Journée internationale des astéroïdes : quels sont les plus gros risques à venir ?

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Sébastien Gavois

Les astéroïdes sont une menace sérieuse pour la Terre, ou plus exactement pour les humains que nous sommes. Que ce soit dans quelques mois ou décennies, plusieurs géocroiseurs vont passer plus ou moins près de notre planète, avec un risque de collision non nul.

Depuis 2015, le 30 juin est la journée internationale des astéroïdes. Cet événement, reconnu par les Nations Unies, correspond à l'anniversaire de l'événement de la Toungouska (Sibérie) de 1908 (il y a 112 ans déjà).

Petit rappel historique rapide : cette journée internationale a été lancée le 3 décembre 2014 par Brian May (astrophysicien et, oui, il s’agit bien du guitariste de Queen), Danica Remy (président de la fondation B612 pour la protection de la Terre contre les astéroïdes), Grig Richters (réalisateur) et Rusty Schweickart (un astronaute d’Apollo 9).

Le risque existe, cette journée est là pour le rappeler

Le but est de « sensibiliser la population aux risques d'impact d'astéroïdes ». Et les risques vont de la petite étoile filante dans le ciel au destructeur de monde et de la race humaine. Pour Jan Wörner, directeur général de l’Agence spatiale européenne (ESA), « l’impact d’un astéroïde est un risque naturel que nous pourrions essayer d’éviter, si nous le voyions arriver suffisamment à l’avance ».

C’est d’ailleurs tout l’enjeu de cette journée : se préparer. La question n’est finalement pas de savoir si un jour un astéroïde d’une taille suffisamment dangereuse viendra frapper la Terre, mais plutôt de savoir quand cela arrivera et de s’y préparer.  La mission DART de la NASA (puis de Hera de l’ESA) a par exemple pour but de dévier la trajectoire d’un astéroïde (plus exactement de sa lune de 160 m de diamètre) à l’aide d’un impacteur.

Actuellement, plus de 1 000 géocroiseurs ou Near Earth Object (NEA) sont référencés par l’ESA dans sa « liste à risque ». L’ONU rappelle que les géocroiseurs sont des astéroïdes et des comètes « dont l'orbite les mène près de notre planète et représentent des menaces potentiellement catastrophiques ».

Les astéroïdes, c’est un peu comme la roulette russe…

Pour cette journée particulière, l’Agence s’est intéressée aux sept ayant la plus forte probabilité d’entrer en collision avec la Terre. Cela va d’une chance sur 14 en 2095 à 1 chance sur 193 dans quelques mois :

  1. 2010 RF12 : 8 m de diamètre, 1 chance sur 14 de croiser la Terre en 2095
  2. 2018 VP1 : 2,4 m de diamètre (c’est un petit objet stellaire), 1 chance sur 193 de frapper la Terre en novembre 2020
  3. 2000 SG344 : 40 m de diamètre (un gros géocroiseur), 1 chance sur 1 183 en 2028
  4. 2011 DU9 : 16 m de diamètre, 1 chance sur 1 742 en 2046
  5. 2009 JF1 : 13 m de diamètre, 1 chance sur 4 166 en 2032
  6. 2008 JL3 : 30 m de diamètre,  environ 1 chance sur 7 000 en 2027
  7. 2007 KE4 : 30 m de diamètre, environ 1 chance sur 11 000 en 2077

Passage à 17 000 km en 2095, à 62 000 km cette année

Il faut néanmoins relativiser ses chiffres. Selon les calculs des scientifiques, 2010 RF12 (découvert en 2010, comme le début de son nom l’indique) doit passer à environ 17 000 km de la Terre en 2095. Il vient nous rendre visite tous les ans et passe généralement à 15 millions de km de la Terre (soit 0,1 unité astronomique). Son dernier passage le plus proche était à 80 000 km en 2010. Il nous reste donc plus de 70 ans pour affiner les calculs et, le cas échéant, préparer une contre-attaque.

Le second géocroiseur avec le plus de risque actuellement est 2018 VP1 (découvert en 2018, vous suivez ?) qui passera à 62 000 km de notre planète en novembre… de cette année. Il était déjà venu à environ 150 000 km en 2018 et ne reviendra pas ensuite pas avant 2057, à bonne distance cette fois-ci (8 millions de km environ).

2000 SG344 se place sur la troisième marche du podium, mais on commence déjà à s’éloigner grandement de la planète bleue. Cet astéroïde passera en effet à près de 3 millions km de nous en 2028. Il a déjà « frolé » la Terre de plus bien plus près en 1998, avec 570 000 km environ.

Scruter, étudier, et analyser pour se préparer

« Même lorsque la probabilité est faible, des gouvernements et des organisations internationales comme les Nations Unies montrent en travaillant ensemble qu’il est possible de se préparer en amont et de limiter les risques d’une menace à l’échelle mondiale qui peut toucher n’importe qui, n’importe où », explique Jan Wörner. 

Ce sujet lui tient à cœur et c’est pour lui une priorité de l’ESA. En 2016, il avait fait part de sa déception lorsque l’ESA s'était retirée pour raison financière du projet DART : « La porte a été claquée, mais comme je suis convaincu de la nécessité d'un tel projet, je vais essayer de trouver un moyen de passer par la fenêtre. C'est tout simplement trop important ».  Une ouverture était trouvée fin 2019 avec la mission Hera.

Pour se préparer, encore faut-il voir arriver une potentielle menace. Naomi Murdoch, planétologue à l'Institut Supérieur de l’Aéronautique et de l’Espace-Supaero, rappelle s’il en était besoin que l’on « ne connait pas tous les astéroïdes qui existent », d’autant que certains peuvent même ne pas venir de notre Système solaire.

« On pense connaitre tous les plus grands, mais pas les petits qui sont beaucoup plus nombreux », ajoute-t-elle : « On parle de millions de 100 mètres de diamètre environ ». « Il faut les détecter », ce qui n’est pas simple, car ils n’émettent pas de lumière, ils ne font que réfléchir celle du Soleil. Plus ils sont petits, plus ils sont difficiles à détecter.

Sur l’image ci-dessous, l’ESA explique que la quasi-totalité des astéroïdes de plus de 1 000 m de diamètre – ils seraient près d’un millier – a été découverte. On passe à 80 % pour un diamètre de 300 à 1 000 mètres, contre seulement 18 % pour 100 à 300 m et moins de 1 % pour des diamètres plus petits. Autant dire qu’il reste du travail, surtout que plusieurs dizaines/centaines de mètres de diamètre peuvent faire de très gros dégâts…

Les collisions sont monnaie courante : toute les deux semaines environ, un astéroïde de 1 m environ de diamètre vient frapper la Terre. Mais « vient se désintégrer dans l’atmosphère » serait plus juste. Une fois tous les 10 ans en moyenne pour 10 m de diamètre, tous les 10 000 ans pour 100 m et on passe à un demi-million d'années pour 1 km. Les plus gros arrivent en moyenne entre 1 et 300 millions d'années. Dans le cas des dinosaures, c’était il y a 65 millions d’années. 

ESA Astéroides
Crédits : ESA

Les petites forces font les grandes catastrophes

Et ce n’est que la première partie du problème. Une fois détecté, il faut les surveiller et estimer leur orbite pour les mois, années et décennies à venir. Et là, quelques surprises peuvent arriver. Ian Carnelli, responsable programme à l’ESA, donne un exemple : « La force de radiation thermique qui est irradiée par un astéroïde pendant son chauffement et déchauffement génère une fourche qui peut perturber la trajectoire d’un astéroïde. C’est une toute petite force, mais qui a une implication fondamentale par exemple sur le calcul de probabilité d’impact ».

Cette force, très faible, n’est donc pas négligeable lorsqu’il s’agit de calculer des trajectoires sur des décennies, voire des siècles, et elle « peut changer considérablement la probabilité d’impact », ajoute le scientifique. « Il y a d’autres phénomènes qui se produisent [… ], c’est extrêmement important pas seulement de découvrir les astéroïdes, mais aussi de les suivre tout au long de leur trajectoire/orbite afin d’estimer leur masse, mais aussi des propriétés qu’on peut découvrir même aujourd’hui ».

Pour terminer, on ne peut que vous conseiller de regarder la vidéo « Journée des astéroïdes de l'ESA ». Six experts se relaient pour parler des astéroïdes, des risques, de la recherche, de la conquête spatiale… sous la houlette du youtubeur Bruce Benamran de la chaine e-penser.


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