Facebook Connect : une nouvelle carte d'identité numérique ?

Pratique, à condition de blinder la sécurité 29
facebook nouveauDepuis des années, les utilisateurs doivent composer avec différents comptes connectés, donc différents profils. Qu’il s’agisse d’un compte Live ID de Microsoft ou d’un compte Google, ils ont tôt ou tard affaire avec la redondance des informations. Mais le « graal » pourrait peut-être venir d’un concurrent : Facebook.

Facebook a présenté aujourd’hui son programme Facebook Connect, et il est évident que beaucoup d’internautes y seront confrontés rapidement. Il s’agit d’un modèle d’échange de données avec des partenaires. Le compte Facebook devient l’identité principale, et Connect se comporte alors un peu comme Open ID. La finalité est que l’utilisateur va se servir de son compte Facebook pour se connecter sur d’autres sites.

Une véritable carte d'identité pour le Web

Le compte devient une sorte de carte d’identité numérique. Sur un site comme Digg, partenaire de Facebook pour l’occasion, il n’y a donc plus besoin de créer un compte séparé. On se sert de son identifiant Facebook, et on vous demande alors si vous autorisez la connexion. Les informations dont aurait besoin Digg, comme l’adresse email, ou le prénom, sont alors puisées directement dans le compte Facebook.

Se pose dès lors le problème immédiat de la sécurité, domaine dans lequel Facebook se bat pour redorer son blason après la polémique des applications aux prérogatives un peu trop larges. La société indique en première ligne de défense que les sociétés tierces sont « soigneusement autorisées » à rejoindre le programme Connect. Ensuite, l’utilisateur aura toute latitude pour définir quelles sont les données qu’il souhaite partager et celles qui doivent rester secrètes. On peut bien sûr se poser la question des compétences des internautes en la matière, car beaucoup n’auront pas l’idée que Facebook puisse être un outil aussi sérieux.

D’ici quelques semaines, Facebook Connect sera actif, et plusieurs partenaires ont annoncé leur participation au programme : Movable Type, Amiando, CBS.com, CitySearch, CNET, CollegeHumor, Disney-ABC Television Group, Evite, Flock, Kongregate, Loopt, Plaxo, Radar, Red Bull, Seesmic, Socialthing!, StumbleUpon, The Insider, Twitter, Uber, Vimeo et Xobni. Avec des poids lourds comme Plaxo, Twitter ou Digg, on imagine sans mal les répercussions pour Facebook.

Davantage de pages vues = davantage de revenus publicitaires

Ces dernières se feront en termes « d’aura » puisque l’on parlera plus souvent du service, mais bien sûr aussi en termes financiers. Le programme Connect augmentera le trafic de Facebook et va donc générer davantage de revenus publicitaires. Il n’y a pas d’autre manœuvre davantage proactive pour la génération des revenus, mais la connexion des utilisateurs à de multiples autres services va fournir à Facebook une mine d’or d’informations sur les goûts des utilisateurs. De fait, les publicités affichées devraient s’en retrouver nettement plus précises, et certains n’apprécieront pas cette sensation d’espionnage.

L’autre conséquence de ce programme est une unification et une socialisation du Web autour des mêmes informations. Le programme Connect ne se contente pas de fournir une carte d’identité numérique, il permet aussi de reporter sur votre profil ce que vous faites sur les sites tiers. Rien ne vous empêchera par exemple d’inviter certaines personnes de votre liste de contacts à lire un article que vous venez de découvrir sur Twitter ou une vidéo insolite vue découverte sur CBS. À l’inverse, ce que vous envoyez vers Facebook répond forcément à une question : il n’y a pas de rapport automatique des activités tierces sur votre profil.

On retrouve les promesses du Web 2.0, mais accompagnées de toutes les interrogations que l’on imagine sur la sécurité ou sur les risques de dérives. Certes une interconnexion des services peut être utile et faire gagner du temps (si l’on est consommateur de ces services), mais autoriser une société à concevoir ses propres outils propriétaires pour gérer notre identité numérique donnera toujours des sueurs froides à certains.

Si vous vous demandez où est passé MySpace, c'est très simple : l'autre grand réseau social est un concurrent et va se lancer sur le même secteur. Et non seulement le programme de MySpace sera compatible avec Open ID, mais il sera en plus compatible avec Google Friend Connect, ce qui n'est pas le cas de Facebook. Il y aura donc bien une guerre des identités numériques. Attention aux personnalités multiples.