Interview : la lutte contre la contrefaçon sur PriceMinister

Vds iPhoune 1G, TBE, px à deb. 9
priceminister Benoit Tabaka, chargé des affaires juridiques pour PriceMinister, a publié voilà peu des données statistiques autour des mesures anticontrefaçons du site d’e-commerce. PriceMinister a mis en place un système d’alerte et de blocage des enchères présentées comme suspectes (par exemple : un particulier qui vend quantité de téléphones mobiles, ou des produits dont les tarifs ridicules font planer des doutes sur ses origines, etc.).

L’intéressé résume ainsi les conclusions d’une étude statistique réalisée au début de l’été pour les ventes effectuées au printemps : « 52% des produits bloqués l'étaient dans la rubrique "Mode et beauté" et 30 % dans la rubrique "Informatique et téléphonie". On apprenait également que les vendeurs qui voulaient proposer des objets contrefaisants s'alimentaient à 80 % sur Internet ». Voilà peu, il a publié sur son blog sur le e-commerce, le top 10 des produits les plus détectés en amont cet été, avant toute publication de l'annonce sur le site :

En juillet :
1 - Parfums
2 - Nike
3 - Apple Iphone
4 - Apple Ipod
5 - Seiko
6 - Microsoft
7 - Sony Memory Stick
8 - Adidas
9 - Converse
10 - Nokia

En août, le secteur du parfum reste en tête, mais on constate une remontée de l’Apple iPhone :
1 - Parfums
2 - Apple Iphone
3 - Microsoft
4 - Sony Memory Stick
5 - Burberry
6 - Nike
7 - Nokia
8 - Apple Ipod
9 - D&G
10 - Diesel

« Sur les 8 premiers mois de l'année 2008, les produits ou marques pour lesquels l'équipe anticontrefaçon a détecté (et donc supprimé avant leur publication) le plus d'offres portant sur des contrefaçons étaient l'Apple Iphone, les parfums, la marque Nike, l’Apple Ipod et Microsoft », conclut Benoit Tabaka.

Nous avons contacté ce juriste qui nous a fourni des éléments sur ces mesures de blocage.

PC INpact : Pouvez-vous nous décrire ces mesures de blocage en place sur PriceMinister ?

Benoit Tabaka : Nous allons regarder plusieurs éléments, c’est ce que j’appelle la détection de comportement incohérent, ou quelque chose qui n’est pas un comportement qu’on ne peut attendre d’un particulier. Par exemple, une personne qui vend un stock de produits identiques (55 téléphones Nokia N95), une personne qui vend un stock de produits non identiques (50 téléphones de marques différentes). D’autres indices vont reposer sur la récurrence : une personne vend un parfum, puis un deuxième, etc. Des mécanismes spécifiques détectent les mises et remises en vente des produits. Et tout cela est complété par des outils classiques sur les mots clefs.

Est-ce que ces mesures sont aujourd’hui juridiquement nécessaires ?

Aujourd’hui, si on part sur le terrain juridique, on avait le risque de ne plus être qualifié d’hébergeur. La tendance actuelle en matière des responsabilités des plateformes est donc de mettre en place des mesures appropriées. Pour répondre à cette question, pour nous, ces mesures sont nécessaires car nous sommes obligés sur le plan juridique. Au-delà, certaines de ces actions sont plus anciennes que les débats actuels, sur la responsabilité des hébergeurs mais remonte à 2002. D’autres ont évolué. C’est une volonté pour nous de protéger PriceMinister de ces risques mais également les acheteurs, tout comme les vendeurs, en raison des risques de concurrence déloyale.

N’êtes-vous pas pris entre deux contraintes, entre la volonté de blinder votre statut et le risque d’hémorragie, la fuite des clients potentiels ?


Dès lors qu’on met en place des mesures de filtrage, les gens partent ailleurs. Une personne qui est bloquée pour contrefaçon, elle le sait car on lui dit. Mais une personne qui met en vente 50 paires de Nike, elle a bien un stock chez elle ! Elle a engagé une dépense pour se procurer ces produits et elle doit bien en faire quelque chose. Je n’ai pas un seul utilisateur qui m’a dit « comment on fait pour détruire les produits ? » Ces personnes vont naturellement aller ailleurs.

Le jour où on a opté pour un durcissement des mesures, où on a coordonné ces actions, il est clair qu’on a vu un impact direct sur le nombre de produit à la vente, et derrière sur le nombre de ventes et donc sur le business. Nous avons fait le choix de dire que nous ne sommes pas une plateforme qui accueille ces produits-là.

Au lieu d’assumer des éventuelles condamnations et critiques utilisateurs, on préfère faire en sorte de tout éliminer. On ne fait pas un business sur ces produits-là. On a pris le risque d’assumer une moins forte croissance - ce qui n’a pas été le cas - plutôt que d’assumer une décroissance à N+x. Cela a augmenté la confiance du site, a réduit les réclamations.
À titre d’exemple, pour un million de produits vendus en 2006, il y avait 250 réclamations pour contrefaçon. Aujourd’hui, nous sommes tombés à 50 réclamations. Il y a un gain de confiance. Ce qu’on cherche à obtenir aujourd’hui, c’est que des mesures équivalentes soient prises par tous afin d’avoir un modèle économique cohérent.