'as envie de travailler avec qui, avec qui tu te sens le mieux ? ». Naosol, par exemple, a créé avec Waxx – c'est Naosol & The Waxx Blend maintenant – a co-composé avec Waxx, a écrit avec Waxx... Donc là, ça a pris plus de temps, ça a pris à peu près un an, ils ont composé les chansons, écrit l'album, enregistré l'album, pour que cet album sorte fin mars. Après, tous les projets sont différents. Xavier V Combs, il avait plein de chansons et avait déjà composé, donc on a dû arranger, réenregistrer, pour un album qui sortira juste après celui de Naosol.

Comment a été fixée la somme de 50 000 € ? Je suppose qu'il y a des calculs précis, mais d'autres sites demandent 70 000 €, ou Sellaband qui demande 50 000 $...

50 000 €, si on mettait plus, au début, ça aurait été un budget inatteignable, sachant, je tiens à le préciser, qu'on a rajouté de l'argent aux 50 000 € de Naosol. Le label a participé à d'autres frais.

D'un ordre élevé ?

On a rajouté 30 à 50 000 €.

Quand même !

C'est important pour l'artiste, pour les fans-producteurs, pour tout le monde. Ça arrive qu'on rajoute de l'argent. Ça c'est la première des choses. La deuxième, c'est que si on avait mis 200 000 € comme budget... par exemple, l'un de nos confrères, qui s'appelle NoMajorMusik, a demandé 200 000 € pour produire un DVD. Par exemple, nous on sait ce que ça vaut, c'est le DVD d'une personne connue (Mademoiselle K). C'est pour financer leur prestation live à l'Olympia. Donc si on avait mis un budget trop haut, d'un seul coup, on aurait pas atteint rapidement la somme, ce qui aurait fait que l'artiste et les fans-producteurs auraient pas encore validé le concept, et ça aurait été compliqué. C'est vrai qu'avec MattRach, on aurait pu demander 100 000 €, je pense qu'il aurait été atteint. Il fallait mettre des barrières au début, et pas trop hautes. Surtout, le chiffre de 50 000 € permet de quoi faire un beau projet. On a calculé, ça a été validé par plusieurs personnes de l'industrie musicale, pour faire un beau projet, quelque chose de vraiment bien. Le budget parfois ne veut pas dire grand-chose. Yael Naim a enregistré son album dans son salon...

Donc voilà, c'est important de mettre le budget là où il faut. S'il y a un artiste qui a déjà ses compositions, on mettra peut-être plus de budget en marketing. On module le budget en fonction de ce qu'il faut. Il y a pas de choses à faire (réaliser un clip, etc.) à rentrer dans le budget. Après, il y a d'autres choses qui coûtent 70 000 €, je pense même qu'ils (MyMajorCompany) vont passer à 100 000 €, c'est possible pour eux.

Oui mais vous, vous avez PC INpact, c'est mieux ;)

(Rire). Nous, on croit en la force d'Internet. On n'est pas sur la même. (longueur d'onde). Artistiquement parlant, ils ont de très bons artistes, tous leurs réseaux qu'ils peuvent avoir, média, presse, industrie musicale... nous on croit beaucoup plus au pouvoir de la communauté. Les emails qu'on reçoit nous font chaud au coeur, comme « Merci d'avoir créé un site comme ça... vous êtes là pour consolider les relations entre les fans et les artistes... ». Les emails qu'on reçoit, c'est dingue. Ça, c'est notre première fierté. La deuxième fierté, c'est d'avoir réussi à produire MattRach en quelques jours, alors que MyMajorCompany eux, l'ont fait en 3 jours (NDLR : pour Grégoire), mais avec une télé, avec Capital, nous, on a eu aucune télé, y'a eu aucun relais (NDRL : ou presque). On est fier d'avoir une communauté, on est fier d'être sur le Web.

MattRach, il a fait 20 000 € en une journée non ?

Il a fait 20 000 € en une journée oui.

Pourquoi, d'ailleurs ?

En fait, je peux vous dire, c'est par palier. Les gens s'emballent. Jalane a fait pareil, 20 000 € en une journée (NDRL : contre 30 000 € en 18 jours). Y'a eu un sentiment d'engouement. Quand ça passe une certaine période, ça grimpe vite, les 30 à 40 000 se passent vite. On a même des gens, le lendemain matin, ils ont vu que ça montait, à 38/39 000, ils ont absolument voulu mettre de l'argent, leur PC ne s'allumait pas, ils sont allés dans un cyber-café pour investir.

En fait, peut-être que les producteurs sentent le bon coup, et se disent qu'il leur faut absolument des parts...

Voilà. Et après ça part vite.

On voit quand même que certains prennent le maximum, c'est-à-dire les 300 parts, soit 3000 €.

Oui, y'en a qui prennent ça aussi.

Enfin, j'en ai vu quand même un grand nombre, et je ne pense pas que ce soit juste que des fans. C'est un peu spéculatif...

Oui, c'est un peu spéculatif, après, on ne peut pas empêcher les gens de vouloir spéculer. Clairement, la position de Spidart, c'est pas "vous allez absolument gagner de l'argent", je pense que le positionnement comme MyMajorCompany "mettez de l'argent sur les artistes, vous allez gagner de l'argent" est faux. C'est pas déjà, d'une, ce que recherche le public, ils recherchent un lien avec l'artiste et le soutien. Ce qui ont mis de l'argent sur MattRach vont aller assister à un concert gratuit, peut-être même deux, comme on a fait avec Naosol, ils ont droit à un CD collector, avec tous leurs nom dedans... C'est une relation différente. C'est pas mettre de l'argent sur l'artiste et gagner de l'argent. C'est vraiment réducteur, et je ne pense pas que c'est ce que les gens cherchent.

Bon, s'ils peuvent avoir un retour sur investissement, c'est intéressant, mais faut pas tout réduire à ça. On a rencontré plusieurs fans-producteurs, y'en a même un, pour Naosol, qui nous a dit « Non non, je m'en fous qu'il passe sur NRJ, je veux le garder pour moi, c'est moi qui l'ai découvert, c'est mon truc ». C'est un sentiment d'appartenance super fort, de se dire « Il en est là grâce à moi, je l'ai connu avant tout le monde », c'est ça qui intéresse les gens, c'est de vivre une expérience musicale. On n'est pas à la bourse. C'est pour ça qu'on a mis une limite à 3000 €. Ce qui est intéressant, c'est qu'il y ait plusieurs fans-producteurs qui le soutiennent, qui lui donnent la vie. S'il n'y avait que 3 personnes qui produisaient un artiste, ça ne serait pas intéressant !

D'ailleurs, pour un retour sur investissement, il faut combien de ventes ?

À partir de 30 000 ventes, vous atteignez le point mort à peu près.

Sans rapport avec la question précédente : c'est peut-être trop indiscret, mais qu'est-ce qui est fait de l'argent quand les 50 000 € ne sont pas atteints ?

Non, ce n'est pas du tout indiscret, là-dessus, on est totalement transparent. Ils sont sur un compte. Un compte qui n'est pas du tout bloqué, on ne fait pas travailler l'argent, on est sur le Web, ce genre de nouvelle irait très vite, et on ne souhaite pas du tout ça. Tout simplement parce que l'argent peut être retiré à tout moment. C'est-à-dire que si vous nous demandez un remboursement, on vous rembourse sous 30 jours maximum. Dès que la somme atteint 50 000 €, l'argent va sur un compte dédié à l'artiste et sert à régler toutes les dépenses, du stickers pour les goodies au batteur qui vient de l'Angleterre.

Les 50 000 € ne sont pas donnés à l'artiste, il ne peut pas partir avec...

Non non ! Il peut y avoir une avance pour l'artiste, sur les ventes, si l'artiste a besoin d'argent pour vivre, et l'intérêt, c'est qu'il fasse le meilleur album possible.

MattRach va faire un double-album. D'ailleurs, c'est le seul à le faire il me semble. Est-ce que vous avez des limites concernant les morceaux ?

On met aucune limite à nos artistes, à part les limites budgétaires. Après, MattRach, c'est le premier artiste de Spidart, et je pense même le premier artisté financé par les internautes, à faire un double-album.

MattRach, qui a énormément apporté à Spidart... Son arrivée a certainement eu des conséquences sur votre nombre de visiteurs.

D'habite, on est à plus 5/6000 visites par jour. Normalement... Là, avec le buzz MattRach, à mon avis, on va doubler ou tripler. On a eu cinq à six fois plus de créations de comptes pendant la vidéo de MattRach. Et on est à peu près à 200 000 visiteurs uniques par mois.

Outre une bonne publicité, MattRach a aussi rapporté à Spidart des investisseurs étrangers. On peut le voir sur son forum (sur Spidart), avec de nombreux messages en anglais. Comment sont gérés ces investisseurs ? Sont-ils nombreux ?

Eh bien, on a déjà eu des investisseurs étrangers sur le projet de Naosol. Une Chinoise, et une Québécoise. On a pas mal de Québécois sur Spidart. On a des Belges. On a des Suisses. Y'a un groupe suisse qui s'appelle TAFTA, qui ramène beaucoup de Suisses. Et là, c'est vrai que MattRach en a ramené pas mal. Sur la redistribution des gains, on va se pencher dessus pour voir comment on va pouvoir faire ça le plus simplement possible.

Merci Maxime.

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