Brainwaves : ondes cérébrales et biométrie

Oups, j'ai un trou de mémoire de sécurité 28
L'utilisation des ondes cérébrales, du détecteur de mensonges à l'accès biométrique. Le couple ressemble à de la science-fiction, et pourtant : l'idée d'utiliser les ondes cérébrales dans les applications de la vie courante est née de la recherche criminelle et de l'amélioration des détecteurs de mensonges. Employé pour la première fois dans les années 20, le détecteur de mensonges n'a cessé de se perfectionner en mesurant d'abord les changements physiologiques (fréquence cardiaque et transpiration d'un suspect) puis s'adaptant à l'évolution des technologies.

Globalement l'activité cérébrale est plus intense quand on tente de cacher la vérité. L'imagerie fonctionnelle par résonance magnétique nucléaire (IRMf) permet de compenser les faiblesses du traditionnel détecteur de mensonges par visualisation des zones du cerveau en activité (dans les lobes temporaux, frontaux et limbiques) pendant que les volontaires mentent. Le détecteur de mensonges peut être trompé par une personne entraînée à maîtriser ses émotions, mais l'activité cérébrale est probablement au-delà de tout contrôle.

cerveau biométrie

En 1991, un pas de plus est franchi avec les travaux de Laurent Farwell qui invente une méthode pour analyser les ondes cérébrales avec un bandeau clouté de 10 électrodes sur la tête d'un suspect, et mesurer la réponse émotionelle du cerveau d'une personne à qui l'on montre les images de la scène de crime. Quand un cerveau perçoit une image familière, il émet pendant 0.3 seconde un signal électrique connu sous le nom de P300. Par exemple, le cerveau d'un criminel ne répondra pas à l'image d'un couteau, mais une fois confronté avec l'arme du crime, ses "brainwaves" (à traduire par "ondes de la pensée") augmenteront soudainement. Cette analyse serait fiable à 90 % et elle est aujourd'hui, largement utilisée aux Etats-Unis par Bureau fédéral de la CIA.

Une société américaine utilisant une technologie mise au point en Israël propose même un détecteur de mensonges si petit qu'il peut être intégré dans les lunettes des forces de l'ordre. Selon ses inventeurs, il peut détecter si un passager est un terroriste en analysant sa réponse à une simple question en temps réel. Les responsables de l'interrogatoire peuvent ainsi obtenir des résultats concluants plus rapidement qu'avec les techniques de questionnements traditionnelles.

Les chercheurs canadiens ne sont pas en reste et espèrent pouvoir bientôt employer les ondes cérébrales pour ouvrir les portes et donner accès aux comptes bancaires. Quelques compagnies offrent déjà des systèmes d'identification par l'iris qui intègreront bientôt les passeports biométriques de nombreux pays. Mais Mme J.Thorpe, chercheuse à l'université de Carleton (Ottawa) veut aller beaucoup plus loin en éliminant complètement les cartes bancaires et les badges d'identification et de sécurité.


Elle envisage que les personnes "pensent" tout simplement à leurs mots de passe ! Un dispositif de sécurité biométrique se chargeant ensuite de lire dans l'esprit de la personne pour authentifier l'utilisateur. "Chaque signal émis par des cerveaux est légèrement différent, même lorsque chacun a  les mêmes pensées, et leur empreinte est unique et impossible à reproduire" a-t-elle déclaré. Les mots de passe peuvent être oubliés, les cartes de crédit volées ou perdues, de même que les données biométriques stockées dans les ordinateurs pour comparer l'iris ou l'empreinte digitale. Ces problèmes disparaissent avec le "Brainwaves". Un utilisateur n'a plus qu'à penser son mot de passe et profiter du système d'identification le plus sécurisé du monde.

Le chercheur Canadien Paul Van Oorschot (spécialiste en technologies de sécurité à Ottawa) travaille dur pour transformer ce projet en réalité. Il a déjà mis au point une interface cerveau-machine (ICM) pour aider les patients paralysés à commander leurs muscles et à marcher. En y appliquant quelques améliorations, les chercheurs comptent mettre au point les outils universels qui pourront traduire les pensées en commandes interprétables par des ordinateurs : "Vous pourrez employer un bruit, une musique ou un souvenir d'enfance pour accéder à un site, mais nous avons remarqué que le subconscient ou une chanson qui revient à l'esprit peut brouiller un signal. La dernière génération d'électroencéphalogrammes (EEG), qui mesurent les signaux électriques dans le cerveau, doivent encore utiliser des capuchons en caoutchouc sur le crâne du patient, mais nous travaillons également pour améliorer ce dispositif peu élégant" a déclaré P.V.Oorcschott.