Firefox 3 : interview de Tristan Nitot (Mozilla Europe)

Et le grignotage des parts de marché continue ! 107
tristan nitot Le lancement de Firefox 3.0 était attendu de pied ferme par un très grand nombre d’utilisateurs. À l’heure où la guerre entre les navigateurs est non seulement revenue, mais a également gagné en intensité, nous avons interrogé Tristan Nitot, président de l’association Mozilla Europe.

Firefox 3.0 a été lancé officiellement hier, êtes-vous satisfaits des chiffres obtenus jusqu’à présent ?

À l'heure où je vous parle (18h, heure de Paris), nous venons de dépasser les 8 millions de téléchargements. Cela dépasse largement nos rêves les plus fous, puisque pour Firefox 2, nous avions eu 1,6 million de téléchargements en 24 heures. À l'époque, ça nous paraissait délirant !

Les utilisateurs attendaient depuis longtemps des améliorations en termes de vitesse et de consommation de mémoire vive. Ont-ils été écoutés ?

Oui. Il faut dire que Firefox 3 est en développement depuis trois ans, et qu'il y a eu plus de 15 000 changements entre Firefox 2 et Firefox 3. Côté performance et consommation de mémoire, ça a beaucoup changé.

Firefox 2 était déjà bien meilleur que le navigateur dominant, et avec la version 3, l'écart se creuse encore plus. Plus de détails sur la consommation de mémoire
sur cette page.

Côté performances JavaScript, il suffit de tester vous même avec
le benchmark d'Apple, SunSpider, avec les navigateurs de votre choix. En gros, sur JavaScript, Firefox 3 est 2 à 4 fois plus rapide que Firefox 2 et 6 à 9 fois plus rapide qu'Internet Explorer. Les impacts sont significatifs pour l'utilisateur, puisque cela apporte beaucoup de confort sur les applications Web complexes de type Ajax (comme les Webmails), et permet aussi d'allonger la durée de vie des ordinateurs...

Depuis la version 2.0, qu’apporte la nouvelle mouture du navigateur dans le quotidien de l’utilisateur lambda ?

Avec plus de 15 000 changements, je vais forcément être obligé de me limiter ;-)

En trois points :
  1. Sécurité avec un filtre anti-malware, en plus de la sécurité intrinsèque de Firefox
  2. Ergonomie, avec la barre d'adresse intelligente (démo et explications), le gestionnaire d'extensions, le gestionnaire de mots de passe, le gestionnaire de téléchargement et des centaines d'autres améliorations et/ou nouveautés...
  3. Performance et gestion de mémoire.

Quelles sont les forces de Firefox vis-à-vis de la concurrence ?

Cela tient à plusieurs choses :

Le fait qu'on innove en permanence, tout en conservant une grande simplicité d'utilisation
Un écosystème autour des extensions (5000 développées à ce jour) qui permet à chacun de personnaliser son navigateur.

Le fait que ce soit un logiciel Libre, avec les impacts en terme de sécurité, de transparence, de liberté de l'utilisateur qui peut soulever le capot, aider à la conception, par exemple en aidant à la traduction ce qui nous a permis de sortir Firefox 3 en 48 langues (rappelons qu'Internet Explorer 7 était disponible seulement en anglais le jour de sa sortie).


Plus spécifiquement, comment expliquer le succès de Firefox face à Opera, dont la version 9.5 est parue récemment ?

Opera est un très bon logiciel d'un point de vue technique, et j'apprécie beaucoup leur équipe qui joue avec brio le jeu des standards. Par contre, côté ergonomie, je ne suis pas convaincu. Cela dit, ils progressent, et c'est bien.

Mais n'est-ce pas trop tard ? Y a-t-il quatre places sur le marché des navigateurs, coincés entre les deux fournisseurs de systèmes d'exploitation (Microsoft et Apple) d'un côté et un projet de logiciel Libre de l'autre ? Je n'en sais rien, mais ça me désolerait de voir disparaitre Opera : le marché des navigateurs a besoin d'offrir le choix aux utilisateurs. Heureusement, Opera est bien installé sur le mobile...


Que pouvez-vous nous dire au sujet des prochaines évolutions majeures de Firefox 4.0 ?

Avant une version 4.0, on aura un Firefox 3.1 (ou 3.5 ?), sur lequel on travaille déjà, avec une perspective de sortie d'ici six mois à un an. Parallèlement, nous travaillons sur une nouvelle version de Gecko, notre moteur. Mais là, on parle du long terme...

Comment pensez-vous percer dans le domaine des navigateurs mobiles là où l’iPhone marque déjà un tournant important avec Safari ?

La bataille ne fait que commencer ! L'industrie du mobile, longtemps dominée par les opérateurs, est en train de s'ouvrir. Les utilisateurs souhaitent disposer d'un vrai navigateur sur leur mobile, qui leur donne accès à des vraies pages Web, pas seulement des applications bridées.

Avec l'arrivée en force de Linux sur le mobile, nous pensons que cela ouvre la porte au logiciel Libre comme Firefox Mobile. Avec les progrès réalisés sur notre moteur en termes de performance, nous sommes aujourd'hui capables de tourner sur des smartphones. Il reste toutefois à inventer le mode de navigation permettant de se passer du clavier et de la souris. Nous y travaillons, et notre travail commence à porter ses fruits. Voir par exemple le
concept présenté en vidéo par mon collègue Aza Raskin.