Google accepte de s'autocensurer pour entrer en Chine

Un moteur propre et net, sans tâche d'huile... 50
Voilà quelques années, des juristes d’Harvard, Ben Edelman et Jonathan Zittrain, démontraient que Google n’affichait pas les mêmes résultats internationaux selon que l’examen se faisait depuis les pages .fr ou .de (France-Allemagne) d’un côté, ou .com de l’autre. L’explication ? Le moteur filtrait discrètement ces versions locales notamment pour les requêtes liées au nazisme, à l’antisémitisme, et ce pour des considérations légales. Même si ces sites sont condamnables, l’information avait eu son retentissement à l’époque puisque nulle part le moteur ne communiquait sur ces points. Il laissait ainsi dans le brouillard les sociologues ou historiens qui étudiaient ce secteur.

L’histoire se répète ces jours-ci, dans des circonstances différentes : cela se passe en Chine cette fois et dans un sens bien plus épineux encore. Google va en effet lancer officiellement Google.cn son service de recherche en langue chinoise, hébergé dans le pays. Une version antérieure préexistait, mais seulement accessible par le suffixe .com américain. Toutefois, le moteur a admis que cette ouverture ne s’est faite qu’après avoir fait la courbette devant les lois de censures. Le site coupera en effet les liens avec des sites dont l’accès est interdit par les autorités. En fermant les yeux sur des listes entières d’adresses, il se voit ainsi ouvrir les bras du gouvernement.

On imagine que le massacre de Tian'anmen, l’indépendance de Taiwan et autres joyeux sujets seront dans le train de l’oubliette. Révélée par le Wall Street Journal, l’information risque d’égratigner un peu plus l’image de ces grosses entreprises étrangères qui cherchent à s’implanter dans ce pays en plein boum. Google estime cependant avoir atteint un équilibre entre respect des lois en vigueur et fonctionnalité du moteur. Afin de crever l’abcès de la critique, le moteur prévoit d’indiquer en bas de la page des résultats que ceux-ci font l’objet de restrictions gouvernementales. La mesure doit encore être avalisée par les autorités. Et quand bien même, est-ce que cela sera suffisant ?

« C’est une véritable honte » note par exemple Julien Pain, responsable de Reporters Sans Frontières cité par Reuters, « quand un moteur de recherche collabore avec un gouvernement comme cela, il devient encore plus facile pour le gouvernement chinois de contrôler ce qui est en train de se dire sur le net. »