SNEP : sur le filtrage, « on est au point mort avec les FAI »

Une réponse pleine de vitalité 96
snepNous avons interrogé ce matin Hervé Rony, directeur général du SNEP (Syndicat national de l'édition phonographique) sur l’actualité du filtrage, relancée au ministère de l’Intérieur. Le SNEP est la principale association qui défend les intérêts de la profession et est membre de la fédération internationale de l'industrie du disque. Elle réunit en son sein la plupart des maisons de disques dont les quatre principales (Universal, Sony BMG, Warner et EMI). Ses propos rejoignent ceux de la SPPF, qui représente, elle, une partie des producteurs indépendants du disque.

Que pensez-vous de ces débats sur le filtrage qui ont lieu autour des sites pédophiles ?

On est dans l’hypocrisie permanente avec les FAI : « je peux, je ne peux pas, je peux… »
Je reste arcbouté sur une position qui me parait raisonnable, car intellectuellement honnête qui est « expérimentons le filtrage » ! Je ne sors pas de cette stratégie et trouve étrange que les FAI s’y refusent. D’un côté visiblement, ils ont l’air d’avancer avec les questions de pédophilie. Mais ce que je n’accepte pas des FAI, c’est de ne pas être honnête intellectuellement. Soit, ils disent « on ne peut pas, c’est trop cher, c’est impossible » etc. auquel cas ils doivent nous le démontrer. Et nous, nous devons démontrer de la même manière que c’est éventuellement possible. Et la seule façon de s’en sortir, je l’ai dit aux pouvoirs publics, est qu’il y ait une médiation et une intervention pour que ces tests aient lieux dans les meilleures conditions.

Moi, la question de la pédophile un, ne m’étonne pas et deux, m’intéresse forcément parce qu’il va bien falloir que Free nous explique que, si c’est possible pour la pédophilie, c’est peut être possible pour des contenus illégaux de musique même si je ne mets pas les deux choses en rapport !

Oui, mais le filtrage d’URL ne serait pas aussi simple que celui du contenu et surtout, tout ne serait pas aussi aisé même pour le filtrage d’URL contrairement à ce qu’affirme MAM. Cela tiendrait aux spécificités du réseau français (voir le témoignage d'un FAI français).

Je ne suis pas un spécialiste, c’est pour cela qu’il faudrait qu’en toute transparence on regarde ce qui est simple ou pas. J’ai effectivement entendu dire aussi qu’il était assez compliqué de filtrer les URL. Mais, ceci étant, certains ont dit que c’était une meilleure solution que ce qu’on souhaite tout le temps (le filtrage des protocoles, politiquement délicat même si je pense que c’est faisable), et que filtrer les contenus ne serait au final pas aussi compliqué que filtrer les URL . On n’a pas testé, on n’a pas commencé à regarder ce que ça pouvait donner, donc…

Mais où en sont les tests qui devaient être pris dans le cadre des accords de l’Élysée ? (accords avec les professionnels et l'État visant notamment à étudier et éventuellement tester des mesures de filtrages)

On est au point mort ! On tourne en rond avec les FAI sur ces questions, mais nous, on continue notre bonhomme de chemin.

Et qu’avez justement en vue, sur ce chemin ?

On va élargir avec l’ALPA(1) et la Sacem, le financement de nouveaux tests, on va voir. L’idée, c’est aussi un travail de conviction auprès des pouvoirs publics pour que ça bouge de leur côté. Maintenant, je crois que notre stratégie est relativement simple : on continue, nous, à faire des tests, ce qui coûte très cher alors qu’on a de moins en moins d’argent (c’est pour cela qu’on a décidé de se mettre à plusieurs).

L’idée est aussi d’apporter le fruit de notre travail à l’Hadopi(2) le jour où elle sera constituée, pour leur dire : voilà le travail qu’on a effectué, maintenant que vous êtes en place, faites votre travail et débrouillez-vous pour que les FAI viennent susciter la discussion. On sait bien que le filtrage, c’est un travail à moyen et à long terme. Ou alors, ceci pourrait nous servir pour d’éventuels contentieux, si jamais il devait y en avoir. Mais l’idée est encore d’aller vers des tests tous ensemble pour éviter les déclarations incantatoires (possible, pas possible, c’est cher, c’est trop cher, etc.)

Et préférez-vous un encadrement juridictionnel ou que le système soit orchestré par la haute autorité ?


Tout ce qui peut être mis en place, la régulation interprofessionnelle, est bon. Il n’est pas nécessaire d’aller chercher le juge tout le temps. Le juge c’est un recours seulement en cas de blocage !

1) Association de lutte contre la piraterie audiovisuelle
2) Haute autorité indépendante qui sera créée dans la future loi Création et Internet, dite loi Olivennes, présentée au vote en automne 2008.