Rififis internes à Microsoft autour du logo Vista Capable

On ne joue pas n'importe comment au logo 113
vista logoVista est un système d’exploitation qui possède une histoire que Microsoft ne devrait plus jamais écrire. Parti sur quelque chose de neuf mais visiblement trop ambitieux, c’est-à-dire Longhorn, le projet a changé radicalement de visage au bout de deux dans ce qu’on a appelé le « Reset » pour se diriger vers le Vista que l’on connaît maintenant.

La route parsemée d'embuches

Déception et frustration ont marqué le parcours du dernier-né des Windows. Les pré-requis matériels étaient en effet supérieurs à ceux de Windows XP et le système s’accommode moins facilement d’une quantité limitée de mémoire vive. La campagne marketing de Vista a également eu de nombreux ratés, dont les fameux autocollants « Vista Capable » qui n’ont donné dans une partie des cas que de bien piètres expériences utilisateurs.

Ces mauvais contacts avec Vista, ces frustrations et ces déceptions ont mené à une méfiance jamais vue à l’égard d’un nouveau Windows. Chaque nouvelle version a suscité de nombreuses réactions, et Windows XP n’avait pas échappé au lot : accusé de lenteurs, il a commencé sa carrière alors que le paysage sécuritaire se modifiait radicalement pour devenir celui qu’on connaît. Aujourd’hui, Windows XP est montré comme une référence et représente comme un « bon vieux temps » qu’on aime à se rappeler face à Vista.

vistaCe dernier a bien du mal à marquer des points dans un contexte où les éditeurs logiciels ont un mal croissant à justifier globalement l’achat de nouvelles versions de leurs produits. Dans un écosystème en grande partie centré sur Windows XP, les utilisateurs qui se sont portés vers Vista n’ont pas apprécié que leur machine, pourtant si performante avant, soit si lente dans certains cas. Mais avant même de toucher au nouveau Windows, beaucoup se sont sentis floués par des signalisations pouvant induire en erreur sur les nouveaux PC.

D'un autocollant à une class action

Et c’est ainsi qu’a commencé la class action actuelle aux États-Unis, initiée par un groupe d’acheteurs qui n’a pas apprécié le manque cruel d’informations sur ce qu’était une machine « Vista Capable ». Pendant le procès qui fait actuellement rage, un torrent d’informations est venue noyer les auditions, car de nombreuses communications internes de Microsoft ont été révélées. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que non seulement elles sont très intéressantes, mais elles montrent clairement que Vista est un sujet qui a divisé la société jusque dans ses plus hauts responsables.

L’un des changements internes les plus importants est certainement l’arrivée à la tête de la division de Windows de Steven Sinofsky, souvent considéré comme « l’homme de fer ». Précédemment en charge de la division Office (notamment la version 2007), ses méthodes sont différentes et plus strictes que celles de Jim Allchin. À son arrivée en début d’année dernière, la communication de Microsoft pour tout ce qui touche à Windows s’est vue ensevelie sous une chape de plomb.

JusticeEt la valse des courriers électroniques commence

Dans un courrier électronique envoyé au PDG Steve Ballmer, Sinofsky indique plusieurs points très intéressants. Premièrement, le retard de Vista et son énorme « Reset » ont créé une situation inconfortable pour l’ensemble des constructeurs qui a mené à un manque certain de pilotes compatibles et optimisés pour Vista. Concernant l’audio et la vidéo, la situation était pire car le modèle avait complètement changé, et les pilotes pour Windows XP n’étaient plus compatibles, menant cette fois les utilisateurs vers des incompatibilités et des problèmes plus sérieux. Un certain nombre d’imprimantes, de scanners, de périphériques WAN ou encore d’accessoires tels que des lecteurs d’empreintes digitales ou encore des tuners TV n’ont pas eu de pilotes adéquats, et n’en auront jamais.

Ce courrier de Steven Sinofsky en dit long sur la situation et date du 18 février, c’est-à-dire environ trois semaines après la sortie officielle de Vista. Il précise en outre qu’à l’apparition de la version finale du système, une bonne partie du propre matériel de Microsoft n’était pas compatible. Il cite l’exemple du responsable Orlando Ayala qui n’a pas pu installer Vista sur sa machine à cause d’un manque de pilote pour son lecteur de carte Verizon.

Vista Capable et ses sombres retombées

Pour compenser le problème de la disponibilité de pilotes complets, Vista intégrait des milliers de pilotes basiques capables de faire fonctionner le matériel correctement, sans toutefois proposer les fonctions avancées propre à chaque équipement. Cette base s’est agrandie avec le temps, mais beaucoup de constructeurs n’ont pas fait l’effort de continuer à travailler leurs pilotes pour un vaste nombre de matériels un peu anciens.

Et puis est arrivée la décision de revoir à la baisse les requis techniques de Vista et de créer le fameux logo « Capable ». Oui, le système réclamait initialement un matériel plus puissant que ce que l’on voit actuellement. Problème majeur : beaucoup de constructeurs et de partenaires étaient laissés sur le carreau, leur matériel n’étant de fait pas « Vista Capable ». Décision a donc été prise de baisser le niveau de puissance demandé pour inclure une base matérielle plus importante.

Ladite décision a été un des sujets les plus controversés et débattus en interne. À la surprise de bien des participants à la class action, on apprend ainsi que ce choix a été fait notamment pour adoucir les craintes et la colère d’Intel. À cette époque, entre des chipsets de la lignée 915 qui ne pouvaient pas faire tourner Aero et la lignée 945 qui disposait de très mauvais pilotes, Intel ne sentait pas vraiment l’arrivée de Vista comme un élément salvateur pour ses bénéfices. À nouveau système d’exploitation, nouvelles références, et la plupart des machines vendues contenant de l’Intel auraient été exclues du programme.

Des problèmes en amont, en aval, internes et externes

Cette décision de revoir à la baisse les exigences matérielles de Vista (sur le papier) a fait le bonheur des uns tout en provoquant la colère des autres. Hewlett-Packard fait ainsi partie des constructeurs qui n’ont pas apprécié la nouvelle, estimant, comme l’employée de Microsoft Robin Leonard, que les clients et utilisateurs seraient fortement perturbés. Robin Leonard avait informé sa société que la chaine Wal-Mart était « extrêmement déçue » par l’apparition de cette nouvelle dénomination et s’attendait à ce que les clients se perdent. Sentant le problème arriver, Wal-Mart avait alors demandé à ce qu’apparaissent en fait deux autocollants au lieu d’un seul : « Windows Vista Home Basic Capable » et « Windows Vista Capable ». La prière n’a pas été entendue. La société a plus tard demandé à HP d’essayer au maximum de livrer des machines pouvant se passer de cet autocollant.

Le responsable Microsoft John Kalkman a indiqué d’autres informations dans un courrier électronique envoyé à Scott Di Valerio, à l’époque en charge des relations avec les constructeurs OEM. Il explique ainsi que la décision de l’apparition du logo « Vista Capable » a eu deux effets pervers au niveau de l’industrie. Premièrement, elle a diminué l’importance pour les constructeurs de commercialiser rapidement leurs modèles plus puissants de matériels divers, pour mieux exploiter l’existant et le rentabiliser au maximum. Ensuite, elle a également diminué le nombre de certifications WHQL, un exemple frappant étant justement « l’incapacité d’Intel à fournir un pilote graphique complet et adéquat pour ses chipsets 945 ».

Les courriers électroniques révélés pendant le procès sont riches d’enseignements sur ce qu’a provoqué Vista au sein même de Microsoft. On retiendra par exemple le cas de Mike Nash, un responsable lui aussi, qui indique que sa machine à 2100 dollars a été transformé en une simple machine à emails après la mise à jour vers Vista à cause d’un manque terrible de pilotes.

Si aujourd’hui la situation s’est grandement améliorée, on ne peut s’empêcher de penser à la débâcle d’une situation dont certains détails ont été réglés dans l’urgence, voire carrément mis de côté. Le problème créé par le logo a été très concret et a donné lieu à la class action actuelle aux États-Unis. La suite du procès promet d’être encore très intéressante.