Affaire Google et MSN, un acteur de la presse belge s'exprime

Les relations tumultueuses entre les grands portails du net et la presse connaissent des traitements différents, qui auront eu le mérite de poser les vrais enjeux du problème. « Quand on entre dans un kiosque à journaux, est-il concevable de prendre une gazette et de sortir sans la payer ? Pourquoi en serait-il subitement devenu autrement pour la bonne grâce de l'Internet ? », nous demande Francis Féraux, du journal belge L'Echo et Directeur général de Press Banking s.a., un des organismes à l’origine de ces actions. Alors que la reprise d’articles par Google Belgique est actuellement en examen devant la justice bruxelloise, celle par les pages actualités de MSN.be est semble-t-il sur la voie d’être réglée à l’amiable, l’intéressé nous a précisé son analyse de la situation par rapport à ces méthodes des grands portails américains.

l'echo « L'affaire MSN sera beaucoup plus simple que celle de Google (je le pense du moins), Sylvie Irzi, Country Manager Benelux [ndlr : responsable de la gestion de MSN] s'étant engagée à faire immédiatement le nécessaire pour faire enlever les articles belges illicites et pour venir à la table de négociation », nous confie l’intéressé, qui a une explication sur la réactivité de Redmond. « Microsoft étant de très longue date à la tête de la BSA, organisme créé pour contrecarrer le piratage informatique en matière de licences logicielles et ainsi protéger ses droits d'auteur quant aux concepts développés par elle, l’éditeur aurait mauvaise presse si, d'aventure, il ne devait pas respecter les droits d'auteur des médias »

"lmpossible de faire deux poids – deux mesures"
Pour autant, MSN a, pour sa défense, quelques circonstances atténuantes dans cette affaire : alors que Google connaît un vif succès avec son portail Actualités depuis 2003, MSN a pu vouloir suivre cette voie par mimétisme, d’autant plus que les médias réagissaient peu ou pas. « MSN s’est dit qu’il ne pouvait être en reste sur l'échiquier mondial et faire la part belle au seul moteur Google. Simple question de bon sens marketing que l'on peut comprendre. » Mais ces atténuations ne vaudront que si « à partir de la décision des tribunaux belges, Microsoft réagit positivement en signant rapidement un accord-cadre avec les éditeurs belges ». Ce qui ne semble pas encore être fait.

msn belgiquegoogle belgique

Quoi qu’il en soit, dans le cas contraire, nulle question de concentrer les attaques sur Google. « La justice poursuivra son cours tout simplement parce qu'il nous est, à ce stade-ci, impossible de faire "deux poids – deux mesures". Ce que nous interdisons à Google vaut pour tout le monde, MSN ou pas. » Cette neutralité dans ces actions permet en somme d’éviter toute critique pour discrimination face aux magistrats. L’intéressé nous souligne en outre que les réactions de la presse belge ont été rapides, dès février 2006, alors que le portail belge de Google Actualités ouvrait ses portes un mois plus tôt.

Une jurisprudence européenne ?
Pour la France, ce confrère constate qu’en dehors de l’AFP et son action aux USA, « [la profession] éprouve pas mal de difficultés à dénoncer une pratique qu'elle autorise implicitement depuis 3 ans ». Cet état de fait susciterait une forme de sentiment d’impunité de la part des portails : « Ceci étant, je me suis laissé dire que l'Association de la presse française souhaiterait que le jugement belge soit considéré comme "jurisprudence européenne". Si tel était le cas, cela permettrait alors à la presse française de suivre le mouvement se basant sur une nouvelle donne européenne en matière de jurisprudence. »

Ce représentant de la banque de données des articles de presse belge insiste bien au final dans un long développement : « Nous sommes POUR l'existence des moteurs de recherche qui permettent à la communauté internaute d'accéder aux informations. Cela dit, il convient d'admettre que s'il est très utile de faire du "référencement", ce n'est pas pour autant qu'il soit permis de "prendre" notre "patrimoine" et de le diffuser gratuitement sans vergogne et sans aucun retour réel ».

google belgique

Trafic et résultats abstraits
Quant au contre-argument de Google sur ces pages actualités qui augmentent le trafic vers les sites des éditeurs et qui amènent de la pub, le doute est de mise : « Y a-t-il au monde un seul éditeur capable de chiffrer avec précision ce que représente "l'apport de Google" dans leurs chiffres annuels ? NON (ou alors, vous me le présenterez) ! ». Aucun portail ne serait ainsi en mesure de chiffrer son apport en termes financiers dans la balance comptable des éditeurs. « Devons-nous rester dans l'abstrait le plus total ? Ce que nous voulons par nos actions, c'est quitter de l'abstrait pour obtenir du concret ».

Le système pourrait presque aller à sa perte à terme puisqu’un moteur de recherche sans contenu pour l'alimenter, n’a plus beaucoup de sens. « Est-ce Google qui "fabrique" l'information ? NON, c'est la presse et cette presse a besoin de beaucoup de moyens pour faire son travail correctement (…) les éditeurs de presse dépensent des montagnes d'argent en matière de confection de sites Internet et autres Newsletters. Donc, si tous ces contenus sont systématiquement repris par des moteurs "américains" de recherche (Google, MSN et consorts) sans qu'il y ait de contrepartie financière véritable, à quoi servent et surtout, à quoi serviront ces investissements dans le futur ? »

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