Deezer s'explique sur les restrictions d'accès territoriales

Après le Deezer, l'addition 191
Contacté,  Jonathan Benassaya, cofondateur de Deezer.com, a accepté de nous éclairer sur les dernières modifications apportées à la plateforme très populaire.

La mise à jour en ligne depuis hier a été à la fois cosmétique et technique. Pour la partie cosmétique, on nous indique qu’il s’agit là des derniers ajustements avant la sortie d’une future nouvelle version, tablée avant la fin du premier semestre. Mais les modifications ont concerné aussi l’accès qui repose maintenant sur une inscription obligatoire, et une gestion des droits sur laquelle se concentre le maximum de critiques. Les utilisateurs se plaignent en effet de la disparition de nombreux artistes dans leurs playlists, constituées au fil des mois...

deezer musique Jonathan Benassaya

Une inscription devenue obligatoire mais utile

Comme nous l’indiquions hier matin, Deezer impose aujourd’hui une inscription préalable pour accéder à son contenu. Les explications de Jonathan Benassaya partent d’une double approche : « Il y a l’approche négativiste, où l’on dit : ‘oui, on va fliquer les utilisateurs pour mieux leur balancer des messages publicitaires’. J’ai envie de dire, hélas, oui ! Mais la réalité, c’est aussi que dans le nouveau Deezer il y aura surtout beaucoup de profiling qui va être mis en place aussi bien en termes de découverte musicale, de suggestions d’amis, de smartradios, etc. Les algorithmes qui travaillent sur la suggestion ont besoin d’énormément de données en amont pour être fiables. Avec la nouvelle version, nous profiterons de 4 mois d’historiques ce qui nous permettra de construire un bon modèle de suggestions. »

Sous le capot du moteur du site, la démarche fut la suivante : « nous avons ainsi tagué la base en interne pour que certains groupes d’artistes soient associés à un genre particulier, ensuite, nous identifions les utilisateurs et derrière, on fait tourner les algorithmes. L’approche positive, c’est donc aussi de mieux proposer de la musique aux utilisateurs et de mieux cerner leurs goûts. »

Les titres grisés, une volonté des producteurs

Pour en revenir à l'accès, racine de nombreuses critiques sur le forum de Deezer, quantité de titres sont aujourd’hui en grisé : ils ne sont en fait accessibles qu’en fonction de la localisation géographique de l’utilisateur.

Un Deezernaute avec une IP bleu blanc rouge n’aura donc plus du tout les mêmes droits d’accès aux oeuvres qu’un Deezernaute belge, ou même vivant en France à proximité de la frontière puisque la localisation par adresse IP est imparfaite.

Comment expliquer ces restrictions ? « C’est une des rançons de notre succès, insiste Jonathan Benassaya. Étant donné que Deezer a une diffusion sur autant de pays, nous avons les maisons de disque nous ont imposés le « géoblocking ». Des catalogues ne sont pas disponibles sur certains territoires et nous avons travaillé pendant 6 mois sur la mise en place d’une base fiable. Les autres plateformes ont une base par pays, Deezer a fait le choix d’une seule base pour le monde entier. Désormais, cette base reflète à 100% les droits. Deezer est le premier site au monde à proposer une telle  solution d’accès au contenu fiable et validée par l’industrie. »

deezer musique Jonathan BenassayaTout n'est pas si rose : « Le point négatif, c’est qu’on se rend compte que des gens ne peuvent plus accéder à certains titres de leur playlist. C’est pour cela que nous avons lancé un nouveau mode, la smartplaylist qui permet d’écouter ces titres mais sous forme aléatoire. Plus tard nous y proposerons des titres absents des playlists mais en concordance avec les choix. » Mais là encore ce sont les ayants droit  qui ont imposé ce nouveau système de lecture aléatoire.

Deezer risque-t-il de perdre ses charmes ?

Question cruciale : Deezer ne prend-il le risque de perdre de son charme ? « On parle de très peu de playlist, on parle principalement des petits labels, des agrégateurs américains qui n’ont pas de droit sur la France... Dans notre stratégie d’évolution des catalogues, au fur et à mesure qu’on signera avec eux, les problèmes seront réglés » tempère le cofondateur. Un problème passager donc ?

Le choix de certains groupes réfractaires à la diffusion en numérique comme ACDC, Led Zeppelin amplifie le manque mais Brel et d’autres grands noms ont bien disparu lors de cette mise à jour, du moins selon le pays identifié par l’adresse IP de l’utilisateur.

Rassurer une industrie en crise

Deezer admet que la situation n’est pas simple, mais qu'il est nécessaire de « rassurer aussi l’industrie sur notre capacité à respecter les contrats. Et cela permet de rentrer plus facilement en contrat avec d’autres sociétés qui étaient réfractaires ». Il y a donc aussi des côtés positifs à l’instauration de frontières, au-delà de la grogne des internautes depuis ce fameux lundi 9.

Autre question : pourquoi griser les titres (on ne saura pas le nombre exact) et non pas les supprimer de la base ? N’est ce pas un facteur supplémentaire de frustration ? « Etant donné qu’à chaque artiste est associé une fiche avec un album, une discographie, une biographie, des groupes de fans…nous avions deux possibilités : soit nous supprimions complètement les artistes et on créait une frustration. Ou alors on supprimait l’accès, tout en laissant le contenu en termes de commentaires, de discographie, etc. On a fait ce choix là ». Voilà pourquoi les Deezernauts se retrouvent avec des artistes listés mais inaudibles... La démarche peut aussi s’analyser comme un coup de pied dans le coffre des producteurs pour les inciter à ouvrir les vannes face au torrent de réclamations…

« On a tous envie de dire qu’avec Internet il n’y a plus de frontière, sauf que l’industrie de la musique raisonne encore en terme de territorialités. On a besoin de rassurer cette industrie car sans eux on ne peux pas vivre » insiste Jonathan Benassaya. « En effet, des Deezernautes ne sont pas contents, c’est normal, mais de l’autre côté il faut que Deezer puisse grandir et qu’on reste encore le bon élève et tant qu’on sera comme cela nous pourrons avancer avec l’industrie. Cette industrie ne va pas bien et dans pareille situation, nous devons les accompagner. La mise à jour au final est aussi de bon augure pour le développement du site et de la société. »

Des restrictions qui peuvent inciter au téléchargement illicite ?

Reste un hic et de taille : les loyaux services de Deezer ont maintes fois été vantés par Christine Albanel lorsqu’elle parlait de l’accès à l’offre légale comme arme contre le téléchargement illicite. De même l’année 2009 s’annonce sombre pour les ventes de CD.

Dans cet environnement, ne faut-il pas craindre que les restrictions imposées par les producteurs n'incitent l’utilisateur à user et abuser de Bittorrent ou RapidShare ? « il y a des choses qu’on pouvait se permettre quand on était petit, aujourd’hui non » avoue le cofondateur de la plateforme qui fait référence à la faculté laissée un temps aux utilisateurs d’uploader tout et n’importe quoi sur l’ancien index, même des albums non ouverts aux droits numériques. « Nous ne sommes pas un site d’UGC (ndlr : User Generated Content) où il y a une zone grise où on ne sait pas s’il y a des droits ou pas. Nous, nous ne pouvons pas nous permettre de ne pas avoir de contenus 100% licites. On est obligé de respecter tout à la règle et de travailler en bonne intelligence avec la musique. »

Une année 2009 décisive

L’année 2009 sera ainsi décisive en termes de modèle à définir : de la publicité audio, le plugin sur iPhone, etc. Le challenge est ainsi de trouver un équilibre et des modèles rémunérateurs qui plaisent aussi à l’internaute. Pour la publicité audio – un choix mis en route prochainement - les choses seront simples : « On va diffuser une publicité audio tous les X morceaux, le X est en train d’être défini. Ce pourra être une publicité pour un annonceur, pour Deezer ou un évènement ». Pas question également de faire de la publicité pour le kilo de carotte vendu au supermarché du coin, Deezer promet une approche « premium » par rapport à la cible. Là encore les algorithmes devraient jouer leurs bons offices.

Derniers détails : l’impossibilité d’exporter les morceaux pour son blog n’est que temporaire. Un bug empêche aussi de reprendre un morceau à l’endroit d’une pause, contraignant l’utilisateur de repartir au début du titre. Il a été signalé et corrigé voilà quelques minutes.