Quand Mister Freeze soigne les plaies d'un disque dur

C'est Darty mon kiki ! 103
Entre vieille recette de grand-mère et légende numérique, Pascal Belaud, développeur chez Microsoft France, n’a pas hésité.

Possesseur d’un ordinateur portable, il a commencé un jour à s’inquiéter à propos d’un fonctionnement plus erratique de son disque dur. Un vendredi matin qu’il revient devant son portable en effet, il constate que celui-ci est bloqué à l’étape du démarrage où Windows contrôle l’intégrité des données. Corollaire : son PC avait donc redémarré tout seul.

Il essaye alors de démonter son disque dur pour le placer dans un rack externe. Même constat : bruits étranges, impossibilité de lire le disque et donc de récupérer les données. En désespoir de cause, il envoie circuler un mail interne dans la société et attend une réponse. Il reçoit alors la réponse suivante d’un collègue :

« Pour te permettre de récupérer les données tu as la technique du « congélo ». Tu mets ton disque dans un sac de congélation HERMETIQUE et tu le laisses au congélo une bonne heure et tu devrais pouvoir l’utiliser ensuite pendant un certain temps (suffisant pour backuper) »

Sans trop y croire, il place son disque dur dans un sachet hermétique avant de le laisser une heure dans un congélateur. Au bout de cette heure, il sort le disque dur de son sac et le réenclenche dans le rack USB qu’il avait utilisé précédemment. Sept heures plus tard, malgré un débit de données très lent, il a récupéré la totalité des 25Go du disque C. Moralité, une astuce utile et un apéro payé à son collègue.

A noter que Pascal Belaud avait reçu également une réponse de Bernard Ourghanlian, directeur Technologies et Sécurité chez Microsoft France :

« Une explication scientifique rigoureuse… Je resterai modeste car je ne pense pas qu’il y a ait une seule explication possible. Ce qui est sûr, c’est que ce « truc » est connu depuis de nombreuses années et qu’il est pratiqué par toutes les sociétés pratiquant la récupération de disques durs. Parmi les explications que l’on peut avancer :
  • Electronique : si un circuit électronique a des défaillances partielles, le fait de le refroidir pour lui permettre de surmonter temporairement ces défaillances (d’une façon générale, il est quelquefois possible de trouver une température suffisamment basse à laquelle un chip – même un CPU – peut fonctionner alors qu’il ne fonctionne pas à des températures proches de sa température de jonction (cet effet est lié, pour faire simple, à l’effet d’avalanche que l’on trouve dans tous les transistors à effets de champ et qui est directement lié à la température).
  • Mécanique :
    • dans le cas où une tête a touché un plateau et créé de fines particules dans l’espace maintenu sous vide qui environne l’ensemble plateau+têtes, le fait de faire baisser la température permet à ces particules de se reposer sur le plateau et de permettre – si l’on a de la chance – de continuer d’accéder à ces données pour un temps.
    • s’il y a des problèmes d’entrainement des plateaux ou dans le contrôle du moteur, le fait de réduire la température peut permettre une rétraction suffisante des métaux impliqués pour permettre le fonctionnement purement mécanique des diverses pièces concernées ; de même, dans le cas où le disque a reçu un choc, il peut y avoir des situations où le niveau de vibrations résultant de ce choc présente une composante verticale de cette vibration supérieure à la hauteur depuis la tête de lecture lit depuis le plateau ; dans ce cas, il peut y avoir un atterrissage permanent de la tête concernée : le refroidissement peut permettre la diminution mécanique de l’amplitude de cette composante verticale afin de permettre temporairement la lecture du plateau concerné.
D’une façon générale, les disques durs n’aiment pas la chaleur ; en dehors du cas extrême du réchauffement d’un plateau au-delà de la température de Curie (770° C pour le fer) qui provoque une démagnétisation permanente du plateau, la chaleur engendre une diminution de la durée de vie de tous les disques durs (cf. par exemple l’étude d’Hitachi) ; il y a donc eu de nombreux travaux sur les disques durs afin de leur permettre de remonter en direction du système d’exploitation les informations relatives à cette température afin d’éviter que les problèmes ne dégénèrent. Dans ce cas, ces informations qui remontent au logiciel permettent d’éviter que la situation ne dégénère trop en diminuant la sollicitation en entrées-sorties du disque dur en question ou en allant même jusqu’à provoquer son arrêt une fois les entrées-sorties en cours effectuées (cf. la contribution en Open Source sur http://smartmontools.sourceforge.net/ et pas mal d’autres logiciels du marché, par exemple http://www.hddtemp.com/). »

On notera enfin que cette manipulation a été réalisée avec succès par plusieurs personnes, dont un utilisateur d’iBook qui raconte son expérience sur cette page. S’il existe un lobby des vendeurs de congélateurs, il est nécessairement puissant.