Édito du dimanche : un seul être vous manque...

Mes agneaux, nous sommes le dimanche 7 septembre 95

Vous êtes-vous déjà demandé ce qui vous fascinait chez Google ? Ne mentez pas, c'est un péché. Je ne vous dis pas que vous l'aimez, je vous dis qu'il exerce un irrésistible attrait sur vous. D'ailleurs, si vous n'aimiez pas Google, il vous ferait certainement peur, ou bien vous le haïriez – ce qui revient à peu près au même. Pourquoi cette fascination ? La pureté de ses pages immaculées ? Sa toute puissance financière ? La vérité qui surgit dans ses réponses ? Son immarcescible ubiquité ?

L'ubiquité, tenez. Prenez Chrome. Ou bien Cuil avant lui. Ou Android, qui viendra. Parlez de Google. Durant une heure, un jour, ou une semaine, le monde gravitera autour de vous, surtout s'il existe une infime chance que son pouvoir soit augmenté. C'est un fait : Chrome a occupé le terrain la semaine passée, en continu, à tout instant. Est-il rapide ? Pas davantage qu'Opera. Est-il innovant ? Pas plus que Firefox. Est-il sûr ? C'est loin d'être sûr. Est-il partout ? Oui : il est partout.

Ce n'est pas Dieu qui a créé l'homme, mais l'homme qui a créé Dieu. - Voltaire

Que reste-t-il de Google ? Ses revenus miraculeux proviennent des liens sponsorisés, milliards de grenouillettes de bénitier murmurant, dans un brouhaha incessant : « Cliquez ici, c'est pour votre bien ». Google : son image s'imprime, tels de resplendissants vitraux, sur des millions de sites ou de blogs vénérant la multiplication de sa petite boîte de recherche. Google : ses adeptes peuvent se contempler et se retrouver en lui en se googlant (vous l'avez fait. Ne mentez pas, c'est un péché.) Aucun recoin de la planète n'échappe à son regard précis, qu'on espère pas trop scrutateur. Aucune langue humaine ne devrait être intraduisible pour le commun des mortels.

Google n'est plus Google Search, ni Google Mail, ni Google Earth, ni Google Translate. Google est une religion. Ne faites pas le mal, ce slogan, ainsi qu'un verset : « don't be evil », sonne comme l'homélie numérique moulant le destin parfait de centaines de millions d'internautes à la recherche, pourtant, on le sait, bien souvent, de contenu peu regardant sur la bonne morale. Ne mentez pas, c'est un péché.

L'absence c'est Dieu. Dieu, c'est la solitude des hommes. - Sartre

Google a ses prédicateurs, ses évangélisateurs, ses joyeux prêcheurs. Ses agnostiques, aussi. Ceux qui, par méfiance ou par défiance, nient ce monde parfait, ce monde blanc, où tout le monde sait tout sur tout, où tout le monde peut observer tout le monde et finira par connaître, un jour ou l'autre, tout le monde dans une réduction fantasmagorique des six degrés de séparation en un seul. Je ne sais pas pour vous, mais moi, Google, je m'en méfie comme des faiseurs de miracles, des donneurs de bons conseils, des gens qui savent toujours tout. Ces gens-là sont vite gonflants, et se retrouvent souvent seuls.

Nous sommes dimanche, braves gens. Profitez de ce jour de repos, continuez de prêcher l'INpactitude, ne faites pas le mal, cliquez sur les pubs – c'est pour votre bien. Et puis, peu importe Dieu.

Pourvu qu'on ait la foi.