Licence Chrome : Google tente de rassurer... en vain

De la rouille sur Chrome 113
Le Contrat de Licence Utilisateur Final (CLUF, EULA, End User License Agreement) de Google Chrome continue à faire couler encre et inquiétudes.

Comme nous l’indiquions, Google n’a pas fait dans la demi-mesure avec cette licence inévitable pour qui veut installer Chrome, le tout récent premier navigateur signé Moutain View. L’exemple qui revient systématiquement dans l’esprit des utilisateurs est celui situé à la section 11 de la licence d’installation : si en principe le créateur d’un contenu (un blogueur, un journaliste, etc.) conserve ses droits d’auteur « et tous les autres droits en votre possession vis-à-vis du Contenu que vous fournissez, publiez ou affichez », Google s’attribue mécaniquement « une licence permanente, irrévocable, mondiale, gratuite et non exclusive permettant de reproduire, adapter, modifier, traduire, publier, présenter en public et distribuer tout Contenu que vous avez fourni, publié ou affiché sur les Services ou par le biais de ces derniers ».

La notion de Service incluant bien évidemment Chrome dans le champ lexical du moteur. Celui-ci, ainsi que nous le disions dès hier, s’accorde en outre « le droit de rendre ce Contenu disponible pour d'autres sociétés, organisations ou individus partenaires de Google pour la mise à disposition de services syndiqués, ainsi que le droit d'utiliser ce Contenu en relation avec la mise à disposition de ces services ». En somme, une vision très communautariste de la propriété intellectuelle ou de la vie privée.

Un porn mode non activé par défaut

Google fait aujourd’hui amende honorable. Alors qu’elle possède un service juridique dépassant celui d’une PME d’une zone commerciale, la société reconnaît avoir utilisé la licence « générique » de ses services pour le navigateur, et qu'elle n'est pas appropriée. N’est-ce pas curieux pour une telle structure de se laisser piéger par des clauses de style trop rapidement apposées ? N’est-ce pas étrange, alors que la gestion des données personnelles par Google est un point sensible qui a même occasionné des interrogations de la CNIL ou des instances européennes ? Amateurisme, erreur grossière ou volonté délibérée, tout ceci ne sera bientôt plus que du passé. Cette section 11, très controversée, sera revue et corrigée. Le moteur indique en outre à nos confrères d’ArsTechnica que la nouvelle version de l'EULA sera valable rétroactivement pour tous les utilisateurs actuels. Rassuré ?

google chrome

Chrome, une éponge à données personnelles

Les propos sont cependant à relativiser. À la presse américaine, Google a encore révélé vouloir conserver 2 % de toutes les autosuggestions faites lors de la saisie à la volée d’une URL. C’est peu en valeur absolue. C’est énorme compte tenu du buzz entourant Chrome et des retours des premières expériences utilisateurs très satisfaits de la rapidité de ce navigateur. Mieux encore, Google envisage d’attacher à cette base de données monstre les adresses IP des utilisateurs. Selon les affirmations du moteur, toutefois, passer en « Porn Mode », ou mode incognito, supprime l’autosuggestion (premier menu à droite a coté de la barre, ou ctrl + maj + N). Mais qui s’en souciera alors que cette option vie privée n’est pas activée par défaut ?

De plus, Google se réserve toujours le droit « d'afficher des annonces ou des promotions » via Chrome, spécifiquement. « Ces annonces peuvent cibler le contenu des informations stockées sur les Services, les requêtes formulées à l'aide des Services ou d'autres informations ».

De même, « la présentation, les modalités et l'étendue des publicités diffusées par Google sur les Services sont soumises à modification sans avis préalable à votre attention ». Google envisage toujours « de prévisualiser, réviser, marquer, filtrer, modifier, refuser ou retirer tout ou partie du Contenu issu de tout Service. Pour certains Services, Google peut fournir des outils destinés à éliminer par filtrage les contenus à caractère sexuel. Ces outils comprennent les paramètres de préférence SafeSearch ». Des options qui dépassent allègrement le rôle attribué à un navigateur. Un peu comme si votre écran était techniquement conçu pour déterminer ce qui est bon pour vos yeux, ou non.