Steve Ballmer et Bill Gates : une histoire semée d'embûches

Nous étions soldats 136
bill gatesL’histoire de Microsoft est longue, complexe, et semée d’embûches. On ne peut guère la résumer à un fait ou à un personnage, bien que dans cette dernière catégorie, Bill Gates ait joué un rôle primordial en tant que co-fondateur de ce qui est aujourd’hui le plus gros éditeur de logiciels. Toutefois, il n’est pas seul, car Steve Ballmer, aujourd’hui Président Directeur Général, influe largement sur le développement de la société. Et pourtant, entre les deux hommes qui étaient amis depuis l’université, la tension a parfois été extrême.

Historiquement, le développement de Microsoft est associé à Bill Gates. Que l’on soit d’accord ou pas avec sa vision de l’informatique, il est un personnage clé de l’aventure des PC en général. Pendant longtemps, lui et Steve Ballmer ont dirigé ensemble Microsoft, jusqu’à ce que les années 90 arrivent avec leur cohorte de procès antitrust. À partir de là, le développement de la firme est devenu plus complexe, et certaines différences, minimes au départ, ont pris de l’ampleur jusqu’à installer des tensions plus que perceptibles.

Quand la justice a commencé à s’immiscer dans les activités du géant, la période a coïncidé avec l’éveil de certains concurrents, mais également le départ de bon nombre d’employés vers d’autres sociétés. La période des startups a attiré une foule conséquente d’hommes et de femmes tentés par l’aventure et les promesses de richesses qu’offrait à ce moment-là le monde des « .com ». C’est également le moment où Bill Gates a donné son poste de PDG à Steve Ballmer, pour s’installer dans le fauteuil nouvellement créé d’architecte logiciel en chef.

La difficulté de faire un pas en arrière

steve ballmerEn théorie, ce poste était classé second derrière celui de PDG. En théorie, car la pratique a montré que Bill Gates a longtemps encore tiré les ficelles de la société qu’il avait amenée jusqu’ici. Le ton a commencé à monter quand Steve Ballmer a voulu jouir de ses prérogatives et assumer le rôle véritable de son poste. Les réunions, y compris celles du conseil d’administration, ont alors changé d’ambiance, plusieurs participants affirmant que des répliques cinglantes, sarcastiques ou acides fusaient entre les deux hommes.

Il semble, selon un témoin, que Bill Gates ait eu réellement du mal à considérer sa nouvelle place. Les deux hommes se sont affrontés pendant des années : au temps pour l’entente cordiale ! Mais la situation n’était pas seulement pénible, elle était dangereuse, ce que les deux concernés admettent aujourd’hui. La création et le développement de la Xbox, le futur de Windows, l’avancée vers Internet et les décisions concernant le personnel sont autant de domaines où les désaccords ont enlisé la société dans un immobilisme qui est encore aujourd’hui largement perceptible.

Une tension paralysante pour la société

Cette tension était particulièrement perceptible au début des années 2000, quand elle a tellement ralenti l’activité de Microsoft qu’elle en a paralysé et/ou tué certains projets. NetDocs, par exemple, était un chantier visant à porter un traitement de texte vers le web. Ce qui peut aujourd’hui sembler courant, ou normal, était à l’époque un grand pas à franchir. Steve Ballmer et Bill Gates n’ont jamais pu se mettre d’accord à ce sujet, et les 400 personnes (sic) qui travaillaient sur le projet ont été absorbées par la division Office, avant d’être réaffectées dans d’autres programmes quand le travail a été abandonné.

microsoft researchLa pression a atteint son maximum dans les premiers mois de 2001, quand Steve Ballmer, lors d’une conférence à Paris, s’est tourné en privé vers M. Raikes, le plus ancien directeur de Microsoft, pour lui poser la question : « Quel est vraiment le travail du PDG à Microsoft ? ». Sous l’insistance du conseil d’administration, fatigué de la situation explosive, mais également celle de leurs épouses respectives, les deux hommes ont fini par se donner rendez-vous pour un diner dans un restaurant non loin du siège de la société, à Redmond.

Ne plus enliser les débats

Ni l’un ni l’autre n’ont jamais donné le détail de leur discussion, mais on sait que Bill Gates a avoué qu’il était celui qui devait le plus modifier son comportement, indiquant que Steve Ballmer était réellement penché sur le travail d’équipe et la recherche de buts communs. Il a également ajouté qu’il devait trouver et supprimer les comportements personnels qui nuisaient à cette démarche, comme les sarcasmes lancés dans les réunions. Steve Ballmer, de son côté, a simplement précisé qu’il devait, en tant que PDG, apprendre dans certains cas à appuyer ses décisions pour les faire passer. Le vice-président Mich Matthews se souvient que, peu de temps après ce diner, Bill Gates a apporté son soutien à Steve Ballmer lors d’une décision importante, provoquant la surprise parmi les participants de la réunion.

À partir de cette époque, tandis que Ballmer entrait réellement en pleine possession de ses « pouvoirs », Gates s’est progressivement attaché à son rôle d’architecte logiciel en chef, définissant la stratégie à long terme des développements des produits. Steve Ballmer avait décrit un peu plus tard dans une interview la relation qu’il entretenait avec Bill Gates, parlant de fraternité : des combats, mais une connexion persistante.

Les nécessaires changements

Cela étant, jamais la société n’a autant changé que depuis l’annonce du départ de Bill Gates de Microsoft, tout du moins en tant que rôle actif. Les dernières années ont été surtout le début de la montée en puissance de certaines nouvelles figures qui étaient pratiquement inconnues auparavant du public : Craig Mundie, directeur de la recherche, Ray Ozzie, que Bill Gates a souvent décrit comme un génie du développement logiciel, ou encore Steven Sinofsky, qui a longtemps dirigé la section Office et qui gère désormais le développement de Windows.

Il faudra à Microsoft encore de nombreux changements, car la position de la société est menacée de toutes parts, les concurrents n’ayant jamais été aussi nombreux ni aussi sérieux. Les systèmes d’exploitation, les suites bureautiques, les services et applications web, la publicité, les consoles et les jeux : autant de domaines où les acquis ne font qu’un temps. Il lui faut encore améliorer sa souplesse pour réagir plus promptement aux nouvelles opportunités, et tenir tête à l’un de ses pires ennemis aujourd’hui : le tentaculaire Google.