Interview : Orange s'explique sur le bridage de son réseau 3G+

Orange pressé par l'iPhone ? 150
iPhone Orange 3G+Nous avons interviewé ce matin Jean-Marie Culpin, qui n’est autre que le directeur du marché Entreprise d’Orange France. Les questions tournaient essentiellement autour de la 3G+ et du problème de débit rencontré par les actuels clients, un sujet d’actualité qui a poussé Orange à revoir son offre, du moins pour les nouveaux clients comme nous l’indiquions ce matin.

Des clients sont mécontents de ce que les téléphones HSDPA (3G+) comme l’iPhone 3G sont bridés en débit. Pourquoi donc un tel bridage et est-ce qu’Orange n’a-t-elle pas les moyens d’assurer une telle demande ?


Ce n’est pas exactement comme cela qu’on voyait les choses, en toute transparence : dans la manière dont on fonctionne, ce qu’on veut c’est être capable d’offrir un débit pour un couple terminal-usage ou terminal-offre.

Dans ce couple, il y a des terminaux qui très clairement nécessitent un débit plus élevé. Typiquement sur une PC Card sur notre offre entreprise, on a des débits qui vont entre 1,8 Mb/s, 3,6 Mb/s ou 7,2 Mb/s sur l’ensemble de notre zone de couverture. En couverture 3G+, on doit être à 69% ou 70% de couverture de la population, 71% à la fin de l’année et nous avons plus d’un tiers à 3,6Mb/s.

Sur la partie non plus réseaux, mais terminaux, il était naturel pour nous de mettre le débit 7,2 Mb/s pour tout ce qui était PC Card, où l’intérêt pour les usages sur PC portable étant d’être en connexion comme au bureau.

Pour la plupart des premiers terminaux téléphoniques, on avait câblé sur du 384 kb/s, débit crête de la 3G. Sur la partie usage, compte tenu des capacités à dépenser des méga-octets, on a aussi câblé pour ne pas pousser à des chocs tarifaires (« bill-choc ») les clients qui seraient orientés sur des consommations en mégaoctets s’ils ne sont pas sur la bonne offre d’abondance (Origami Star). On recommande plutôt de ne pas les inciter à se mettre en capacité de dépenser des montants colossaux.

Sur l’iPhone, nous nous sommes retrouvés face à un terminal intermédiaire câblé par défaut sur le débit 384 Kb/s des premiers téléphones. Mais notre intention est bien d’avoir une gestion du débit max en fonction du couple entre un terminal et une offre. C’est un produit plus orienté sur le surf que nos premiers terminaux et nous sommes en train de nous adapter sur l’iPhone, mais aussi sur tous les terminaux 3G+ qui seront susceptibles d’être dans une classe d’évolution de terminaux qui compte tenu de leur ergonomie s’approchent d’un PC.

Outre le débit, il y a aussi une partie importante où on évolue entre la 3G et 3G+, c’est le temps de latence, temps d’affichage des premiers éléments lorsqu’on surfe. Il avait été divisé par deux entre le GPRS et la 3G, encore entre la 3G et la 3G+. A l’intérieur de la 3G+, il y a la fonction HSDPA, mais la mise en œuvre de la fonction HSUPA permet aussi d’améliorer le temps de ping.

Pour en revenir au bridage, pourquoi ne pas avoir communiqué là-dessus pour éclairer au mieux les clients et leur dire : nous affichons un logo 3G+, les débits sont évolutifs, mais pour l’heure nous en sommes à "tel débit" effectif ?

En fait, nous n’y avons pas réfléchi plus que cela, on l’a codé par défaut. Ce qu’on avait en tête, c’est ce que je vous ai dit tout à l’heure : qu’on essaye de s’adapter au mieux, mais c’est vrai que nous ne l’avons pas formellement communiqué comme cela. Nous étions dans le rush de l’iPhone et on n’a pas fait l’analyse complète de l’impact de l’iPhone sur la consommation du réseau, donc il a été tagué par défaut sur nos APN et ce n’est pas ce qu’il faut que l’on fasse dans le temps.

Orange a décidé hier finalement d’augmenter à 1,8 Mb/s les débits de son réseau 3G+ pour les nouveaux clients.


En débit crête oui, mais associé uniquement à l’offre iPhone.

Qu’en est-il pour les actuels abonnés, on évoque la date de mi-septembre ?

Nos techniciens se sont pris un peu de marge, peut-être que cela marchera quelques jours avant. Mais c’est l’engagement de la direction technique d’Orange de faire le « rétrofit » sur l’ensemble des autres clients.

Peut-on espérer dans un court avenir un accès libre et sans limitation au réseau 3G+ ? En somme une 3G+ qui soit une vraie 3G+ sans restriction, sans petit astérisque contractuel ?

Oui, mais la question est que nous avons un vrai travail marketing à faire pour qu’on donne l’accès sans restriction, qu’on définisse des offres open bar, qu’on fasse tout ce travail de calage en fonction des terminaux et des offres qu’on met à disposition.

Typiquement, les offres naturelles pour le multimédia, ce sont les offres types Origami Star, on doit arriver à mieux "marketer" ce type d’offres par rapport à l’ensemble de notre catalogue et le lier avec les terminaux. Nous n’étions pas complètement au point sur cette partie là au moment du lancement de l’iPhone, qui a marqué une rupture dans les usages. Pour être totalement transparent, on a pris la pleine mesure après le lancement du 17 juillet, soit après qu’on ait vu les premiers éléments de trafic sur notre réseau. Je vous confirme une vraie appétence à faire de l’usage multimédia sur l’iPhone 3G, même au regard de beaucoup d’autres terminaux du marché.

Pour répondre à votre question, oui il y aura des offres complètement débridées, « full open » comme notre offre Internet Everywhere ou Business Everywhere (PC card). Il faut qu’on arrive à "marketer" cela. On a une logique de gamme d’offres à accélérer pour accompagner l’ensemble de nos clients sur leurs usages.

Des clients ont souscrit des abonnements 3G+ chez Orange pensant avoir effectivement accès à ces débits. Certains parlent aujourd’hui d’arnaques, d’autres ont contacté la DGCCRF… N’y a-t-il pas un risque juridique lourd ?

C’est vrai qu’ils ont le droit de parler, ils ont eu raison de « râler » et c’est pour cela qu’on a fait évoluer les choses et nous allons le faire d’un point de vue marketing. Nous avons été peut-être un peu dépassés par la vitesse d’adoption d’un certain nombre d’usages, c’est vrai. C’est le premier téléphone 3G+ où l’on est légitimement en droit de se poser la question de l’évolution des débits max.

Si on mettait du bridage sur les PC cards, les entreprises voteraient avec leurs pieds tout de suite. Sur un terminal hybride comme l’iPhone, c’est lui qui libère les usages. Les gens ont eu raison de s’exprimer sur les blogs, il y a toujours cet effet boule de neige... Le vrai sujet n’est pas le sujet juridique, mais qu’on soit capables de progresser en terme de marketing pour avoir des offres adaptées aux nouveaux usages des terminaux.

Cette pression de votre base client qui en demande toujours plus ne va-t-elle pas vous inciter à être plus attentif sur la limitation des débits au-delà d’un usage de 500 Mo par mois ?


Oui, cela fait partie des choses que l’on regarde, je vous le confirme. Pour moi, la question c’est de s’adapter à l’usage, être attentif à avoir non pas des barrières ou des limites, mais des éléments de référence qui évoluent en fonction de l’arrivé des nouveaux terminaux et des nouveaux usages de nos clients. Il faut qu’on le monitor de façon extrêmement précise. On a un vrai travail à faire de notre côté pour qu’on ait des offres qui s’adaptent à l’usage des clients. Malgré toutes les plus belles présentations marketing du monde qu’on peut avoir, tant que vous ne voyez pas en vrai en terme de trafic et d’usage sur les réseaux, finalement vous n’y croyez pas vraiment.

Outre une limitation plus sévère des débits au-delà de 500 Mo, vous n’excluez pas non plus de remonter ce seuil à 1 Go ?

Oui, cela fait vraiment partie des choses qu’on regarde.

Quels sont les chiffres officiels de vente de l'iPhone en France ?

On ne les donne pas. Disons qu’il y a des choses qui sont parues dans la presse voilà quelques jours qui ne sont peut-être pas complètement fausses.

iPhone 3G Orange rupture stock

Et qu’en est-il de l’état des stocks ?

C’est chaud ! Apple a fait un choix de lancer l’iPhone dans plusieurs dizaines de pays en quasi-simultanée à la même date et ils doivent gérer le réapprovisionnement de l’ensemble de leurs pays européens avec de grands opérateurs. Chez Orange, on réapprovisionne régulièrement, on est pillé régulièrement. On travaille tous les jours avec Apple pour améliorer la situation, en tout cas on n’a pas eu de très longues périodes pendant lesquelles nous n’étions pas en rupture de stock.

Ce que je peux vous dire c’est qu’on a eu plus d’appétence pour le 16 Go que pour le 8 Go, et pour la version noire que la blanche. L’iPhone blanc, lui, a eu plus de succès en Angleterre.

Merci Jean-Marie Culpin !