P2P : l'Australie va tester le filtrage du trafic Bittorrent

Stephen Conroy, presque une contrepèterie 180
xavier niel filtrage nadine morano filtrageLe filtrage s’incruste décidément dans les modes de vie numérique en Australie. Dans un blog destiné à jouer la courroie de transmission entre la société civile et le politique, et pointé du doigt par TorrentFreak, un internaute soulignait - sans aucune imagination particulière – la particulière inutilité du filtrage d’Internet au pays des kangourous. Selon les premiers éléments, le filtrage à la sauce australienne qui doit être testé en cette fin d’année, ne visera que le protocole HTTP par une liste noire, et donc n’arrêtera pas le peer-to-peer et le trafic Bittorrent. Dès lors pourquoi s’embêter à vouloir le mettre en place ?

Réponse illuminée de Stephen Conroy, ministre des Communications et de l’Économie numérique – un croisement improbable entre Albanel, Besson, Morano et Alliot-Marie - : « Le gouvernement sait que le filtrage au niveau des FAI n’est pas la solution miraculeuse. Nous avons toujours considéré que le filtrage à ce niveau comme une des briques d’une plus vaste initiative pour protéger les enfants en ligne » Le premier ministre poursuit : « la technologie ne cesse de s’améliorer. Celle qui filtre le P2P et le trafic Bittorrent existe et il est d’ores et déjà prévu que son effectifivité soit testée dans un projet pilote ».

Comme le rappelle le site Ecrans.fr, l’écrémage du web australien devrait se faire par une double couche d’actions : une première doit protéger les enfants (porno, violence), et sera donc désactivable par les adultes. Une seconde sera imposée à tous les internautes australiens afin de bloquer les contenus illicites « mais aussi d’autres contenus indésirables ».

Pour rajouter un peu de piment, il suffit de lire le site de l'EFA (Electronic Frontiers Australia) :  on ne sait plus ou moins rien des modalités pratiques de ce filtrage, notamment  sur l'identité de celui qui sera chargé de considérer tel contenu comme inapproprié, qui gérera la liste noire des sites web inaccessibles, comment un site illégitimement ajouté à cette liste pourra en être retiré, etc.

Des questions qui sont également d’actualité dans notre pays alors que la France a lancé l’engrenage du filtrage des sites pédopornographiques, en prenant le soin extrême de  laisser aux FAI le soin de trouver les modalités pratiques de la mesure.

Le filtrage protocolaire a déjà été évoqué dans le rapport Olivennes – du nom de l’ancien patron de la FNAC – et qui a servi de fondement aux Accords de l’Elysée, socle du projet de loi Hadopi. Dans ce rapport, l’actuel patron du Nouvel Obs indiquait que le filtrage de protocole de ports, sites ou protocoles « permet une action ciblée efficace ». Mais la mission reconnaissait qu’il « peut induire, notamment le blocage éventuel d’échanges de contenus légaux ». Une manière délicate de souligner que filtrer le P2P peut frapper les initiatives comme Jamendo, Skype, les diffusions par les éditeurs de jeux vidéo, etc…

« De nombreuses questions sont soulevées dès lors qu’il s’agirait de procéder à un déploiement relativement généralisé et donc lourd : quelle architecture (au cœur du réseau ou au plus près des nœuds de raccordement des internautes) ; quels coûts réels d’investissement et d’exploitation ; quel effet sur les comportements des internautes (chiffrement, techniques d’anonymisation…). Leur utilisation requiert donc une réflexion plus approfondie et une mobilisation des ayants droit » reconnaissait Olivennes.